08.04.2011
Ascension ultime

A mesure que je monte les sentiers escarpés, poussé par le vent des journées accumulées, le passé s’étale au de là des précipices comme une plaine brumeuse. Je distingue médiocrement les grands fleuves et les routes, et, ici ou là, des forêts sombres et des villes, noyées dans leurs propres fumées. Mon histoire personnelle est comme un grand pays oublié, avec des mers vides et des déserts sacrifiés. De si haut, s’impose la rotondité de notre terre.
Pour me reprendre, je m’accoude par moments à un genévrier torturé qui surplombe des ravins emboîtés. Jusqu’au soir, je cherche un enfant qui s’observe dans l’eau sombre des mares ou bien encore des silhouettes, autrefois familières, qui croisaient mes chemins. Je ne vois que des ombres penchées, soucieuses et pressées. Sous le halo jaunâtre des réverbères, je m’attarde dans les quartiers assourdis par le crachin et je rêve de chambres closes. Au mur je vois des papiers peints avec des navires anciens et puis sur les commodes précieuses, des mappemondes et des sextants, aux éclats de cuivre.
Il faut monter encore et atteindre le prochain col, celui qui rapproche de la mort. Pour adoucir l’épreuve, je trouve une cabane de vieux troncs mal équarris qui protège à peine de l’effroi. Sur le seuil, une femme aux gros seins satinés, gorgés du lait doux du monde, m’attend. Sa taille est un cercle de feu et son ventre un paradis miraculeux, posé là comme le nid des abeilles, bruissant et enivrant. Je tends mes bras reconnaissants et je me rassasie de ma soudaine sérénité.
12:44 Publié dans Chants de Noroît, poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vieillesse ennemie | |
Imprimer



