29.03.2011
La crise nucléaire, mea culpa !
J’ai critiqué les écolos et leurs trémolos parce qu’ils pleuraient avant d’être battus (ma chronique du 14/03/2011). Je dois reconnaître qu’à ce moment là, je n’imaginais pas les carences invraisemblables dont font preuve aujourd’hui les ingénieurs nippons. J’ai toujours défendu le progrès de la science que j’estime indispensable à la conquête de la liberté par le genre humain. L’homme se libère de ses entraves primitives pour atteindre les plus hautes destinées, que nous sommes aujourd’hui incapables d’imaginer, mais qui sont le véritable ressort de notre lignée évolutive. C’est une philosophie ouvertement confiante, imprégnée de darwinisme et de foi dans le jeu des puissances naturelles. Dans une certaine mesure ma tolérance au nucléaire est liée à ce fond d’optimisme.
Au moment des régionales, donc bien avant le désastre nippon, j’avais écrit à propos des relations socialo-écolo « Reconnaissons que l’énergie nucléaire n’est pas une solution durable. Mais elle existe. Elle fournit à la France 80%¨de son électricité. Doit-on fermer les centrales nucléaires et l’usine de retraitement des déchets qui va avec, pour ouvrir des centrales thermiques (à gaz, pétrole, charbon) ? Non n’est-ce pas, à cause du bilan carbone devenu un enjeu vital pour notre planète. Doit-on faire des économies d’énergie ? Oui cent fois oui, indiscutablement. Doit-on développer le solaire, l’éolien, la géothermie ? nécessairement, mais sans oublier que toutes ces solutions ont aussi leurs limites. Doit-on dans ces conditions prendre le risque de se retrouver dans un régime de pénurie ? Seules les centrales nucléaires sont aujourd’hui notre véritable garantie contre une crise de l’énergie qui se révélerait redoutable pour notre pays. »
La manière dont les ingénieurs de la Tepco japonaise gèrent le désastre engendré par le tremblement de terre et le tsunami qui s’en est suivi me contraignent à plus de circonspection aujourd’hui. Je m’étonnais il y a quelque jours de la légèreté avec laquelle des centrales avaient été implantées sur un littoral menacé par la vague sismique, dans un pays tout à fait familier des tremblements de terre. A mesure que les jours passent on a l’impression que les hommes en charge de la centrale de Fukoshima perdent les pédales. Ils pataugent au sens propre dans des flaques d’eau radioactive et font des erreurs de calcul grossières. Ils n’ont plus l’air d’avoir la visibilité nécessaire. Ils semblent avoir perdu la maîtrise des opérations.
Je veux bien croire que les complications, la désorganisation et la fatigue entraînées par le séisme aient rendu la tragédie presque hors d’atteinte. Mais il est inadmissible que les mesures de sécurité n’aient pas prévu cette accumulation de facteurs, même improbables, puisqu’il est notoire qu’un accident est toujours le résultat d’une pareille conjonction. Le drame japonais fait naître chez moi un doute définitif sur l’esprit de responsabilité des organismes chargés de la mise en œuvre de systèmes industriels qui peuvent se révéler comme de véritables volcans radioactifs.

On peut accuser l’appât du gain développé par notre système économique trop libéral, peut-être aussi le conformisme d’esprits anesthésiés par le quotidien. A tout le moins l’expérience douloureuse du Japon doit être le signal d’une ardente obligation : repasser au peigne fin toutes les mesures de sécurité des centrales nucléaires du monde entier, quelque soit le pays. Ce genre d’accident concerne la planète entière.
12:34 Publié dans écologie, économie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tsunami, nucléaire, japon | |
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15.05.2009
Chronique de l'âne 14- Le Cotentin malade de la peste sur France 3
Ce matin Tonnerre de la Fosse paraissait irrité et agité. Au lieu de paître paisiblement la belle herbe tendre de ce mois de mai, je l’ai trouvé à la barrière, la crinière en bataille et donnant du sabot dans la clôture. Je lui ai adressé quelques remontrances en faisant valoir que c’était dimanche et que probablement des parisiennes élégantes s’arrêteraient pour les salutations d’usage et remarqueraient son humeur désobligeante.
« De là à écrire à la SPA pour souligner ton attitude inquiétante, il n’y a qu’un pas, lui dis-je. Et je ferai bientôt les frais d’une enquête en suspicion de mauvais traitements ! »
Loin de l’amadouer, mes propos achevèrent de tourmenter l’animal, qui, si je puis dire, monta sur ses grands chevaux. On m’a raconté l’épisode de Thalassa de ce vendredi, brailla-t-il, c’est un véritable scandale ! Ce Georges Pernoud qui n’est rien pour moi, a jeté la suspicion sur mes pâturages avec une audace incroyable. Il a répandu l’opprobre nucléaire sur tout le Cotentin avec une hypocrisie inouïe, sans en avoir l’air, avec un art consommé de la calomnie, que seuls les journalistes dénaturés peuvent manier. Et maintenant je suis soupçonné d’avoir la peste, nous avons tous la peste. Peux tu seulement me dire comment je vais trouver une ânesse de compagnie pour faire ma vie dans ce comté rural ?
« Mon ami, lui dis-je, je comprends ta colère. Au vrai, tu n’es pas tout seul dans cette pandémie atomique. En quelques dizaines de minutes de télévision, les homards des pêcheurs sont devenus invendables et les pommes de terre de nos agriculteurs ont pris une saveur suspecte. Le lait des Maîtres Laitiers va devoir plus que jamais, masquer son éventuelle origine haguaise et les huîtres de Saint Vaast vont être contraintes de se refaire une santé dans les Charentes. Pense également aux hôteliers, aux restaurateurs et à toute l’économie du tourisme. Toute la région, filmée sous une lumière froide entre la Norvège enneigée et les installations sinistres de Sellafield, a été présentée comme une sorte de friche industrielle à l’atmosphère menaçante pas très loin du cinéma d’horreur et de science fiction. »

« Face à cette peste, rien n’a filtré qui soit positif, pas même la technicité d’Areva pourtant choisie par contrat l’an dernier, par Sellafield elle-même, pour maîtriser les risques de la déconstruction. Pas un mot d’éloges n’a été entendu pour nos produits gastronomiques, rien pour nos plages aux perles granitiques, rien pour nos côtes mille fois historiques, rien pour notre bocage toujours luxuriant, rien non plus pour nos hommes, téméraires navigateurs ou artistes du monde. Même pas une incidente cher Tonnerre, sur les fameux ânes du Cotentin, cette race devenue célèbre aux côtés de nos sexi et plantureuses triolettes, posant sur les cartes postales entre un pommier tout fleuri et une affable vache normande, à la mamelle généreuse. »
C’était à mon tour de taper du pied et de perdre mon calme.
« Quand on ignore la table des gourmets et la peinture de François Millet ou de Signac, pour pérorer devant la France entière au pied d’une église dont on est incapable de restituer la grandeur poétique, on ne peut-être qu’un goujat sans culture. Je te le dis cher Tonnerre, Pernoud est devenu un potentat imbu de lui-même et sûr de lui, seulement préoccupé de faire payer à ses hôtes, les complaisances qu’ils sont fiers de lui avoir refusées ! »
Enfin calmé l’animal hocha gravement la tête, et j’ai pu lire dans son regard doux la perplexité qu’il nourrissait face à l’espèce humaine. J’ai pensé à cet instant que le monde des ânes me convenait mieux que celui des médias corrompus. Pour conclure, avec une dignité qu’on n’attend pas d’un jeune quetton, Tonnerre me tourna le dos sans beaucoup d’entrain et s’éloigna en broutant les petites fleurs mauves des trèfles des près qui peignent une jolie tapisserie face au gris bleuté de la mer . Comme chaque matin la scène était inondée de soleil et juste troublée par un doux Zéphyr.
11:29 Publié dans Chromiques de l'Ane | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cotentin, nucléaire, france 3, thalassa | |
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