03.07.2010
Quatrième de couverture
Pour la 3° fois Charles Brucan récidive
Le « Chevalier de Thibosville » vous entraîne dans la glorieuse épopée des normands,
de la bataille d’Hastings à la conquête de Jérusalem


(gouache de D. Labadie)
Avec le « Chevalier de Thibosville » Charles Brucan nous raconte comment, en trois générations, les coureurs des mers scandinaves, les fameux Vikings, se transforment dans notre Cotentin en piliers d’une brillante civilisation attachée à la terre.
La saga commence avec l’arrivée d’Ozouf à la Dent, en 1025, lorsque l’aventurier danois débarqué à Landemer, investit brutalement le chastel de Quettehou, principal point de défense du Val de Saire à l’époque. Elle se termine un siècle plus tard, lorsque son petit fils Thibaud, victorieux du désordre et des drames familiaux, assiste au désastre nautique de la Blanche Nef.
Dans ce troisième volume de la collection « Histoires et légendes du Cotentin », l’auteur nous fait assister à la bataille de Val-es-Dunes, à la conquête de l’Angleterre et à la prise d’Antioche et de Jérusalem, lors de la première croisade. C’est dans ces circonstances que le Chevalier découvre l’Italie du Sud, conquise par les fils de Tancrède de Hauteville, un modeste seigneur du Coutançais.
En toute simplicité, l’auteur porte un regard amusé sur la vie quotidienne de ses personnages, aux prises avec les grands évènements de l’époque. Comme dans les deux récits précédents, Dominique Labadie l’auteur des onze planches originales, nous fait vivre à la pointe de son crayon guidé par l’humour et le talent, les étapes marquantes du récit. D’une lecture facile et plaisante, « Le Chevalier de Thibosville » est une excellente occasion de se remémorer les épisodes fondateurs d’une période faste de l’ histoire de notre presqu’île.
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31.05.2010
Le naufrage de la Blanche-Nef
Ce naufrage peut être qualifié d'historique. L'événement eut des conséquences à long terme insoupçonnables. Il survint au début du XII° siècle, en 1120, trente trois ans après la mort de Guillaume le Conquérant. Guillaume avait désigné ses héritiers en léguant le duché de Normandie à son fils aîné Robert Courteheuse et le Royaume d'Angleterre à son deuxième, Guillaume le Roux. Quand au troisième, Henri Beauclerc, il reçut une importante somme d'argent. Comme on devait s'y attendre les querelles entre les trois frères furent incessantes. Robert partit en croisade et Guillaume fut tué accidentellement à la chasse. C'est Henri qui ramassera la mise au final. Il s'empara du royaume et plaça Robert en résidence forcée en Angleterre qui y demeura jusqu'en 1134, année de sa mort.
Maître du Royaume d'Angleterre et du Duché de Normandie, Henri Beauclerc passait souvent le Channel au départ de Barfleur. Le 24 novembre 1120, Henri se préparait en effet dans son hôtel de Montfarville à rejoindre le lendemain la Grande Île, en nombreuse compagnie. Thomas le fils d'Etienne le Stirman, attributaire de l'Office de l'Esnèque royale, lui fait dire qu'il tient un navire à sa disposition pour le traverser. Le Duc-Roi fait répondre à Thomas qu'il a déjà réservé la nef qui doit le transporter mais qu'en revanche, s'il plaît à Dieu, il lui confiera plusieurs autres passagers de sa suite, et parmi eux deux de ses fils dont Guillaume Adelin, son héritier et successeur désigné.
Guillaume Adelin était entouré d'une bordée de jeunes nobles composant la fleur de l'aristocratie normande. On y trouvait Thierry, neveu de l'empereur d'Allemagne, Richard, comte de Chester et la divine Mathilde, la sœur du Comte de Champagne, en tout cent cinquante jeunes gens appartenant aux grandes familles du Duché et du Royaume. Chacun profitait de cette rencontre pour parler affaires ou bien se divertir.
Vers le soir, juste au début du jusant, le signal du départ fut donné et le vaisseau royal quitta l'appontement en premier, prenant du large à l'aviron car il y avait une brise d'est. La voile fut rapidement hissée sur une mer passablement agitée dans ces parages dangereux du raz de Gatteville.
La Blanche Nef largua les amarres tout de suite après, dans une aimable pagaille. Tous ces jeunes gens contents d'être ensemble continuaient à bord, la fête commencée à terre. On voyait même des matelots trinquer et partager en douce les libations. Désireux de rejoindre au plus tôt le nef royale, le maître pilote fit hisser rapidement (trop ?) la grande voile carrée . Un observateur averti pouvait penser que le navire était encore bien proche des cailloux et qu'il aurait du mal à passer Cataras comme on appelait à l'époque la pointe de Gatteville. Avec une brise de nordet et le courant de jusant c'était mission impossible pour un navire lourdement chargé et remontant mal au vent. La Blanche Nef partit à l'abattée, sous le vent et les courants, et elle toucha le rocher de Quilleboeuf encore recouvert puisqu'on était à marée haute.
Le navire drossé sur l'écueil qui gisait à plus de huit cents mètres de la terre ferme, laissa immédiatement entrer l'eau par ses bordés défoncés. Ceux qui pouvaient nager étaient rapidement entraînés au large par le courant violent en cet endroit. Quand aux autres, nombreux, qui en étaient incapables, ils périrent presque immédiatement et ce n'est que bien plus tard qu'on retrouva leurs corps.
Il semble que les secours arrivés dans la nuit ne purent qu'assister à la destruction du vaisseau et à la perte de l'équipage et des passagers. Un seul homme un marin appelé Béroul put regagner la terre. Le trésor royal qui semble-t-il avait été confié à la Blanche-Nef fut retrouvé lors des basses mers suivantes. A partir de ce jour on ne vit plus jamais sourire Henri Beauclerc.
l pouvait redire dans sa tête les vers de Maître Wace le poète du temps :
| Traduction : | |
| Neirt ert li temps, ne fut pas cler, Li marinier orent beü, N'ont pas leur drei cors porveü del chargeor erent meü la tref avaient ja tendu Deus quel péchié e quel dol fu ! | Le temps était noir, il ne faisait pas clair Les marins avaient bu Et ne surent pas tenir le cap A peine largués de l'appontement La grand voile était hissée Dieu quel péché et quelle douleur ce fut ! |
Robert Wace, Roman de Rou ( d'après F.Pluquet, 1824)
I
Guillaume Adelin disparu, la succession ira à Mathilde l'Emperesse sa sœur. Mariée à Geoffroi Plantagenêt elle donna naissance à Henri II qui sera plus tard, après qu'il ait épousé Aliénor, duc de Normandie et d'Aquitaine et Roi d'Angleterre.
Si on en croit les historiens, Barfleur ne retrouva plus jamais son importance de l'époque. Sous le nom de Cataras la sortie du port fut l'exemple même du lieu maudit. Il faut dire qu'aujourd'hui encore les parages sont parmi les plus dangereux du littoral par vent d'amont et fortes marées. Ce naufrage peut encore servir d'avertissement aux amateurs débutants de navigation de plaisance.

Les parages inhospitaliers de Quilleboeuf
par beau temps à marée basse
N.B. Pour plus de détails voir entre autres R. LEROUVILLOIS "Entour de l'Isle de Costentin" (Ed. Isoëte, 1993)
10:29 Publié dans histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : normandie, navigation, barfleur, plaisance, blanche-nef | |
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18.05.2010
Robert Wace (1112-1184), le chroniqueur poète des ducs de Normandie

Robert Wace présente son Roman de Rou à Henri Court Mantel
Robert Wace (prononcer Vass) a vécu au XII° siècle et son Roman de Rou (Rollon), écrit en vers et en langue romane est précieux pour connaître la saga des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre. Il raconte toute une période qui va des invasions scandinaves avec Rollon (Rolf le Marcheur 911-931) à Robert Courteheuse et Henri Beauclerc (1106), en passant bien entendu par l'épopée de Guillaume le Conquérant (1035-1087), en tout 16542 vers.
Il est né à Jersey et a fait ses études à Caen. Après un séjour en Ile de France, il est revenu vivre dans cette ville. Il dédia en 1160 son Roman de Rou à Henri Court Mantel , le Plantagenet qui épousa la sulfureuse Aliénor (1151-1189). En récompense il obtint un bénéfice à la cathédrale de Bayeux.
Ses écrits historiques reprennent les chroniques de Dudon de Saint Quentin et de Guillaume de Jumièges, tout en y ajoutant ses jugements et sa perception personnelle de l'histoire. Le Roman de Rou "est le monument le plus curieux qui nous reste de l'histoire et de la langue des Normands, sous la domination de leurs ducs" (Pluquet, 1824)
De nombreuses notations de Wace concernent le Cotentin, on y trouve cités le château de Garilland, les destructions d'abbayes du Ham et de Nans (Saint Marcouf),la fuite de Guillaume à Valognes, le naufrage de la Blanche Nef à Barfleur....Une mine d'évènements survenus il y a mille ans ou presque !
Ci dessous un passage dans lequel Maître Wace, comme on l'appelait à l'époque, nous conte son curriculum vitae.
- Se l'on demande qui ço dist,
- qui ceste estoire en romanz fist,
- jo di e dirai que jo sui
- Wace de l'isle de Gersui[2],
- qui est en mer vers occident,
- al fieu de Normendie apent.
- En l'isle de Gersui fui nez,
- a Chaem fui petiz portez,
- illoques fui a letres mis,
- pois fui longues en France apris ;
- quant jo de France repairai
- a Chaem longues conversai,
- de romanz faire m'entremis,
- mult en escris et mult en fis.
- Par Deu aïe e par le rei
- - altre fors Deu servir ne dei -
- m'en fu donee, Deus li rende,
- a Baieues une provende.
- rei Henri segont vos di,
- nevo Henri, pere Henri.
11:52 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : normandie, cotentin, histoire | |
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15.05.2010
Léopold Delisle (1826-1910), historien normand
Léopold Delisle est un des grands hommes du Cotentin. Né à Valognes en 1826 il n'a jamais oublié ses racines normandes. C'est probablement l'ancien élève le plus illustre du Collège de Valognes, (aujourd'hui Lycée) où il remporta un prix d'honneur de philosophie en 1845. Il est brièvement secrétaire et collaborateur du vieux de Gerville, puis rentre à l'Ecole des Chartes. Il en sort premier de sa promotion en 1849 . Il publie deux ans plus tard un ouvrage de 750 pages admirablement documenté qui a conservé aujourd'hui tout son intérêt : "Etudes sur la condition de la classe agricole et l'état de l'agriculture en Normandie au Moyen Age" *.
Cet ouvrage est primé deux années de suite par l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Il est alors recruté par la Bibliothèque Nationale dont il deviendra l'Administrateur général en 1874. Il a trouvé entre temps une femme (1857) Laure Burnouf, petite fille de J.L. Burnouf, universitaire natif d'Urville Bocage et fille de l'orientaliste Eugène Burnouf. La puissance de travail de Léopold Delisle est véritablement étonnante puisqu'à trente et un ans il acquiert une réputation d'érudit qui en général consacre les savants à la fin de leur vie. Un de ses coups d'éclat fut d'établir que parmi les manuscrits du legs du duc d'Ashburnam, la plupart avaient été volés par Libri, inspecteur des bibliothèques sous Louis Philippe.
Il sera membre de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres pendant cinquante trois ans. Jusqu'à sa mort il ne cessera de collationner, classer et analyser les manuscrits qui étayent notre histoire. Les seuls titres de ses travaux occupent un volume de 587 pages (Paul Lacombe, 1910, 2102 publications). Il n'a jamais oublié l'histoire de son pays natal : il a publié une histoire de Saint Sauveur le Vicomte (1867) et d'innombrables notes dans l'Annuaire de la Manche. Il a aussi largement contribué à l'exploitation des dossiers de Mangon du Houguet, l'archiviste révillais.
"Sa tête était un peu penchée de côté, comme un épi plein" a dit un de ses contemporains. On ne saurait mieux dire le poids du labeur de ces incroyables savants du XIX°, dont les exemples ne manquent pas dans les sciences exactes, qui ont passé leur vie, modeste et tranquille à assembler des idées, à les classer, à préparer le travail des générations futures, avec un soin et une abnégation bien éloignée, très éloignée de l'agitation de notre bruyante vie médiatique d'aujourd'hui. Faire une place au vieux Léopold sur le Net (merci Google) est véritablement l'extraordinaire tour de force de notre époque.
*Cet ouvrage peut être téléchargé : il est extrêmement plaisant à lire et vivant, mais il faut prendre son temps (750 pages)
12:10 Publié dans histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : normandie, valognes, moyen-âge, agriculture | |
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14.05.2010
Alfred Rossel (1841-1926)
Il n'y a pas un normand de la presqu'île qui ne connaisse Alfred Rossel, ne serait-ce que parce qu'un groupe folklorique fort estimable, portant couèffes et capets, porte ce nom. Je veux lui faire une place ici parce que je trouve qu'il est injustement méconnu. Même encore aujourd'hui, il n'y a guère de manifestation en Cotentin, publique ou familiale, qui ne se termine par un "Su la mé" entonné en choeur. Mais , on a oublié entre temps que c'est Alfred Rossel qui est l'auteur de notre hymne régional .
Cet hymne est aussi emblêmatique que le Petit Quinquin pour les ch'tis ! (ou l'Internationale pour les militants gauchistes)
Su la mé
Quand je sî sû le rivage,
Bi tranquille, êt' ous coum' mé ?
J' pense à ceux qui sont en v'yage,
En v'yage ou loin, sû la mé.
En v'yage ou loin,
En v'yage ou loin, sû la mé
I - La mé ch'est vraiment superbe
Et j'aime bi quand î fait biau,
L'été sous nos cllos en herbe
La veî s'endormin un miau.
Mais quand o' s'fach', la vilaine,
Et qu'no z'entend, de t'cheu nous'
La grosse vouai de la s'yraine,
No z-en a quasiment poux
II - J'aime bi, dans les jours de fête,
quand nos batiaux sont à quai,
A l'abri de la tempête.
A Chidbourg coum au Béquai.
Ch'est là qu'i sont le mû sans doute,
Des trais couleurs pavouésés ;
Mais, de gnit, dans la Déroute,
Hélas ! qu'i sont exposés.
III - Quand o sâot' par sus la Digue,
Dont o' fait tremblier les blios,
Qu'à l'ancre, l'vaisseau fatigue,
Ah ! ver' je pense és mat'los !
Reverront-i lus villages,
Et pourront-i ratteri ?
J'avons d'si maovais parages
De Barflieu jusqu'à Goury.
IV - J'ai deux fis dans la Mareine
Deux forts et hardis gaillards
L'un revî de Cochincheine,
L'autre de Madagascars.
Y rentrent, lû corvé faite,
D'y penser, no n'en vit pas,
Mais que j'pliains, sans les counaîte,
Ceux qui sont restés là-bas !
Alfred ROSSEL 1841 - 1926
"Un homme qui avait du génie mais qui ne l'a jamais su"
Rossel fut un chansonnier modeste et populaire. Il est né à Cherbourg d'une mère qui tenait un cabaret portant le joli nom de "Jardin d'amour" rue du Maupas. Sa vie fut un exemple de régularité. Il a fait carrière dans les bureaux de l'inscription maritime, sans quitter Cherbourg. Il avait une petite maison secondaire à Barfleur, rue Thomas Beckett. Il est mort aveugle à la suite d'un accident plutôt bête (il s'est pris les pieds dans la laisse de son chien en descendant de la diligence). Sa chance fut d'avoir rencontré un interprète très proche de sa sensibilité,Charles Gohel, maître voilier à Cherbourg, qui lui est resté fidèle sa vie durant. Ses poèmes en patois publiés à partir de 1872 chez Magne, connurent un succès immédiat et durable. Rossel aimait les petites fleurs, les jardins et la musique.
Si vous vous intéressez au patois, allez sur le site de
http://magene.chez-alice.fr/
11:41 Publié dans patois normand | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature populaire, normandie, cherbourg, barfleur | |
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06.05.2010
Saint Clair, le meilleur d'entre nous !

Je vous ai raconté pourquoi je vénérais Sainte Colombe, la belle oiselle de l'amour. Je vais vous dire maintenant pourquoi j'admire Saint Clair qui en fut le martyr.
Saint Clair, et ceci n'est peut-être pas innocent, est venu d'Angleterre vers 870, dans les bagages des danois qui dans notre Cotentin, se considéraient comme chez eux. Il débarqua à Cherbourg déjà baptisé et sachant lire et écrire. C'était un très beau jeune homme, mais qui préférait la compagnie de ses frères de monastère à celle des dames.
Cependant sa piété et son recueillement s'accommodaient mal des prières en grégorien et des cérémonies qui attiraient des visiteurs et des visiteuses. Il eut la permission de se retirer dans un ermitage, qu'il bâtit lui même dans la forêt dominant la mer à Nacqueville. Ainsi retiré, il se consacra à la méditation et aux gloses sur les textes sacrés. Malheureusement sa réputation de clerc avisé le fit rechercher par de plus en plus de gens pour des conseils et des soins.
Une de ces paroissiennes, grande Dame de la région, décida d'en faire son confesseur, malgré ses protestations. La dame n'aimait pas qu'on lui résiste. Elle tomba farouchement amoureuse de Clair et le poursuivit de ses sollicitations et de ses invites. On aurait parlé aujourd'hui de harcèlement sexuel.
Impuissant à se débarrasser de l'amoureuse hystérique Clair résolut de s'enfuir. Il prit la route tout en priant et en prêchant sans jamais s'arrêter, de peur d'être rattrapé. Quand il crut avoir effacé toute trace de sa pérégrination, il s'arrêta au bord d'un joli fleuve qu'on appelait l'Epte. Il planta une cabane et cultiva son jardin.
Hélas, la dame furieuse d'avoir été ignorée devint folle de haine en voyant tant d'amour traité par le mépris. Elle envoya deux gardes armés à sa recherche en exigeant qu'ils ramènent le fuyard, mort ou vif. Les spadassins aboutirent au jardin de l'ermite et le surprirent à bêcher ses légumes. Ils lui ordonnèrent de les suivre et de se livrer à la Dame, impérativement. Clair refusa en s'agenouillant, au nom de Dieu et de sa piété. Il leur suffit alors d'un seul coup d'épée pour le décapiter.
Les gardes sanguinaires furent bien ébaubis de voir Clair, malgré sa décollation, ramasser sa tête ensanglantée pour aller se coucher dans la sépulture qu'il avait lui même préparée. Après un tel miracle une chapelle fut construite et les pèlerins furent si nombreux qu'une bourgade naquit sous le nom de Saint Clair sur Epte, là ou Rollon signa avec Charles le Simple en 911, le fameux traité qui donna naissance à la Normandie.
Il faut que les dames se fassent une raison, on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif. Si en plus il vient d'Angleterre et que la grande Histoire s'en mêle, il est prudent de ne pas insister, on sait bien que les Saints ont toujours le dernier mot.
22:11 Publié dans culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : saint clair, harcèlement, rollon, normandie | |
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14.03.2010
Le serpent de mer de la Grande Normandie

La fusion de la Haute et de la Basse Normandie est un leurre dangereux
Si on en croit les historiens, la Normandie n'a jamais constitué une entité politique homogène. Même du temps de nos célèbres ducs de Normandie, sous Guillaume le Conquérant lui même, la région a été le théâtre de forces centrifugesqui l'ont tiraillée vers les Flandres, vers Paris, vers l'Anjou ou la Bretagne. C'est pour rétablir un équilibre précaire que le Conquérant dota la petite ville de Caen des attributs d'une capitale régionale.
La création en 1960 de la Haute et de la Basse Normandie n'a fait que prendre en compte les originalités et les complémentarités des cinq départements normands. A l'est l'Eure et la Seine maritime, foyers d'industrie installés sur une voie d'eau dans laquelle le Grand Paris se déverse jusqu'au Havre. A l'ouest, le Calvados, l'Orne et la Manche, pays de plaines et de bocages riches de leurs productions agricoles céréalières et laitières, baignés par la mer omniprésente et ses activités inféodées, pêche et tourisme.
Ce qui fait la force d'un ensemble régional c'est la vigueur des synergies et le jeu des complémentarités. Dans le cas de la réunion des deux Normandie on peut prévoir qu'on n'agira ni sur l'un ni sur l'autre. Si on en croit le rapport sur la fusion élaboré par la région : que ce soit sur le plan des personnes ou sur celui des marchandises, chacune des deux régions échange beaucoup plus avec les zones frontalières (Bretagne pour la Basse, Ile de France pour la Haute) qu'avec son autre moitié. On a beaucoup de raisons de penser que sur le plan économique le résultat sera nul. Pensons déjà à l'actuel conflit TGV !
Pour se consoler, on pourrait par le changement d'échelle espérer une rationalisation administrative qui soit source d'efficacité et d'économie budgétaires. En réalité, le rapport déjà cité n'y voit qu'un jeu à somme nulle et dans un premier temps de nombreux doublons dont on ne peut prévoir à terme la disparition. En revanche, plusieurs obstacles visibles ou cachés ne manqueront pas de s'opposer à la bonne administration pour des raisons de carrière et d'enjeux de pouvoir en particulier pour choisir une nouvelle capitale. Pour se débarrasser du problème, les partisans de la fusion font mine de l'ignorer ou de le considérer comme négligeable. Oui mais ...qu'en penseront les cadres administratifs et les usagers qui pourraient bien y trouver à redire ?
Le plus important reste à dire. Chacun sait que dans toute région on retrouve un centre et une périphérie. (Voir ici même la note : exercice de géométrie sociale) Les périphéries sont toujours bien moins traitées que les centres : en créant des régions plus grandes on renforce encore la puissance des centres et on affaiblit les périphéries, au détriment des usagers. Notre Cotentin est un petit pays périphérique qui restera orphelin tant que Cherbourg ne saura pas reconnaître ses enfants ruraux. En éloignant les centres de décision on affaiblira tous les pays des marges et la démocratie décentralisatrice, la politique proche des gens y perdra une fois de plus. C'est aller contre la modernité et la liberté émancipatrice des citoyens.
On peut m'opposer que face à l'Europe, les deux Normandies sont trop petites, que l'union fait la force et que nous pèserons plus lourd dans l'ensemble national. Sommes nous en guerre ? La force d'une région ne se mesure pas à ses km2 ni au nombre de ses enfants, mais plus probablement par son PIB. Qui va nous démontrer que la fusion y changera quoique ce soit ? Bien sûr il faut simplifier le mille feuilles de l'organisation territoriale : alors faisons des intercommunes puissantes, supprimons l'échelon départemental et accordons la compétence générale à la région. Raison de plus pour demeurer dans un périmètre géographique homogène, stable et sécurisé par l'histoire.
En conclusion je pense que la réunification ne présente aucun intérêt ni pour les usagers, ni pour les acteurs économiques ou administratifs. La seule politique valable est celle de la coopération entre les deux régions au sein d'opérations communes, telle qu'elle est déjà largement envisagée.
L'objectif est de moderniser la décentralisation, si brillamment mise en œuvre en son temps par Gaston Deferre, pour qu'il en résulte plus d'efficacité et plus de démocratie. Ces questions essentielles pour les citoyens ne doivent pas être expédiées en douce dans les salons feutrés de la capitale !
11:32 Publié dans géographie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : normandie, fusion, rouen, caen, le havre | |
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