05.04.2011
Eloge de la liberté
Seules les femmes libres sont belles. La liberté est belle comme une femme libre, avec des dessous troublants de dentelles pastel. La liberté est majestueuse comme un navire qui quitte le rivage, ni vers le nord ni vers le sud, mais vers le large. Elle est inquiétante comme la mer d'ouest la nuit, qui pousse des montagnes d'eau à la proue en montrant ses dents d'écume.
La liberté est brûlante comme la piste à midi qui serpente entre deux collines de sable rouge. Elle est dure et fragile comme le genèvrier accroché aux versants minéraux de l'Atlas. Elle est courageuse comme l'explorateur qui va cueillir l'Osmonde royale dans les champs de mine, gardés par les cadavres renversés des chèvres déjouées.
La liberté est éprouvante comme le vieux corps qui souffre et qui voit la lumière s'éteindre. La liberté est une énigme qui éblouit quand on ne sait plus ce que sera demain. La liberté pour toujours, est une étoile qui brille au dessus des tableaux géométriques de croix blanches dessinés par la guerre.
Voilà que le printemps s'annonce et je fais des voeux pour que les crocus fleurissent sur les tombes de ses héros..
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07.10.2010
Et voilà pourquoi votre Parisot est muette
J'ai le plaisir d'offrir l'hospitalité à mon ami Claude Bastian, qui du haut de son cap de Carteret a un point de vue percutant sur la réforme des retraites, telle que la souhaite la petite Parisot et son petit frère Nicolas. Daniel Dubost
N-iéme débat sur les retraites à C dans l'air. Question SMS. Pourquoi le MEDEF est-il muet sur la question? Réponse lapidaire et percutante de la syndicaliste présente sur le plateau :Parce que le gouvernement fait la politique du MEDEF. Un ange passe…
Comme les médecins de Molière, les communicants du pouvoir préconisent invariablement de purger et de saigner les plus défavorisés. A chaque hausse des tarifs ou des cotisations, à chaque restriction des prestations son argumentaire. Par exemple, l'augmentation d'une prime d'assurance sera justifiée par les pertes dues au comportement à risque de certains assurés.
Le raisonnement s'applique à l'assurance maladie et à l'assurance chômage. Employeurs et salariés y cotisent à part plus ou moins égales (que les spécialistes me corrigent s'il le faut) L'évolution de la démographie et de l'économie rendent une réforme de ces régimes inévitable pour garantir leur équilibre budgétaire à long terme en augmentant le volume des cotisations.
Le jeu du MEDEF dans cette affaire est simple et génial : Dans son vocabulaire, les cotisations de l'employeur entrent au passif dans la rubrique des intouchables « charges sociales ».N'en parlons pas, il serait dangereux d'en faire état dans le débat en tant que « cotisations patronales ».
Cotisant comme le salarié une assurance pour couvrir les mêmes risques, l'employeur est cependant celui dont le comportement à risque n'est jamais sanctionné par un malus. Par exemple, l'employeur qui impose un travail pénible à ses salariés ne cotise pas plus qu'un autre à l'assurance maladie.
De même le recours systématique à l'intérim ou aux CDD est source de précarité, donc de déficit pour l’assurance-chômage. Le verra-t-on un jour sanctionné par un malus sur la cotisation patronale?
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16.08.2010
Histoire de guerre- L’affaire des Loges Saulces du 16 août 1944

On était en Août 1944, et j’allais sur mes six ans. Mon père était prisonnier à Dachau et nous étions avec mon frère et ma mère réfugiés à Saint Germain-Langot (près de Falaise) chez notre grand-tante Yvonne dont le mari était également prisonnier. Cette migration nous avait permis d’échapper aux bombardements incessants de Sottevast dont la rampe en construction de missiles V2 attirait les bombardiers anglais quasi quotidiennement.
Malheureusement à partir de juin 44 nous étions sous les feux de la bataille et juste au bon endroit pour assister aux combats dits de la poche de Falaise dans lesquels ce qui restait de l’armée allemande du nord-ouest tentait d’échapper aux Anglo-Canadiens.
Nous fûmes expédiés sur les routes par les Allemands pour nous éloigner des combats. C’est dans ces circonstances que le 15 août, je me réveillai à ma grande honte sur un matelas, en plein milieu du chœur de l’église des Loges, en chemise, alors que tout autour de moi les adultes endimanchés priaient et chantaient. J’ai longtemps hésité avant de bouger le petit doigt, préférant faire le mort plutôt que d’affronter tous les regards. J’ai toujours été d’une grande timidité. Le porche de l’église, il me semble, avait été détruit par un obus.
C’est le lendemain que l’affaire principale s’est nouée, alors que nous avions élu domicile dans la sacristie. Mon frère qui est plus âgé de deux ans en a gardé un souvenir lancinant. Il est retourné sur les lieux et soixante six ans plus tard a reconstitué la scène et pris des photos.
Mon frère m’a dit :
« La photo de l'église montre au premier plan, derrière le monument aux morts le petit bâtiment bas qui abritait la sacristie qui nous servit de refuge quelque temps (deux jours? deux semaines?) et d'où par deux petites fenêtres on avait pu assister aux scènes qui me hantent encore.
Sur cette même photo je situe l'endroit où les allemands avaient disposé les cadavres de leurs victimes dont je vois encore les trois corps ensanglantés allongés perpendiculairement à la route à peu près au niveau de la voiture bleue. Ils sont maintenant dans le cimetière, tous les trois rangés de la même façon. L'un, que je vois encore me semblait grand et rouquin . Je sais maintenant qu'il avait 37 ans. Les deux autres 19 ans.

« La photo 153 que j'ai prise à partir de la sacristie montre ce que l'on voyait sans doute en se hissant sur la pointe des pieds. Quelques engins de reconnaissance blindés légers de type automitrailleuses, surgirent dans l'heure de midi me semble-t-il (ne va pas croire cela!). Cette patrouille reçut les doléances des villageois qui se plaignirent de bombardements qualifiés d'inutiles, puisqu'on ne voyait plus d'Allemands. Ces obus avaient fait quelques dégâts dans le cimetière notamment, et des blessés qui avaient besoin de soins.
Ces informations furent transmises par radio à partir des engins blindés de reconnaissance ( EBR) qui continuèrent leur chemin en recommandant de regrouper les blessés. Ces soldats sans doute canadiens parlaient français. Ils repartirent par la petite route que l'on devine au pied du poteau électrique passant entre la voiture blanche et la maison.
Hélas, à peine avaient ils disparu que des Allemands sans doute des officiers, - trois me semble t il - , commencèrent à interroger les quelques personnes qui étaient encore sur la place et qui se dispersèrent au plus vite. Comme maman et tante Yvonne ne se sentaient coupables de rien, elles répondirent laconiquement aux Allemands:"nous on a eu peur et on n'est pas allés sur la place et nous n'avons pas entendu ce qui se disait." ce qui était exact. Réponse sarcastique de l'allemand qui semblait être le chef : "Très bien, nous avons compris"
A partir de là, il fallait prévenir les gens de ne pas bouger et de ne pas sortir à l'arrivée des Canadiens ou des Anglais dont le secours nous avait été promis. Il n'y avait plus personne sur la place et la peur était grande . Elle ne fit que croître lorsque l'on vit arriver des soldats allemands sur deux [trois dans mon souvenir] files de chaque côté de la route, en tenue de combat et armés comme tu te le rappelles, de grenades à manche et de pistolets mitrailleurs. Je me souviens que maman fit encore au moins une tentative pour faire passer le message par un homme qui circulait devant l'église avec un seau d'eau .

J'ignore ce que cet homme put faire, mais toujours est-il qu'à l'arrivée des chenillettes du service de santé, on installa vite les blessés qui avaient été rassemblés.(maison aux volets bleus -photo153 ou maison photo 154). [je vois encore des pansements de fortune et des gens qui se plaignaient] Le combat s'engagea aussitôt que les Allemands dissimulés autour de la place se manifestèrent. Les échanges de coups de feu eurent lieu sur la place et surtout autour du cimetière ...et de la sacristie ou nous étions. Les Canadiens faiblement armés et peu nombreux ne pouvaient avoir le dessus.
Les blessés durent attendre quelques jours de plus pour être pris en charge.(un jour ,deux jours?) Je ne sais plus où, ni quand, placer un épisode d'abri creusé dans la terre où nous fumes contraints de séjourner en compagnie d'inconnus dont un homme blessé et dont les plaintes étaient incessantes .et où j'ai avalé mon premier chewing-gum. J’étais terrorisé tellement on m'avait répété toutes les conséquences prévisibles et imprévisibles de ce que l'on avalait sans mâcher! Au point d'oublier que mon petit frère avait un éclat d'un projectile indéterminé dans le dos… ». [je n’ai pour ma part aucun souvenir de blessure, seulement celui d’un éclat brillant comme un diamant de la grosseur d’une noisette qui était tombé à mes pieds dans la sacristie)
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13.08.2010
Lumbago sur les ondes
Les lecteurs qui me font l'amitié de consulter mon blog ont du penser que j'étais en vacances. Il n'en est rien, j'étais seulement en panne d'Internet comme on dit, aggravée par un lumbago en chair et en os qui m'a ôté pendant quelques jours mes capacités de réaction. Tout semble vouloir rentrer dans l'ordre.
La période était mal choisie, c'est la saison des expos, des rencontres, des conférences. Je suis impressionné par le bouillonnement culturel qui anime notre Val de Saire. Bien sûr la créativité populaire ne mène pas directement au génie, mais aucune de ses manifestations ne peut être ignorée ou méprisée.
Parfois, mon âge m'autorise à jeter un oeil sur le temps passé. Pour nous autres les petits paysans (ou plus exactement les petits gars de la campagne) l'éducation artistique se limitait au calendrier des postes fidèlement pendu à un clou dans l'embrasure de la fenêtre et aux concerts de la fanfare du village qui jouait plan, plan, rataplan, plan, plan. Pour les bons paroissiens, il fallait ajouter les statues en plâtre de l'église et les cantiques. A dix ans, Marie Rose l'organiste me procurait plus d'émotions par l'éclat mauve de ses yeux que par les accords liturgiques de son harmonium.
Nous éprouvions également la force de l'expression artistique devant les monuments aux morts. Ces hideuses colonnes ont envahi nos moindres villages après 1918. Elles exaltaient les vertus de courage et de revanche mais peut-être aussi ont-elles fait naître chez moi, l'anti-militarisme et la haine de la guerre. Elles servent encore aujourd'hui de point de ralliement à nos gueules cassées et à nos porteurs de drapeaux. J'en profite pour dire à ces automates du souvenir, que la plus grande désolation rageuse de ma vie a été de lire en public et devant eux, les vivants, le nom de mon père mort.
Ces émotions trouvaient leur illustration et leurs compléments dans la visite des cimetières qui ont toujours été le théâtre des plus éloquentes manifestations saint-sulpiciennes. On y met en scène quotidiennement tout un mobilier funéraire dont on peut discuter l'élégance mais pas la force d'expression. Si aujourd'hui mes promenades dans les cimetières sont un redoutable tête à tête avec l'âme de nos ancêtres, elles étaient dans mon enfance un consternant spectacle de désolation morbide à fuir au plus vite.
Donc, dans notre imaginaire de l'époque, il n'y avait point de Palais de l'Opéra, ni de Comédie Française. Nous étions ainsi privés de toutes les cathédrales spirituelles et intellectuelles et du même coup de toute l'éducation à la royale grandeur des arts et des lettres qui est à la base de la robuste constitution de nos élites républicaines. Nous manquions ainsi la première marche universitaire qui menait à l'agrégation. En succédané, nous avions les fêtes de patronage animées par Monsieur le Curé. Cette lacune était exactement celle qui frappe nos jeunes issus de l'immigration aujourd'hui.
Nous n'avions même pas les ressources du citadin. Le premier transport cinématographique de mon enfance date de la projection du film de John Ford, la "Chevauchée fantastique" dans un petit cirque au bord de la rivière, modeste chapiteau, comme on en voit encore traîner de nos jours avec un chameau triste et deux poneys fatigués. J'avais dix ans et les coups de fusils me faisaient peur, ces gens de western étaient des brutes et les apaches des coupe-jarret redoutables.
L'irruption de la culture américaine dans l'esprit vierge d'un petit paysan ne pouvait pas être sans conséquences. Sans doute fallait-il que je comprenne qu'un autre monde existait loin de notre contrée normande et que je devais oublier mon hameau pour chevaucher à mon tour dans un monde hostile ? Nous y étions préparés par le spectacle de la guerre, ininterrompu depuis notre naissance. Pour mon salut, j'ai rencontré juste un peu plus tard le Lagarde et Michard et toute une escouade de dévoués professeurs.
PS/ Je profite de cette fenêtre pour informer que le mardi 17 août je referai ma conférence sur les "Histoires et Légendes du Cotentin", à 18 heures à Quettehou, salle des Expositions.
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08.07.2010
Le pantin désarticulé
Par exception je me suis rendu sur LCP pour suivre les questions au gouvernement à l'Assemblée. Ils étaient tous là nos députés, à crier leur réprobation à gauche, et à s'offusquer à droite des lourdes accusations. C'était à qui allait prendre le dessus.
Evidemment pour une fois la tâche était beaucoup plus facile pour l'opposition. Quand il a été vu les mains dans le pot de confiture, le coupable peine à s'en sortir. Je dirais même que les dénégations ne font qu'aggraver sa peine. Madame MAM qui pourrait se reconvertir en faisant la météo sur TF1tant elle a de grâce innée, riait jaune, Chatel le porte-parole repassait le badigeon sans relâche, en automate. Le petit dernier, Baroin, y allait de son couplet moralisateur qui sonnait faux, et se prenait pour un tribun à l'ancienne.
La question est de savoir comment Sarkozy qui fut un si bon candidat, a pu devenir un aussi mauvais Président et perdre la main en si peu de temps. Défense à reculons, valse à contre-temps, sacrifices inutiles, sorties bravaches et suicidaires...Pourquoi ne pas dire la vérité au peuple ? Depuis Chirac, la droite a appris à nier les évidences les plus criantes, il suffit d'un coup de baguette magique, "abracadabrantesque" et c'est reparti pour un tour. Cette fois-ci j'ai l'impression que la marque "bling-bling" va essuyer des contre-performances. Quand la confiance est entamée, les prudents vendent en douce leurs actions, les supporteurs les plus sûrs commencent à douter et les plus téméraires finissent dangereusement seuls. Finalement, comme toujours il n'y a que les morts qui restent sur le champ de bataille.
Les Bettancourt sont des gens très ordinaires, goinfrés de certitudes et bourrés de naïvetés. Dédé et Liliane à ce qu'on apprend, étaient durs d'oreille, ce qui n'est pas bon pour les secrets de famille. On imagine sans peine les petits télégraphistes passer au fumoir pour le café et ressortir avec l'enveloppe glissée dans la poche du veston. C'est un scénario de film qu'on hésiterait à produire à cause de sa banalité. Tout cela est faux ! gémit le ministre.
Il doit bien y avoir quand même une part de vérité, celle qui a été vue par une comptable et entendue par un majordome. Tout concorde, selon les deux témoins qu'on s'empresse de dévaloriser, pensez ! un garçon de café et une rond de cuir licenciés par leurs patrons !
En niant tout en bloc, le gouvernement avoue ses tares. Il sait que s'il lâche un doigt, c'est tout le bras qui va être broyé et peut-être même la tête qui va être éclaboussée. J'imagine pourtant mal l'affaire s'arrêter là. Aujourd'hui, on peut faire connaître les bonnes et les mauvaises nouvelles avec pas un rond. Que peuvent Bouygues ou Lagardère avec leurs organes de presse et leurs télés quand Médiapart et une douzaine de journalistes ont acquis la notoriété et pris de l'autorité en quelques jours. Arme imparable : ils disposent des CD enregistrés par le maître d'hôtel et nul ne sait vraiment ce qu'ils contiennent.
Sarkozy a joué les forts en thème, il a cité Blum et Jaurés, il s'est moqué des gens de gauche, il a même dit qu'il était le véritable DRH des socialistes, il a cru que le peuple aimait cela. Aujourd'hui le vin est tiré il faut le boire.Le petit "bling-bling" est devenu impuissant. A moins d'un tour de bonneteau inattendu, il est condamné à s'écraser dans le trou du souffleur comme un pantin désarticulé.
11:28 Publié dans Actuelles, polémique, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : entrer des mots clefs | |
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