14.07.2010

CONFERENCE A REVILLE

presselégendesWEB.jpgUne incursion amusée dans notre mémoire collective en passant par la vie de nos saints, nos contes de fée, les espiègleries des goublins, les rendez-vous de sabbat, les maléfices des sorciers et nos légendaires vikings....
(en images et paroles)

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03.07.2010

Quatrième de couverture

Pour la 3° fois Charles Brucan récidive

Le  « Chevalier de Thibosville » vous entraîne dans la glorieuse épopée des normands,

de la bataille d’Hastings à la conquête de Jérusalem

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(gouache de D. Labadie)

Avec le « Chevalier de Thibosville » Charles Brucan nous raconte comment, en trois générations, les coureurs des mers scandinaves, les fameux Vikings, se transforment dans notre Cotentin en piliers d’une brillante civilisation attachée à la terre.

La saga commence avec l’arrivée d’Ozouf à la Dent, en 1025, lorsque l’aventurier danois débarqué à Landemer, investit brutalement le chastel de Quettehou, principal point de défense du Val de Saire à l’époque. Elle se termine un siècle plus tard, lorsque son petit fils Thibaud, victorieux du désordre et des drames familiaux, assiste au désastre nautique de la Blanche Nef.

Dans ce troisième volume de la collection « Histoires et légendes du Cotentin », l’auteur nous fait assister à la bataille de Val-es-Dunes, à la conquête de l’Angleterre et à la prise d’Antioche et de Jérusalem,  lors de la première croisade. C’est dans ces circonstances que le Chevalier découvre l’Italie du Sud, conquise par les fils de Tancrède de Hauteville, un modeste seigneur du Coutançais.

En toute simplicité, l’auteur porte un regard amusé sur la vie quotidienne de ses personnages, aux prises avec les grands évènements de l’époque. Comme dans les deux récits précédents, Dominique Labadie l’auteur des onze planches originales, nous fait vivre à la pointe de son crayon guidé par l’humour et le talent, les étapes marquantes du récit. D’une lecture facile et plaisante, « Le Chevalier de Thibosville » est une excellente occasion de se remémorer les épisodes fondateurs d’une période faste de l’ histoire de notre presqu’île.

 

 

 

 

 

01.07.2010

Saint Marcouf, patron des navigateurs

 

photo-1381717-M.jpgParmi les saints de mon panthéon, j’ai un faible pour Saint Marcouf, d’abord parce qu’il a donné son nom aux deux îles qui sont les perles de notre baie en manche-est, ensuite parce qu’il a joliment résisté à l’appel du démon, non pas du démon de midi, ni de minuit, ni des bas quartiers, mais au démon du large. Saint Marcouf a résisté aux sirènes, comme Ulysse.


Ce courageux homme est né en 483 à Bayeux d’une famille noble et a montré très tôt une grande force de conviction et de persuasion qu’il mit au service de Dieu, pour convertir les païens à la vraie foi. Il fut élevé aux grades et à la dignité ecclésiastiques par Saint Possesseur, évêque de Coutances. On se trouve alors sous le règne de Childebert, fils de Clovis,  et les prêches de Marcouf ont un grand succès, des aveugles retrouvent la vue et des paralysés se mettent à marcher.


Devant une telle réussite, Marcouf obtient de Childebert un domaine pour fonder son abbaye, la mystérieuse abbaye de Nans ou Nanteuil,  dont on suppose que le premier prieuré fut implanté au lieu même de l’église actuelle de Saint Marcouf-de-l’Isle. L’évangélisateur avait un fort tempérament, mais il était souvent lassé par la foule des solliciteurs qui lui demandaient des miracles, toujours plus de miracles.


Pour trouver du repos, Marcouf qui aimait passionnément la mer prit l’habitude de se réfugier sur les îles en face,  qu’on appelait à l’époque les îles des Deux Limons. Il mena sur l’île du Large, dit-on, une vie spartiate, se nourrissant de pain d’orge et de bigorneaux, moules, huîtres, crabes…On peut comprendre que ce régime iodé et sodé  pouvait entraîner chez le saint homme une certaine hypertension. Hélas, l’ermite n’avait plus que ses rêves pour peupler sa solitude.


C’est dans ces conditions que lors d’une nuit de tempête affreuse, Marcouf fut réveillé par l’apparition d’une jolie jeune femme, avec tous ses habits mouillés collés au corps et pour certains déchirés, laissant entrevoir sa nudité. La belle lui expliqua qu’elle était la seule rescapée d’une barque naufragée en provenance de terres lointaines et qu’elle lui devait son salut à lui, Marcouf le Saint homme, qu’elle avait prié de venir à son secours,  au moment fatal du chavirage.


Charmé par ce nouveau miracle qui lui valait une aussi tentante apparition, Marcouf réconforta la rescapée, la sécha et la réchauffa en l’habillant de sa propre couverture. Il en conçut une certaine émotion. Mais, fort de son expérience des âmes, il se  rappela que Satan en personne pouvait prendre les formes de l’Amour. Par précaution, au moment même où il offrait un morceau de pain à sa protégée, Marcouf le bénit en se signant et prononça fermement : Si tu es Satan, retire-toi  et retournes d’où tu viens !


L’effet fut immédiat. La belle roula des yeux d’où s’échappaient des flammes et des fumées malodorantes puis, dans un furieux mouvement d’air, elle  alla plonger dans les flots déchaînés, d’où elle était sortie quelques instants plus tôt. Les vagues qui déferlaient se refermèrent sur la créature, sous les yeux du saint qui transpirait à grosses gouttes, mais qui fut immédiatement soulagé.


Je suis stupéfait d’admiration pour ce saint homme à qui tout réussissait et qui poussa l’abnégation jusqu’à se réfugier seul sur une île déserte, et pour ceux qui la connaissent, vraiment inhospitalière. Je m’en  veux de ne pas avoir connu Saint Marcouf plus tôt, car je suis certain que son exemple aurait pu m’être d’un grand secours en plusieurs circonstances. Comme Ulysse, il m’est arrivé d’être troublé par le chant des sirènes en mer Méditerranée, mais je n’ai jamais poussé l’ascétisme jusqu’à me faire lier au pied du mât de mon navire. Il aurait été si simple de faire le signe de croix sur les coupes de champagne…Il faut dire que l’Odyssée est un livre merveilleux et qu'Homère ne donne pas dans le monothéisme.


Pour les îles Saint Marcouf, consulter le beau livre d'Edmond Thin, 2005 : Les îles Saint Marcouf, OREP éditions,143 p,

13.06.2010

Chroniques de l'âne n.s. 3 - Manche Nature dénaturée

carteret_WEB.jpgJe lis dans la Presse de la Manche que le Maire de Barneville-Carteret est excédé par Manche Nature, l'association foutrement célèbre de défense de la nature et de l'environnement dans notre département. La renommée de cette officine tient à son opiniâtreté diabolique à attaquer au plan juridique toute faiblesse réelle ou supposée de certains dossiers d'environnement. Les tribunaux lui donnent parfois raison et condamnent les contrevenants à payer. Comme le plus souvent il s'agit de services municipaux, ce sont les contribuables qui mettent la main à la poche.


L'histoire des Fermes de Carteret est assez exemplaire. La bataille contre la réalisation d'une deuxième tranche du lotissement a été menée par un des propriétaires de la première tranche, sous prétexte comme l'aurait dit Bruce Hortefeux, qu'avec une seule ça va, mais avec deux ça devient insupportable. Manche Nature a flairé la bonne affaire et a emprunté le waggon, en se disant que les intérêts privés ne sauraient aller démentir l'intérêt collectif. Pas question d'une deuxième tranche, pourtant d'évidence justifiée par la première, à laquelle le plaignant avait offert son concours et accord de fait !


A la place de Monsieur le Maire de Barneille-Carteret, je me tirerais tout de suite une balle plutôt que d'essayer de raisonner et de convaincre ces jusqu'aux boutistes de l'écologie. Certains esprits parviennent à un tel degré d'autisme social qu'il n'y va aucune chance de les faire changer d'avis, tant leur nature sectaire est évidente.


Cette affaire, qui dure depuis plusieurs années, serait risible, si  elle ne ravalait pas la noble cause de l'environnement et de l'aménagement au rang subalterne des ratiocinations réglementaires. La protection de nos côtes et leur aménagement écologique, touristique et économique volent bien au dessus de ces maigres batailles, qui tournent en ridicule ce qui devrait être essentiel. On arrive à une époque où les citoyens se sentent concernés par ce qu'on veut faire de leur pays et ils aimeraient pouvoir en discuter démocratiquement. Manche Nature au lieu de mener l'effort pédagogique indispensable, préfère la polémique et les outrances. Mon bourricot du Cotentin Tonnerre, est d'accord,  le bonnet d'âne écologique est amplement mérité par cette incroyable organisation

18.05.2010

Robert Wace (1112-1184), le chroniqueur poète des ducs de Normandie

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Robert Wace présente son Roman de Rou à Henri Court Mantel

 

Robert Wace (prononcer Vass) a vécu au XII° siècle et son Roman de Rou (Rollon), écrit en vers et en langue romane est précieux pour connaître la saga des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre.  Il raconte toute une  période qui va des invasions scandinaves avec Rollon (Rolf le Marcheur 911-931) à Robert Courteheuse et Henri Beauclerc (1106), en passant bien entendu par l'épopée de Guillaume le Conquérant (1035-1087), en tout 16542 vers.

Il est né à Jersey et a fait ses études à Caen. Après un séjour en Ile de France, il est revenu vivre dans cette ville. Il dédia en 1160 son Roman de Rou à Henri Court Mantel ,  le Plantagenet qui épousa la sulfureuse Aliénor (1151-1189). En récompense il obtint un bénéfice à la cathédrale de Bayeux.



Ses écrits historiques reprennent les chroniques de Dudon de Saint Quentin et de Guillaume de Jumièges, tout en y ajoutant ses jugements et sa perception personnelle de l'histoire. Le Roman de Rou "est le monument le plus curieux qui nous reste de l'histoire et de la langue des Normands, sous la domination de leurs ducs" (Pluquet, 1824)

 

 

De nombreuses notations de Wace concernent le Cotentin, on y trouve cités le château de Garilland, les destructions d'abbayes du Ham et de Nans (Saint Marcouf),la fuite de Guillaume à Valognes, le naufrage de la Blanche Nef à Barfleur....Une mine d'évènements survenus il y a mille ans ou presque !

 

Ci dessous un passage dans lequel Maître Wace, comme on l'appelait à l'époque, nous conte son curriculum vitae.

 


Se l'on demande qui ço dist,
qui ceste estoire en romanz fist,
jo di e dirai que jo sui
Wace de l'isle de Gersui[2],
qui est en mer vers occident,
al fieu de Normendie apent.
En l'isle de Gersui fui nez,
a Chaem fui petiz portez,
illoques fui a letres mis,
pois fui longues en France apris ;
quant jo de France repairai
a Chaem longues conversai,
de romanz faire m'entremis,
mult en escris et mult en fis.
Par Deu aïe e par le rei
- altre fors Deu servir ne dei -
m'en fu donee, Deus li rende,
a Baieues une provende.
rei Henri segont vos di,
nevo Henri, pere Henri.

 

 

13.05.2010

Le Cotentin a-t-il encore une âme ?



 

 

Le hameau Cousin.jpgEn ces temps de recherche d'identité, on peut se demander comment ce petit pays perdu peut encore servir de territoire d'appartenance. Que peut nous dire cette presqu'île, insignifiante sur une mappemonde, plongée dans une mer parcourue par les tankers et les chimiquiers ? Qui pourrait encore aimer ce repaire atomique,  tenu comme lieu d'épouvante par les écolos  faiseurs de mode et de politiquement correct ?

Le hameau Cousin de F. Millet

 

Le vieil anarcho-syndicaliste que je suis a jeté par dessus les moulins toute idée d'allégeance et de soumission. Il n'a  plus aucun goût pour  rapporter du bout du monde la terre si lourde qui colle à ses semelles. Il n'a aucune disposition pour  écouter au palais de la Mutualité des vérités inventées rue de Solférino. En réalité lorsque j'ai besoin d' inspiration, je la trouve  plutôt du côté des Unelles et de Viridovix ou bien des  aventuriers danois qui ont débarqué  sur nos plages il y a mille ans, pour baiser nos femmes et piller nos abbayes.

 


Vous allez vous moquer avec raison de cette filiation folklorique, qui pourrait très bien se limiter dans la réalité au compagnonnage avoué avec mon âne du Cotentin. Et pourtant...

Presque sans le vouloir, mais d'instinct, je n'ai pas cessé depuis dix ans de fouiller dans la profondeur des rêves et des cauchemars de l'histoire locale. J'ai réuni au gré de mes envies une bibliothèque et partant, des connaissances, sur l'empilement des siècles, au point de faire du pays qui m'entoure  une sorte de mille feuilles historique, qui prend chaque jour plus d'épaisseur.


La dernière couche en gestation est celle des histoires et légendes populaires qui ont alimenté la prédilection de nos ancêtres pour le merveilleux et l'affabulation. J'y reconnais la verve et la truculence des pêcheurs et des paysans qui ont égayé ma jeunesse. Comment  croire que les fées et les bêtes havettes ont cessé de  hanter nos champs et nos bois ? Je suis certain qu'aujourd'hui des sorcières se cachent dans le bocage et exigent d'être exorcisées et je suis convaincu que des adeptes du sabbat se rendent nus dans d'orgiaques cérémonies. Comment pourrait-on vivre sans eux ?


Si belles que soient nos côtes, nos havres et nos plages, si opulent que soit notre bocage, si attendrissantes que soient nos humbles églises toujours en prière, si rustiques et solides que soient nos châteaux et nos manoirs, toutes ces images ne seraient que peu de choses si elles n'étaient  pas l'illustration du reste. Le reste c'est l'âme du pays elle-même,  qui a toute la profondeur des récits d'Ordéric Vital, des poèmes de Robert Wace , des fulgurances de Barbey et des peintures de Millet ou de Fouace.


Plus je tourne autour de la question, plus je me rends compte qu'ils sont bénis, les clercs qui ont la liberté matérielle et morale de contempler l'étendue du passé et de discuter à longueur de jour avec les vieux morts dont il ne subsiste même pas un caveau. Les illustres défunts éclairent comme autant de lanternes sourdes  les replis mystérieux et envoûtants de l'âme du Pays.


Qu'on ne me dise pas que le reste du monde ne m'intéresse pas, bien au contraire. Malgré tout, je l'observe à travers ma lorgnette de paysan et je le trouve un peu  étrange, comme un cousin  perdu de vue, qu'on n'est pas obligé de fréquenter tous les jours. A moi de me souvenir  que ma perspicacité se limite à l' horizon de ma pâture villageoise, si belle en herbe en ce mois de mai et si haute en couleur.

 

12.05.2010

Pique par dessus feuilles !

sabbat WEB.jpgNos anciens n'étaient pas plus empotés que nous pour faire la fête. Parmi les débordements oniriques les plus vantés dans le vieux temps, il faut se souvenir du sabbat. Cette fête là s'organisait la nuit, au milieu des bois et dans les enceintes fortifiées de châteaux au sein desquels on n'entrait habituellement jamais, même en plein jour. C'est dire qu'on n'y invitait ni les bourgeoises ni les jeunes enfants et qu'il valait mieux être initié par quelque bon compagnon expert en sorcellerie et en boissons fortes.


Pour se rendre au sabbat il fallait attendre minuit,  se déshabiller entièrement et nu comme un ver, se hisser droit debout sur la souche de sa cheminée. A ce moment là, on devait s'oindre le corps tout entier avec un onguent spécial, dont le composant principal était de la graisse d'enfant mort sans baptême. Il en fallait une couche épaisse et je vous dirai ensuite pourquoi. Au moment où la lune apparaissait entre deux nuages vous deviez ordonner à pleine voix : "Pique par dessus feuille !" et sur le coup vous vous envoliez comme un chat-huant sans faire aucun bruit.


Si  vous aviez bien respecté les consignes , vous partiez  pour un vol de nuit au dessus des maisons du village, des champs cultivés et des fermes isolées, pour atteindre les landes ou la forêt, planant au dessus des chênes et des hêtres sans même déranger les corbeaux ou les pigeons ramiers, recueillis en dortoirs. En revanche, si comme un de mes cousins trahi par son émotion, vous clamiez pique par dessous feuilles, vous vous retrouviez illico à plat ventre dans le champ de navets du voisin, ou bien si, un peu radin, vous aviez regardé à la quantité de pommade, vous risquiez après quelques lieues de vous retrouver cramponné à une branche avec la peur bleue de choir dix mètres en contre-bas.


Le plus souvent l'envolée se terminait  en douceur au milieu de l'esplanade du château, où vous retrouviez des humains comme vous, affairés et contents, se lançant dans des pas de gigues au bras de demoiselles d'une sournoise beauté*. Ce faisant, chacun se dirigeait vers le  pied du donjon où se trouvait en sous sol, une salle immense avec d'épaisses  colonnes et des arcs en ogive, à la manière d'une nef de cathédrale, éclairée partout avec des chandelles et des grassets. On y voyait sur les murs et sur les voûtes des ornements qu'on aurait crus en or et des tentures brodées par on ne sait quel artiste maléfique, sans doute venu d'un autre monde.


Il s'agissait d'un autre monde en effet, puisque vers ce qui aurait du être l'autel, le grand christ en croix de la perque** avait été renversé et  la procession des humains volants le piétinait en lâchant d'affreux borborygmes. Poursuivant leur chemin, les infâmes allaient dévotement baiser le cul d'un dragon pestilentiel, dont les fesses ressemblaient à la tête d'un nègre. Cette bête immonde n'était autre que le Diable, le Maître de la moitié barbare et répugnante de notre imprévisible planète.


Après seulement ce baiser empoisonné,  le sabbat pouvait commencer. On y versait du vin à chaudronnées et on y fumait des herbes inconnues  dont les effets étaient absolument désastreux sur l'entendement . Le vice était partout et les femmes n'étaient pas les dernières à multiplier les provocations et les gestes contre nature entre gens de même sexe ou d'âge très éloigné. Un peu partout, veillant sur les chapiteaux des colonnes, des diablotins à l'oeil torve armés de leur pique trifide, se jetaient sur les plus cois de ces droles de paroissiens. Sans doute des nouveaux  encore innocents qui n'avaient pas eu le temps de s'enhardir. Harcelés par ces nuées de  zombies urticants, ils n'avaient pas d'autre salut que de se jeter comme les autres et la tête la première, dans les flammes de la fornification et du péché.


La fête démesurée durait jusqu'à l'aube sans qu'on observe aucune pause. Certains ou certaines s'affalaient dans leurs déjections et paraissaient presque morts. Le plus étonnant dans cette histoire, c'est que le lendemain on retrouvait dans la forêt tous ces gens,  seuls ou par petits groupes, essayant de dissimuler leur nudité derrière les buissons et les fougères. Mais quand ils tentaient de regagner leur village, parfois très éloigné, ils étaient trahis par leur pâleur d'outre-tombe. Après leur départ, en cherchant bien dans les sous bois on découvrait sous les feuilles mortes des jarres de vin renversées et des plantes saccagées ***. Sur les lits de mousse odorante  fleurissaient aussi, vénéneux, des champignons multicolores.


* en réalité il s'agissait des soeurs de Lilith "vierge sans lait, une femme qui s'unit sans jamais pouvoir devenir mère. Après avoir déclenché la luxure chez l'homme, elle ne le satisfait pas"

**perque : arc en bois supportant généralement un crucifix et marquant la séparation entre la nef et le choeur dans les petites églises du Cotentin

*** Il s'agit d'hellébores et de daturas

N.B. : cette histoire fait partie des  légendes du Cotentin


 

15.05.2009

Chronique de l'âne 14- Le Cotentin malade de la peste sur France 3

Tonnerre 7_WEB.jpgCe matin Tonnerre de la Fosse paraissait irrité et agité. Au lieu de paître paisiblement la belle herbe tendre de ce mois de mai, je l’ai trouvé à la barrière, la crinière en bataille et donnant du sabot dans la clôture. Je lui ai adressé quelques remontrances en faisant valoir que c’était dimanche et que probablement des parisiennes élégantes s’arrêteraient pour les salutations d’usage et remarqueraient son humeur désobligeante.

« De là à écrire à la SPA pour souligner ton attitude inquiétante, il n’y a qu’un pas, lui dis-je. Et je ferai bientôt les frais d’une enquête en suspicion de mauvais traitements ! »

 

Loin de l’amadouer, mes propos achevèrent de tourmenter l’animal, qui, si je puis dire, monta sur ses grands chevaux. On m’a raconté l’épisode de Thalassa de ce vendredi, brailla-t-il, c’est un véritable scandale ! Ce Georges Pernoud qui n’est rien pour moi, a jeté la suspicion sur mes pâturages avec une audace incroyable. Il a répandu  l’opprobre nucléaire sur tout le Cotentin avec une hypocrisie inouïe, sans en avoir l’air, avec un art consommé de la calomnie, que seuls les journalistes dénaturés peuvent manier. Et maintenant je suis soupçonné d’avoir la peste, nous avons tous la peste. Peux tu seulement me dire comment je vais trouver une ânesse de compagnie pour faire ma vie dans ce comté rural ?

 

« Mon ami, lui dis-je, je comprends ta colère. Au vrai, tu n’es pas tout seul dans cette pandémie atomique. En quelques dizaines de minutes de télévision, les homards des pêcheurs sont devenus invendables et les pommes de terre de nos agriculteurs ont pris une saveur suspecte. Le lait des Maîtres Laitiers va devoir plus que jamais, masquer son éventuelle origine haguaise et les huîtres de Saint Vaast vont être contraintes de se refaire une santé dans les Charentes. Pense également aux hôteliers, aux restaurateurs et à toute l’économie du tourisme. Toute la région, filmée sous une lumière froide entre la Norvège enneigée et les installations sinistres de Sellafield,  a été présentée comme une sorte de friche industrielle à l’atmosphère menaçante pas très loin du cinéma d’horreur et de science fiction. »

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« Face à cette peste, rien n’a filtré qui soit positif, pas même la technicité d’Areva pourtant choisie par contrat l’an dernier, par Sellafield elle-même, pour maîtriser les risques de la déconstruction. Pas un mot d’éloges n’a été entendu pour nos produits gastronomiques, rien pour nos plages aux perles granitiques, rien pour nos côtes mille fois historiques, rien pour notre bocage toujours luxuriant, rien non plus pour nos hommes,  téméraires navigateurs ou artistes du monde. Même pas une incidente cher Tonnerre, sur les fameux ânes du Cotentin, cette race devenue célèbre aux côtés de nos sexi et plantureuses triolettes, posant sur les cartes postales entre un pommier tout fleuri  et une affable vache normande, à la mamelle généreuse. »

 

C’était à mon tour de taper du pied et de perdre mon calme.

 

« Quand on ignore la table des gourmets et la peinture de François Millet  ou de Signac, pour pérorer devant la France entière au pied d’une église dont on est incapable de restituer la grandeur poétique, on ne peut-être qu’un goujat sans culture. Je te le dis cher Tonnerre, Pernoud est devenu un potentat imbu de lui-même et sûr de lui, seulement préoccupé de faire payer à ses hôtes,  les complaisances qu’ils sont fiers de lui avoir refusées ! »

 

Enfin calmé l’animal hocha gravement la tête, et j’ai pu lire dans son regard doux la perplexité qu’il nourrissait face à l’espèce humaine. J’ai pensé à cet instant que le monde des ânes me convenait mieux que celui des médias corrompus. Pour conclure, avec une dignité qu’on n’attend pas d’un jeune quetton, Tonnerre me tourna le dos sans beaucoup d’entrain et s’éloigna en broutant les petites fleurs mauves des trèfles des près qui peignent  une jolie tapisserie face au gris bleuté de la mer . Comme chaque matin la scène était inondée de soleil et juste troublée par un doux Zéphyr.

 

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