26.05.2010
D'une rive à l'autre
La France est un vieux pays, disait de Villepin et les autres pays membres de l'Union Européenne, tout autant. Je les soupçonne d'être paralysés par leurs héritages, certes fondateurs pour l'humanité toute entière, mais encombrants et très lourds à porter. Ils sont incapables aujourd'hui d'imaginer, de créer, de réinventer. Il suffit d'observer maintenant en comparaison, l'Amérique d'Obama galoper, la Chine folle d'énergie exploser , et le Brésil devenu subitement conscient de sa continentale puissance, s'imposer.
Pendant ce temps là, Angela Merkel se bat avec ses démons boutiquiers du siècle dernier, les Anglais s'entêtent dans leur ridicule isolement et les Français jouent à cache cache politique, droite et gauche affublées de burkas idéologiques, juste bonnes à dissimuler leurs ambitions électorales et carriéristes. Nous avons pourtant sur les bras une jeunesse explosive qui s'agite dans nos quartiers, nous avons des Universités qui débordent d'étudiants et des armées d'ingénieurs hyper doués qui piaffent dans nos usines.
Alors pourquoi on n'avance pas ?
J'ai ma petite idée sur la question. Je vais essayer de la dire. Je sais aussi de quoi on va m'accuser, sans doute aussi vais-je recevoir des insultes. Il faut quand même tenter. Nous n'avançons pas parce que nous sommes sur la défensive. Ceux là mêmes qui ont les poches pleines et vivent fort bien par ces temps de crise, sont rassasiés et n'ont que l'ambition de conserver leurs sous et leurs privilèges.Nous avons pourtant une Nouvelle Frontière qui s'ouvre à nous, comme au temps de la ruée vers l'or aux States. Je veux parler de cette immense Afrique à commencer par celle du Nord, ce magnifique espace méditerranéen, d'ou sont issues nos civilisations gréco-romaines et nos religions du Livre.
Vincent Peillon vient de présenter au Parlement Européen son rapport pour l'Union Méditerranéenne et il ouvre des pistes pour relancer des actions politiques d'entente, fructueuses pour les peuples de tous nos pays.
Il cite des thèmes bien concrets et pas si difficiles à organiser :
- la promotion d’un Erasmus euroméditerranéen,
- une chaîne de télévision euroméditerranéenne
- la facilitation progressive de la libre circulation entre les deux rives,
- la convergence des politiques agricoles euro-méditerranéennes,
- une stratégie euro-méditerranéenne pour l’efficacité énergétique.
J'ajouterais un Institut euro-méditerranéen de développement sis à Tunis, qui soit un lieu de rencontre entre tous les chercheurs, spécialistes et experts de la zone.
Ayant travaillé de longues années en Algérie dont je me considère comme un citoyen, j'approuve sans nuances l'esprit de ce rapport et je suis convaincu de la puissante fécondité de tels projets. On pourrait se demander pourquoi dans ces conditions il ne se passe rien. On comprend qu'en France les pieds-noirs massés sur la Côte, là d'où justement on peut s'envoler pour le Maghreb, gardent une sorte de nostalgie enkystée dans leur traumatisme et mise en mémoire comme un mythique "crime anti-français", qui les paralyse. On les a vus réagir à propos du film "Les Hors la Loi", avec une insoupçonnable virulence. Je suis sûr malgré tout, qu'ils seraient faciles à retourner, amoureux qu'ils sont de la Belle Algérie.
Le vrai motif, c'est la question d'Israêl, à laquelle se sont ralliés tous les Juifs de France ou d'ailleurs. Les tenants du Grand Israël repousseront aussi longtemps qu'ils le pourront toute solution de paix avec les Arabes du Moyen Orient et du Maghreb. Ils en ont les moyens financiers et politiques. La crise palestinienne paralyse et paralysera encore longtemps toute issue positive à la soi-disant guerre des civilisations. Je dis sincèrement aux juifs de bonne volonté, qu'ils enfoncent aujourd'hui l'Europe toute entière dans leurs querelles tribales. Ils perdent chaque jour des faveurs dans l'opinion (Dieu sait pourtant si ils les ont payées au prix fort). Devant la crise ou plutôt les crises à répétition, il faudra bien trouver un jour des boucs émissaires. Il est temps, grand temps, si ils en sont encore capables derrière leur mur, de ranger les bazookas et d'avancer des propositions de Paix . Le mur de béton n'est qu'un symbole bien visible qui pourra un jour être détruit, hélas le mur mental qu'ils ont dressé entre leur nation et le reste du monde est autrement plus dangereux pour eux-mêmes.
Post scriptum
Des personnalités juives européennes engagées pour une paix entre Israéliens et Palestiniens ont lancé un "appel à la raison". Le mouvement, intitulé J Call, pour "European Jewish Call for Reason", a été lancé début mai à Bruxelles lors d'une réunion au Parlement européen. Parmi les signataires figurent notamment Elie Chouraqui, cinéaste, Daniel Cohn-Bendit, député Vert européen, Elisabeth de Fontenay, philosophe, Georges Kiejman, ancien ministre et avocat, Bernard-Henri Lévy, philosophe, Pierre Nora, historien. (Le Monde 27/05/2010)
17:36 Publié dans géographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : israël, algérie, europe, peillon, nouvelle frontière
04.03.2010
A un vieil ami
Cette note est la centième de ce blog, j'ai voulu fêter l'évènement à ma manière en exhumant un poème que j'avais placé en exergue de ma thèse, comme dédicace à un grand ami, modeste paysan du désert, qui m'a appris la noblesse des hommes simples, respectueux de leurs semblables, de la nature et de la vie.
A Mohamed B., agriculteur de la vallée du M'Zab,
maître en agriculture et en humanité.
Mohamed B. détient beaucoup de secrets simples
et essentiels, mais surtout il sait que
l'homme
modeste, patient et fort,
peut domestiquer les mauvais génies
du désert.
Il peut commander le destin incertain
des graines qui germent,
des boutures qui s'enracinent,
des greffes qui bourgeonnent
et des fleurs qui éclosent.
Il peut rendre obliques les piques verticales
du soleil à midi
et calmer la sarabande des grains de sable
endiablés par un sirocco de juin.
Ne s'arrêtant jamais
il protége le bon grain
et arrache l'ivraie, chasse les moineaux voleurs
et les gerboises gourmandes,
foudroie les chenilles et les pucerons,
les acariens, les noctuelles
et les sauterelles voraces,
tout un petit peuple vil et désobligeant.
Il faut des jours et des jours,
un par un comptés
par la somme des gestes renouvelés
pour que les mauvais génies se lassent
et que le soir offre sa moisson
de légumes et de fruits,
verts ou rouges ou jaunes
comme de l'or.
Alors au plus frais de l'aube
quand commence une nouvelle journée dure
et tranquille
et qu'il fait chanter
l'eau dans les rigoles en n'oubliant
aucune plante, aucun arbre,
rendu allègre par le bonheur de la vie
si simplement présente,
Mohamed B., paysan du M'Zab dit:
"C'est pour le plaisir de Dieu
Grand et Miséricordieux"
10:40 Publié dans Chants de Noroît | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sahara, palmiers, algérie
25.08.2009
Vincent et les autres....
J’ai laissé mon âne dans son herbage et j’ai fait le voyage à Marseille. Quatre jours de presque vacances dans une ville chère à mon cœur. Il y a près de cinquante ans (novembre 1962), j’embarquais à la Joliette, avec ma jeune épouse, sur le Ville d’Oran , pour ce qui devait être l’aventure de notre vie. Alors que presque tous avaient fui l’Algérie indépendante, nous, les deux paysans du bocage, nous étions fiers de nous rendre sur une terre qui venait de conquérir sa liberté. Il s’en est suivi une histoire d’amour avec un peuple dont il faudra bien un jour que je décrive l’immense courage, la patience, l’humour et la générosité. Bien sûr tout n’est pas rose dans ce pays lancé vers l’inconnu par la toute puissance de sa démographie et l’infini de ses espaces arides. Nous en reparlerons. (Mon ami T.B. me raconte que Matoub Lounés, chanteur berbère, glorieusement assassiné par les intégristes répondait aux journalistes :
-Quel est votre animal préféré ?
- L’âne qui transporte par le djebel les matériaux de construction pour construire nos ksours et nos mechtas…
- Et l’animal que vous aimez le moins ?
- Le dromadaire qui a amené les arabes en Algérie ! )
Marseille il y a cinquante ans était une ville du tiers monde. C’est aujourd’hui une capitale méditerranéenne admirable et sûre d’elle. Les jardins du Pharo qui accueillaient l’Université d’été de l’Espoir à Gauche sont un espace magnifique qui surplombe l’entrée du vieux port. L’accueil et l’organisation des ateliers par Patrick Mennucci, maire de ce secteur de Marseille furent sans faille. Je ne veux pas maintenant reprendre dans le détail les échanges qui ont eu lieu (sur l’éducation, sur la communication, sur la démocratie participative…). Je veux me contenter de l’événement principal, c’est à dire la présence à la même tribune des communistes, des écologistes, des radicaux de gauche et du Modem, sur invitation de Vincent Peillon.
Je sais que toute une partie du PS va immédiatement vouer aux enfers politiques les responsables de ce scandale et Peillon en premier . Il est probable qu’on tente de lui faire payer le prix de cette audace dès la semaine prochaine. Les tenants de la gauche-gauche sont des spécialistes de l’auto-mutilation. On a réussi à se débarrasser de Ségolène, ce devrait être encore plus facile d’expédier Peillon dans la zone de purge petite-bourgeoise et intellectuelle. Et pourtant le discours de Marielle de Sarnez fut magnifique, soulevant l’enthousiasme de l’assistance. Entendre Robert Hue et Mme de Sarnez s’adresser des fleurs fut passionnant. Pour moi c’est là que les choses bougent et ce sera encore une occasion manquée si on ne saisit pas la main tendue.
Les baisers sur la bouche (comme le dit joliment Christianne Taubira) avec l’exécrable Cohn-Bendit sont beaucoup plus discutables. Bendix est le pire des démagos, en nous assurant que sa parole est libre, sous prétexte qu’il ne brigue pas de mandat. La liberté de pensée n’autorise pas la confusion et l’amalgame (exemple : pourquoi défendre les services publics puisque l’EDF nous a menés au nucléaire ?) ou la provocation ( ex : Arrêtons de parler de progrès !). Je le dis, ce trublion véhicule quelque chose de dangereux qui ne respecte pas l’intelligence du peuple. Il surfe sur les peurs et la pensée unique imposées par les écolos médiatiques qui n’éprouvent aucun scrupule à se vautrer dans les paradoxes (continuer à vouloir sortir en urgence du nucléaire alors que pour le moment c’est un des moyens puissants d’éviter le recours aux énergies fossiles et l’émission massive de CO2). Comment à la fois, défendre l’économie de marché et réclamer la planification à marche forcée de directions industrielles qui n’ont pas fait la preuve, loin de là, de leur efficacité économique et sociale ? (la voiture électrique, les éoliennes, le photovoltaïque, l’exclusion des OGM)
Je ne regrette pas mon voyage à Marseille. En organisant la confrontation des points de vue, Vincent Peillon a fait avancer les choses, modestement, sans chercher à en encaisser visiblement des bénéfices personnels. Il m’a semblé qu’il s’est comporté comme un véritable animateur de colloque, avec un esprit de recherche de solutions et de pistes pour l’avenir. En somme il a misé son capital de crédibilité dans un investissement à moyen et long terme dont il va falloir surveiller et encourager les retombées.
Ce matin,24 août, le quotidien Libération est revenu, sous la plume de Laurent Joffrin, sur le succès des Ateliers d'été et du rassemblement proposé par Vincent Peillon.
" Un peu de soleil dans l’eau froide de la désunion. Pour la première fois depuis des lustres, un peu d’espérance s’est fait jour dans une assemblée organisée par des socialistes. Pour la première fois depuis des lustres, quelque chose a sans doute commencé, samedi à Marseille, quelque chose qui peut renverser le courant de résignation qui semblait emporter la gauche vers une défaite certaine. En réunissant un arc-en-ciel politique qui va du Modem au PCF, en passant par les Verts et les Radicaux de gauche, Vincent Peillon a cristallisé la seule orientation stratégique qui puisse rendre un début de crédibilité au camp du changement social : la Grande Alliance, celle-là même que nous réclamions dans ces colonnes après les européennes.
12:18 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : algérie, écolos, ouverture, marseille



