15.05.2010

Léopold Delisle (1826-1910), historien normand

LeopoldDelisle.jpgLéopold Delisle est un des grands hommes du Cotentin. Né à Valognes en 1826 il n'a jamais oublié ses racines normandes. C'est probablement l'ancien élève le plus illustre du Collège de Valognes,  (aujourd'hui Lycée) où il remporta un prix d'honneur de philosophie en 1845. Il est brièvement secrétaire et collaborateur du vieux de Gerville, puis  rentre à l'Ecole des Chartes. Il en sort premier de sa promotion en 1849 . Il publie deux ans plus tard un ouvrage de 750 pages admirablement documenté qui a conservé aujourd'hui tout son intérêt : "Etudes sur la condition de la classe agricole et l'état de l'agriculture en Normandie au Moyen Age" *.


Cet ouvrage est primé deux années de suite  par l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Il est alors recruté par la Bibliothèque Nationale dont il deviendra l'Administrateur général en 1874. Il a trouvé entre temps une femme (1857) Laure Burnouf, petite fille de J.L. Burnouf, universitaire  natif d'Urville Bocage et fille de l'orientaliste Eugène Burnouf. La puissance de travail de Léopold Delisle est véritablement étonnante puisqu'à trente et un ans il acquiert une réputation d'érudit qui en général consacre les savants à la fin de leur vie. Un de ses coups d'éclat fut d'établir que parmi les manuscrits du legs du duc d'Ashburnam, la plupart avaient été volés par Libri, inspecteur des bibliothèques sous Louis Philippe.


Il sera membre de l'Académie des Inscriptions et  Belles Lettres pendant cinquante trois ans. Jusqu'à sa mort  il ne cessera de collationner, classer et analyser les manuscrits qui étayent notre histoire. Les seuls titres de ses travaux occupent un volume de 587 pages (Paul Lacombe, 1910, 2102 publications). Il n'a jamais oublié l'histoire de son pays natal : il a publié une histoire de Saint Sauveur le Vicomte (1867) et d'innombrables notes dans l'Annuaire de la Manche. Il a aussi largement contribué à l'exploitation des dossiers de Mangon du Houguet, l'archiviste révillais.


"Sa tête était un peu penchée de côté, comme un épi plein" a dit un de ses contemporains. On ne saurait mieux dire le poids du labeur de ces incroyables savants du XIX°, dont les exemples ne manquent pas dans les sciences exactes, qui ont passé leur vie, modeste et tranquille à assembler des idées, à les classer, à préparer le travail des générations futures, avec un soin et une abnégation bien éloignée, très éloignée de l'agitation de notre bruyante vie médiatique d'aujourd'hui. Faire une place au vieux Léopold sur le Net (merci Google) est véritablement l'extraordinaire tour de force de notre époque.


*Cet ouvrage peut être téléchargé : il est extrêmement plaisant à lire et vivant, mais il faut prendre son temps (750 pages)

 


 


26.01.2010

A quand l'interdiction du soja en France?

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Le gardien de chèvres moustachu va avoir du travail sur sa planche d'acrobate. La Presse de la Manche qui ne parle pas que du loto de Teurthéville Bocage ou du donjon de Bricquebec m'apporte aujourd'hui une bonne nouvelle retranscrite de la revue anglaise Nature qui fait autorité dans ce domaine.On a achevé de décrypter le génome de Glycine max , cette légumineuse plus connue sous le nom de soja,dont les américains se sont fait une spécialité et qui sert de base dans l'alimentation du bétail. Comme les pois, les haricots ou la luzerne ces plantes ont la propriété de fixer l'azote de l'air pour l'incorporer à leurs protéines. Autant dire qu'elles ne nécessitent pas ou peu d'engrais azoté dont on connaît le coût énergétique et le danger pour l'environnement.

 

Ce sont bien sûr les laboratoires publics ou privés américains (18 au total) qui ont mené cette tâche cruciale pour l'avenir de l'agriculture. On ne parle pas d'OGM, mais ce qui revient au même d'innovation génétique. On a découvert les 52 gènes qui orchestrent le fonctionnement des fameux nodules à Rhizobium responsables de la fixation de l'azote. Ces avancées ouvrent la voie à des progrès d'importance : amélioration des rendements en bio-diesel, de la digestibilité pour le bétail et qui sait ? greffage sur du blé ou du maïs de la séquence. Des blés ou du riz autosuffisants en azote seraient des plantes de cocagne pour les pays pauvres.

 

Nous importons chaque année 4,5 millions de tonnes de soja essentiellement du Brésil, ce qui représente 70% des tourteaux consommés dans notre pays. Evidemment les laboratoires français sont absents de la recherche dans ce secteur déterminant pour l'agriculture de demain.Nous devons en remercier José Bové et ses nombreux copains , les faucheurs d'OGM. Hélas, trois fois hélas, je ne vivrai pas assez vieux pour assister au retournement de cette situation désastreuse.