21.10.2010

BRAS DE FER

 

manif 2O1O.jpg

On sait tout le bien que je pense de notre cher petit Président, ce matamore m’as-tu-vu,  coquelet excité par sa propre image, dont tout le génie politique s’est nourri des disputes et des défis qui animent quotidiennement les cours d'école.  Sur un terrain de foot  on pourrait dire que cela produit  d’excellentes qualités qui énervent l’adversaire et le poussent à la faute. Pour gouverner un pays, ce sont des tares rédhibitoires.

 

La culture défaillante ne peut être remplacée par le bling-bling et les coups de menton. Cet homme ne sait rien de l’histoire et mélange depuis le début de sa lamentable percée politique,  Al Capone et Jean Jaurès. L’ignorance seule permet un tel culot.  Pour gouverner un pays, il faut éviter de le déchirer et de dresser les gens les uns contre les autres. Par exemple il faut refuser d’exciter la droite contre la gauche et vice-versa, les pauvres contre les riches, les patrons contre les salariés, les syndicats ouvriers contre les rentiers, …les BOFS contre les ROMS. Cette tactique vindicative qui consiste a s'attribuer toujours le beau rôle du fait de sa prééminence institutionnelle est bête et improductive. Elle est bête parce que nos concitoyens devinent facilement la supercherie et elle est improductive parce qu’un pays désuni est condamné à l’échec. Jamais la politique française n’a produit un Président de la République aussi creux et aussi vain.

 

Aujourd’hui, comme il fallait s’y attendre, le petit caïd de Neuilly est à la croisée des chemins. Depuis son dîner au Fouquet, Il n'a cessé de narguer le peuple ordinaire par ses sympathies trop visibles pour le CAC 40 et la jet-set. Tout ce qu’il propose  est d'abord perçu aujourd'hui  comme une injustice supplémentaire. Pour conserver le soutien de la partie la plus  rance de la droite, il est condamné à vaincre l'innommable chienlit. Pas seulement vaincre dans la magnanimité habituelle du vainqueur, mais en s’en glorifiant et en s’en réclamant avec son impudence coutumière. Sa victoire devra proclamer  l’humiliation des 70% de citoyens qui le détestent aujourd’hui. Les éléments de langage répétés imperturbablement par la clique des missi dominici (soi-disant ministres) annoncent déjà la victoire inéluctable des modernes contre les ringards, des bosseurs contre les fainéants, des entrepreneurs contre les assistés,  des riches contre les pauvres, de la super classe contre la valetaille.

 

A la vindicte présidentielle, la majorité populaire fait face avec un entêtement quasi-désespéré. Nous nous installons dans une opposition frontale avec l'oligarchie élitiste qui fait preuve d'une rare myopie politique. On ne peut plus éviter de choisir son camp. Pour les raisons que je viens d’énumérer j’ai choisi le mien. Non pas pour des motifs d’ajustement des retraites qui se feront nécessairement en toute bonne foi autour d’une table, mais pour mon désaccord total avec l'emploi des rapports de force pour résoudre les problèmes sociaux. J’entends Soubie proclamer que tout va bien et que les désordres, d’ailleurs prévus, sont sous contrôle. Belle gouvernance qui consiste à jeter les gens dans la rue ! L’affrontement, quelle qu’en soit l’issue  laissera des traces. S’il faut perdre cette bataille camarades,  ravalons notre fierté ! mais expliquons partout qu’en 2012, il faudra se débarrasser de cet insupportable clan et chasser ce honteux Président qui nous navre et qui nous déshonore.   

conseillers.png

Les hommes de l'ombre : à gauche l'illustre Soubie

 

24.03.2008

Toto reçoit une lettre de la Côte des Iles...

Jusqu'à présent le facteur, qui est un excellent jeune homme, ne s'était pas soucié de mettre Toto au rang de ses abonnés. Les temps changent, j'ai reçu hier à son intention une missive de Claude Bastian, mon ami, qui semble plutôt interloqué par les manoeuvres électorales de sa région. Je crois bien que ce sont des histoires tout à fait dignes de nos amis les bourricots.

Asinus asinum fricat

De Nestor, ministre* sur la Côte des Isles à Toto, son confrère du Val de Saire

1182490444.JPG

Mon cher Toto

Je suis comme toi un bel âne du Cotentin une croix de Saint André bien marquée sur le dos. De mon pré la vue embrasse toute la Côte des Havres, du Cap de Carteret à Agon-Coutainville. Sous mes sabots, Barneville-Carteret, d’où le vent d’Ouest m’a apporté une histoire. Je n’en ai pas cru mes oreilles, mais je vais quand même te la raconter.

Un jour, le Maire de Barneville-Carteret fit venir ses plus proches conseillers. Le poids des ans, leur dit-il, se fait sentir et il ne faut pas compter sur moi pour vous conduire aux prochaines élections. Tous se récrièrent : ne vois tu pas qu’un dangereux concurrent s’apprête à prendre ta place ?  Sera –t-il prêt à nous garder aux mêmes responsabilités ?  Je n’en sais rien, dit le Maire, mais j’ai un bon ami qui le ferait si vous le lui demandiez. Il faudrait donc que cet ami soit élu dirent ils, mais est il au moins connu des électeurs ? Pas encore, hélas, dit le Maire mais vous pouvez toujours le prendre sur votre liste.

 

Les proches conseillers se retirèrent et se réunirent en petit comité. Comme à l’accoutumée l’avis du Maire était sibyllin, mais le plus subtil d’entre eux en donna la clé : Si nous voulons faire élire cet inconnu comme premier magistrat, aucun d’entre nous ne peut se présenter comme tête de liste. Il nous faut donc trouver hors de notre petit cercle une personnalité populaire et peu versée en politique pour la placer à la tête de notre liste. Au besoin, nous demanderons au Maire de nous aider à convaincre cette personne, évidemment sans lui révéler notre but final. Quand nous aurons la majorité au conseil municipal, il sera toujours temps de nous en débarrasser sous l’un ou l’autre prétexte.

Ce qui fut dit fut fait. On trouva un brave homme fraîchement retraité et honorablement connu comme gestionnaire. Il rassembla sur son nom beaucoup plus de voix que le « dangereux » opposant, qui se dégonfla comme une baudruche, et sa liste gagna les élections d’une courte majorité au conseil. Et juste avant l’élection du maire, les proches conseillers réélus grâce à lui convainquirent les autres colistiers qu’il était décidément impossible de travailler avec lui. Bien évidemment, c’est l’ami du maire qu’ils firent élire à une écrasante majorité, pour se partager ensuite les postes qu’ils voulaient garder à tout prix.

Le nouveau maire est juriste de profession. C’est sans doute une lumière en Code, mais fort économe de son éloquence, se bornant à rappeler dans son discours d’investiture son amitié depuis l’enfance avec l’ancien Maire et son espoir d’être digne de lui succéder.

Quand deux orateurs de la Rome antique se congratulaient un peu trop, les citoyens disaient

Asinus asinum fricat : l’âne frotte l’âne. A cette époque on avait plus de considération pour les citoyens que pour les ânes.

Heureusement pour nous, mon cher Toto, ce n’est plus le cas aujourd’hui

 

* Il faut être inculte comme un Parisien pour ne pas savoir qu’en Cotentin le titre de ministre est réservé à nos congénères.

 

(Posté par Claude Bastian)