01.07.2010

Saint Marcouf, patron des navigateurs

 

photo-1381717-M.jpgParmi les saints de mon panthéon, j’ai un faible pour Saint Marcouf, d’abord parce qu’il a donné son nom aux deux îles qui sont les perles de notre baie en manche-est, ensuite parce qu’il a joliment résisté à l’appel du démon, non pas du démon de midi, ni de minuit, ni des bas quartiers, mais au démon du large. Saint Marcouf a résisté aux sirènes, comme Ulysse.


Ce courageux homme est né en 483 à Bayeux d’une famille noble et a montré très tôt une grande force de conviction et de persuasion qu’il mit au service de Dieu, pour convertir les païens à la vraie foi. Il fut élevé aux grades et à la dignité ecclésiastiques par Saint Possesseur, évêque de Coutances. On se trouve alors sous le règne de Childebert, fils de Clovis,  et les prêches de Marcouf ont un grand succès, des aveugles retrouvent la vue et des paralysés se mettent à marcher.


Devant une telle réussite, Marcouf obtient de Childebert un domaine pour fonder son abbaye, la mystérieuse abbaye de Nans ou Nanteuil,  dont on suppose que le premier prieuré fut implanté au lieu même de l’église actuelle de Saint Marcouf-de-l’Isle. L’évangélisateur avait un fort tempérament, mais il était souvent lassé par la foule des solliciteurs qui lui demandaient des miracles, toujours plus de miracles.


Pour trouver du repos, Marcouf qui aimait passionnément la mer prit l’habitude de se réfugier sur les îles en face,  qu’on appelait à l’époque les îles des Deux Limons. Il mena sur l’île du Large, dit-on, une vie spartiate, se nourrissant de pain d’orge et de bigorneaux, moules, huîtres, crabes…On peut comprendre que ce régime iodé et sodé  pouvait entraîner chez le saint homme une certaine hypertension. Hélas, l’ermite n’avait plus que ses rêves pour peupler sa solitude.


C’est dans ces conditions que lors d’une nuit de tempête affreuse, Marcouf fut réveillé par l’apparition d’une jolie jeune femme, avec tous ses habits mouillés collés au corps et pour certains déchirés, laissant entrevoir sa nudité. La belle lui expliqua qu’elle était la seule rescapée d’une barque naufragée en provenance de terres lointaines et qu’elle lui devait son salut à lui, Marcouf le Saint homme, qu’elle avait prié de venir à son secours,  au moment fatal du chavirage.


Charmé par ce nouveau miracle qui lui valait une aussi tentante apparition, Marcouf réconforta la rescapée, la sécha et la réchauffa en l’habillant de sa propre couverture. Il en conçut une certaine émotion. Mais, fort de son expérience des âmes, il se  rappela que Satan en personne pouvait prendre les formes de l’Amour. Par précaution, au moment même où il offrait un morceau de pain à sa protégée, Marcouf le bénit en se signant et prononça fermement : Si tu es Satan, retire-toi  et retournes d’où tu viens !


L’effet fut immédiat. La belle roula des yeux d’où s’échappaient des flammes et des fumées malodorantes puis, dans un furieux mouvement d’air, elle  alla plonger dans les flots déchaînés, d’où elle était sortie quelques instants plus tôt. Les vagues qui déferlaient se refermèrent sur la créature, sous les yeux du saint qui transpirait à grosses gouttes, mais qui fut immédiatement soulagé.


Je suis stupéfait d’admiration pour ce saint homme à qui tout réussissait et qui poussa l’abnégation jusqu’à se réfugier seul sur une île déserte, et pour ceux qui la connaissent, vraiment inhospitalière. Je m’en  veux de ne pas avoir connu Saint Marcouf plus tôt, car je suis certain que son exemple aurait pu m’être d’un grand secours en plusieurs circonstances. Comme Ulysse, il m’est arrivé d’être troublé par le chant des sirènes en mer Méditerranée, mais je n’ai jamais poussé l’ascétisme jusqu’à me faire lier au pied du mât de mon navire. Il aurait été si simple de faire le signe de croix sur les coupes de champagne…Il faut dire que l’Odyssée est un livre merveilleux et qu'Homère ne donne pas dans le monothéisme.


Pour les îles Saint Marcouf, consulter le beau livre d'Edmond Thin, 2005 : Les îles Saint Marcouf, OREP éditions,143 p,

18.05.2010

Robert Wace (1112-1184), le chroniqueur poète des ducs de Normandie

robwace.jpg

Robert Wace présente son Roman de Rou à Henri Court Mantel

 

Robert Wace (prononcer Vass) a vécu au XII° siècle et son Roman de Rou (Rollon), écrit en vers et en langue romane est précieux pour connaître la saga des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre.  Il raconte toute une  période qui va des invasions scandinaves avec Rollon (Rolf le Marcheur 911-931) à Robert Courteheuse et Henri Beauclerc (1106), en passant bien entendu par l'épopée de Guillaume le Conquérant (1035-1087), en tout 16542 vers.

Il est né à Jersey et a fait ses études à Caen. Après un séjour en Ile de France, il est revenu vivre dans cette ville. Il dédia en 1160 son Roman de Rou à Henri Court Mantel ,  le Plantagenet qui épousa la sulfureuse Aliénor (1151-1189). En récompense il obtint un bénéfice à la cathédrale de Bayeux.



Ses écrits historiques reprennent les chroniques de Dudon de Saint Quentin et de Guillaume de Jumièges, tout en y ajoutant ses jugements et sa perception personnelle de l'histoire. Le Roman de Rou "est le monument le plus curieux qui nous reste de l'histoire et de la langue des Normands, sous la domination de leurs ducs" (Pluquet, 1824)

 

 

De nombreuses notations de Wace concernent le Cotentin, on y trouve cités le château de Garilland, les destructions d'abbayes du Ham et de Nans (Saint Marcouf),la fuite de Guillaume à Valognes, le naufrage de la Blanche Nef à Barfleur....Une mine d'évènements survenus il y a mille ans ou presque !

 

Ci dessous un passage dans lequel Maître Wace, comme on l'appelait à l'époque, nous conte son curriculum vitae.

 


Se l'on demande qui ço dist,
qui ceste estoire en romanz fist,
jo di e dirai que jo sui
Wace de l'isle de Gersui[2],
qui est en mer vers occident,
al fieu de Normendie apent.
En l'isle de Gersui fui nez,
a Chaem fui petiz portez,
illoques fui a letres mis,
pois fui longues en France apris ;
quant jo de France repairai
a Chaem longues conversai,
de romanz faire m'entremis,
mult en escris et mult en fis.
Par Deu aïe e par le rei
- altre fors Deu servir ne dei -
m'en fu donee, Deus li rende,
a Baieues une provende.
rei Henri segont vos di,
nevo Henri, pere Henri.

 

 

13.05.2010

Le Cotentin a-t-il encore une âme ?



 

 

Le hameau Cousin.jpgEn ces temps de recherche d'identité, on peut se demander comment ce petit pays perdu peut encore servir de territoire d'appartenance. Que peut nous dire cette presqu'île, insignifiante sur une mappemonde, plongée dans une mer parcourue par les tankers et les chimiquiers ? Qui pourrait encore aimer ce repaire atomique,  tenu comme lieu d'épouvante par les écolos  faiseurs de mode et de politiquement correct ?

Le hameau Cousin de F. Millet

 

Le vieil anarcho-syndicaliste que je suis a jeté par dessus les moulins toute idée d'allégeance et de soumission. Il n'a  plus aucun goût pour  rapporter du bout du monde la terre si lourde qui colle à ses semelles. Il n'a aucune disposition pour  écouter au palais de la Mutualité des vérités inventées rue de Solférino. En réalité lorsque j'ai besoin d' inspiration, je la trouve  plutôt du côté des Unelles et de Viridovix ou bien des  aventuriers danois qui ont débarqué  sur nos plages il y a mille ans, pour baiser nos femmes et piller nos abbayes.

 


Vous allez vous moquer avec raison de cette filiation folklorique, qui pourrait très bien se limiter dans la réalité au compagnonnage avoué avec mon âne du Cotentin. Et pourtant...

Presque sans le vouloir, mais d'instinct, je n'ai pas cessé depuis dix ans de fouiller dans la profondeur des rêves et des cauchemars de l'histoire locale. J'ai réuni au gré de mes envies une bibliothèque et partant, des connaissances, sur l'empilement des siècles, au point de faire du pays qui m'entoure  une sorte de mille feuilles historique, qui prend chaque jour plus d'épaisseur.


La dernière couche en gestation est celle des histoires et légendes populaires qui ont alimenté la prédilection de nos ancêtres pour le merveilleux et l'affabulation. J'y reconnais la verve et la truculence des pêcheurs et des paysans qui ont égayé ma jeunesse. Comment  croire que les fées et les bêtes havettes ont cessé de  hanter nos champs et nos bois ? Je suis certain qu'aujourd'hui des sorcières se cachent dans le bocage et exigent d'être exorcisées et je suis convaincu que des adeptes du sabbat se rendent nus dans d'orgiaques cérémonies. Comment pourrait-on vivre sans eux ?


Si belles que soient nos côtes, nos havres et nos plages, si opulent que soit notre bocage, si attendrissantes que soient nos humbles églises toujours en prière, si rustiques et solides que soient nos châteaux et nos manoirs, toutes ces images ne seraient que peu de choses si elles n'étaient  pas l'illustration du reste. Le reste c'est l'âme du pays elle-même,  qui a toute la profondeur des récits d'Ordéric Vital, des poèmes de Robert Wace , des fulgurances de Barbey et des peintures de Millet ou de Fouace.


Plus je tourne autour de la question, plus je me rends compte qu'ils sont bénis, les clercs qui ont la liberté matérielle et morale de contempler l'étendue du passé et de discuter à longueur de jour avec les vieux morts dont il ne subsiste même pas un caveau. Les illustres défunts éclairent comme autant de lanternes sourdes  les replis mystérieux et envoûtants de l'âme du Pays.


Qu'on ne me dise pas que le reste du monde ne m'intéresse pas, bien au contraire. Malgré tout, je l'observe à travers ma lorgnette de paysan et je le trouve un peu  étrange, comme un cousin  perdu de vue, qu'on n'est pas obligé de fréquenter tous les jours. A moi de me souvenir  que ma perspicacité se limite à l' horizon de ma pâture villageoise, si belle en herbe en ce mois de mai et si haute en couleur.

 

05.05.2010

J'aime Sainte Colombe

photo-1381706-M.jpgNous avons beaucoup de saints dans notre Cotentin et souvent on ne sait pas à qui se vouer. Saint Germain, saint Martin, saint Floxel, saint Vigor, saint Ermeland, il est impossible de les citer tous. Les saintes en revanche sont bien plus rares. L'une d'entre elles a retenu mon attention, car son origine est quand même assez douteuse. Il s'agit de Sainte Colombe de Gréville-Hague.


Il est assez rare qu'on perde complètement la mémoire des saints missionnaires et prédicateurs. L'église a  toujours pris soin de répertorier une quantité de miracles prouvant la sainteté. Les saints ont pour pratique courante de terrasser les démons, d'arrêter la pluie ou bien   de faire jaillir les fontaines. Ils ont l'habitude également de faire parler les muets, de rendre la vue aux aveugles et de faire marcher les paralytiques. Une de leurs manies les plus étonnante est de ramasser leur tête tranchée, de la prendre sous leur bras et de continuer leur route comme si de rien n'était. Toutes ces manifestations de la sainteté sont pieusement passées au crible par les chanoines avant que soient prononcées la canonisation ou la béatification (pour les moins performants).


Avec sainte Colombe, il n'y a rien de tel. D'ailleurs Jean Fleury, homme de lettres du cru,  nous conte en 1883 que l'histoire de sainte Colombe de Gréville serait tombée dans l'oubli, si sa propre mère ne la lui avait racontée  quand il était encore en culottes courtes. La mère de notre auteur  née en 1769, la tenait elle même de son grand père, ce qui nous renvoie au XVII° siècle.   Un seul témoignage pour une origine finalement pas si ancienne que ça,  ne pourrait suffire pour donner foi à la légende. Seulement voilà, à Gréville-Hague, l'église,  dont les premières pierres datent du XII°, porte le nom de la Sainte. Comment ne pas croire à son existence ?


En tout cas, moi j'y crois. Et elle  fut la plus fûtée des saintes de la région. Colombe était une très belle jeune femme qui séduisait tous les galants du voisinage. Elle était gaie et elle marchait en faisant balancer ses jupons, ce qui fascinait les rustres, jeunes ou vieux, en particulier le dimanche quand elle descendait la nef pour aller s'agenouiller dans le choeur, à deux mètres de monsieur le Curé. Le jeune prêtre qui était beau et chantait divinement semblait lui adresser personnellement ses prières et ses cantiques.


"Prêtre qui danche

Poule qui chante

Fille qui sait le latin

Font mauvaise fin"


Colombe qui savait lire, était férue de beaux livres et s'en confia à l'abbé qui se fit un plaisir de la conseiller dans ses lectures. Il commença par des récits édifiants de la vie des apôtres et poursuivit par des histoires parfois diaboliques dans lesquelles Satan et les  sorciers jouaient un rôle. On passa ensuite à l'Ancien Testament qui regorge de scènes scabreuses. Colombe adorait se faire peur avec ces personnages qui échappaient à la crainte de Jésus. Elle disait au jeune prêtre : mon Père, vous me faites découvrir la vraie vie !


La fréquentation trop assidue du presbytère finit par produire des effets délétères. D'autant plus que la bonne du Curé poussait un peu les feux de son côté, pensant que c'était un juste retour des choses que ce si beau jeune homme trouve chaussure à son pied. La bonne complaisante, la jeune femme délurée et le prêtre séduisant et imaginatif  formèrent en tout cas un mélange détonnant. Aujourd'hui on se jette à la tête de l'autre sexe, sans même savoir ce qui va se passser dans la minute suivante. Colombe et Antoine (c'était son nom) prirent le temps, eux, de débusquer dans  les recoins de leur âme toutes les manigances de l'érotisme et de l'amour . Ils restèrent ainsi une semaine sans se déprendre une seule minute, de connivence avec l'excellente et tonique Maria, la bonne qui les bénissait.


Mais pendant ce temps, on  cherchait Colombe partout dans le village. Un galopin qui dénichait des pies assura qu'il avait aperçu Colombe dans la chambre de l'Abbé. Colombe dut fuir, et pour donner le change, elle assura que de mystérieux pirates l'avaient enfermée dans une caverne au pied de la falaise, dans ce qu'on a appelé depuis, le trou sainte Colombe. Ce rapt expliquait que Colombe réapparaissait avec les yeux creusés et les cheveux défaits. Mais les bruits répandus par le garnement empêchèrent les villageois d'entériner la version de Colombe, qu'ils étaient pourtant tout près d'admettre sans mot dire, pour le bien de tous. Ses parents furent alors l'objet de la risée générale.


Il fallut prendre une décision. Le jour de la cuisson du pain, le père et la mère s'emparèrent de leur fille et la mirent dans le four à rôtir avec les miches. Sans rien dire, ils invitèrent les voisins à venir défourner et prendre leur part de brioches. Mais quand on ouvrit le four, il n'y avait que des pains et une magnifique colombe, aussi blanche que la nappe de l'autel,  qui s'envola dans un joli bruissement d'ailes.


Dieu signifiait ainsi aux hommes et aux femmes que l'amour, même avec un homme en soutane ne pouvait en rien l'offenser, bien au contraire. En reconnaissance, il avait offert une deuxième vie à la jeune femme, dans l'habit même du symbole de la paix et de la liberté. On ajoute aussi que rongé par les  remords, le Curé se pendit à la branche principale de son cerisier. Je n'en crois pas un mot : il était mieux placé que quiconque pour entendre le message divin.

(image du net, à la disposition des auteurs)

 

10.04.2010

La bataille des mots

la bataille des motsWEB.jpgCertains se sont émus de me voir évoquer une recette de cuisine à propos de mes digressions sur les ecclésiastiques pédophiles. Je ne crois pas que cette incongruité a altéré si peu que ce soit la gravité du sujet. Si elle a pu faire sourire certains de mes indulgents lecteurs, je m'en félicite, car le but était bien de garder, à propos de nos enfants, la tendresse amusée qui convient. On sait comment, nous les anciens, qui scrutons des horizons définitivement limités, formulons des voeux pleins d'espoirs pour ces gamins qui portent en eux toutes les facettes du futur.

 

Il est toujours possible d'être mal compris. J'aurais pu utiliser des mots de mitraille qui déchirent les soutanes et renversent les autels ; envoyer des salves au canon pour abattre les clochers et ne laisser que des ruines de la basilique Saint Pierre. Plus encore, j'aurais pu entonner les cantiques et les litanies que psalmodient les douairières à voilette dans le choeur des chapelles, et utiliser des mots qui sentent la cire et l'encens pour mieux les retourner contre l'église. Après avoir répandu le fiel et l'humeur, j'aurais alors décidé que plus rien ne devait subsister de l'ancien monde .

 

Il y a déjà très longtemps que j'essaie de corriger le tir et d'éviter les gros boulets. En ce début de printemps, j'aurais pu, pour Pâques, me contenter de mots verts et tendres, de mini-salades ou de navets nains. Mais je n'ai pas de goût pour ces nourritures de gazelles qui craignent l'embonpoint. Je préfère le plomb des mots simples et drus, de poulet rôti ou de filet de boeuf. Ces mots sans ambiguïté  servent loyalement leur cause quand ils sont bien préparés et sautés vigoureusement dans leur jus.

 

J'aime aussi y mélanger, quand je les trouve, des vieux mots qui brillent encore sous leur patine. Ils parfument les pâtés élégants de venaisons chassées des sous bois. On y trouve des champignons rares et des mots à coulisse qui passent d'un fourré à l'autre le temps d'un éclair. Il faut malgré tout se garder de l'afféterie qui va puiser dans les vieux châteaux de la littérature classique. La culture affichée n'est que de la cuistrerie et les mots oubliés sont les meilleurs quand ils réapparaissent sans crier gare !

 

Mais ce que j'aime par dessus tout ce sont les mots marins qui nous viennent de nos lointains ancêtres scandinaves. Ce sont des mots qui voyagent et qui viennent gonfler les voiles de notre frêle esquif d'écriture. Avec eux on peut naviguer d'île en île ou bien rester échoué sur le sable au gré du balancement des marées. Les mots de la mer sont des valeurs sûres, qui n'ont jamais trompé leur monde et qui font plaisir même quand il y a blessure.

 

Ainsi les mots simples qui ne craignent pas le quotidien, les vieux mots qui n'en finissent pas de faire leurs preuves et les mots du grand large qui ouvrent les horizons, sont ceux que je préfère quand je fais le marché du vocabulaire. Avec eux on peut remplir une marmite sans affectation et se lancer dans la tentative gastronomique. Mais attention, il suffit d'un rien, un poil trop de suif, ou bien un manque de sel ou d'épices et tout est raté. Ces choses là  arrivent aussi quand on choisit de la chevrotine pour tirer sur des mouches ou bien encore quand les cartouches font long feu. Au lieu d'une époustouflante matelote vous servez un brouet qu'on croirait sorti de la gondole des plats tout faits du super marché d'à côté.


De temps en temps, lorsque je manque de mots bien trempés pour fabriquer mon discours, je me dois de garder l'arme au pied. Si la confiture ne prend pas ou  si le soufflé s'effondre, la faute m'en incombe et je ne peux m'en prendre qu'à moi même. Il y a des amuse-gueules ou des chansons du coeur qui ne peuvent pas se dire avec du vieux pain de munition.


 

05.12.2009

Hai Ku de la Côte des Iles

Hai Ku Claude_WEB.jpgMon âne n'est pas mon seul ami. Je connais un gars de Carteret qui s'attelle au porte-plume encore mieux que Tonnerre à sa carriole. Je veux parler de Claude Bastian, qui monte la garde du haut du Cap, et sans qui cette Lettre du Cotentin ne saurait porter jusqu'aux îles : les Minquiers, Chausey, Jersey, Guernesey, Serk...Il a la modestie de ne pas se prendre pour Victor Hugo, mais parfois il emprunte à Zola,  et cette fois-ci il a fait fort. Il a conçu un Hai Ku dans un accès aigu d'érotisme oriental. Il a bien voulu me le confier pour en nourrir les bedas de la Côte Est. Et maintenant c'est Cervantès qui se retourne dans sa tombe : vive Claude Bastian, le don Quichotte de la côte Ouest.

 

HAI-KU

 

 

Camarade du PS50

Tu as aimé la campagne

Des Européennes

 

Tu adoreras

Les Régionales

Tu jouiras

Des Cantonales

 

Mais auras-tu la force

De supporter coup sur coup

Les orgasmes rapprochés

De la Présidentielle et des Législatives ?

 

Claude Bastian


Ou comment une touche d’érotisme de bon aloi renforce le message politique.

Je remercie mon ami Daniel de m’héberger cette fois sur son blog.

Ce faisant, je suis conscient de commettre une imprudence.

Ne publiez jamais que quelqu’un est votre ami.

Un jour, ce quelqu’un serait bien capable de vous prendre au mot.

 

Posté par Claude B, alias clbast37