10.02.2012

Les civilisations, la guerre et les enfants

 

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 Guernica (1937)


On va m’accuser de faire du pathos à bon compte, car tout ce qui touche les enfants émeut le citoyen ordinaire. Il n’empêche qu’en voyant hier des petites filles de Homs s’enfuir de leur maison par crainte des obus, j’ai eu un coup d’émotion qui ne me lâche plus depuis. Ce n’était pas tant de voir fuir les enfants mais d’observer  parmi eux des adultes paniqués qui couraient s’abriter, sans se préoccuper des petits. Personne pour leur donner la main, pour les pousser devant, pour les protéger de la terreur, pour les rassurer en leur offrant un peu de calme. Cette scène de guerre m’a rappelé celles que j’ai vécues en 1944, au milieu des fusillades, sauf que sous la mitraille ma mère s’était couchée sur moi pour faire bouclier. J’ai revu en pensée la photo de la petite vietnamienne fuyant nue les bombes américaines, j’ai revu aussi les images du garçon palestinien tué dans les bras de son père. Ce sont des photos symboliques qui soulignent avec puissance les déraillements des hommes englués dans leurs systèmes politiques et leur folie meurtrière.

 

La séquence sur le drame des enfants syriens pris dans une guerre civile imposée par leurs propres chefs n’a duré à la télé que quelques instants. Les infos enchaînaient sur la phrase de Guéant remettant au premier plan la guerre (le choc) des civilisations. Cette phrase inepte aurait sans nul doute du s’écraser dans le silence honteux de ceux à qui elle était destinée. Il n’en a rien été. Ceux de nos compatriotes qui ne sont pas de pur sang gallo-romain et pas seulement eux,  heureusement, se sont sentis agressés, stigmatisés. La réponse du député de la Martinique a rappelé au Ministre de l’Intérieur que toutes les civilisations avaient leurs zones d’ombre et d’horreur. Malgré son sourire carnassier Guéant s’est rendu compte qu’il avait professé une énormité, et j’ai trouvé qu’à l’image sa crânerie s’est muée tout d’un coup en rire jaune, face au tumulte. En fuyant le Parlement,  Fillon pouvait cacher sa honte et son désarroi, même si il les avait dissimulées sous une bonne couche d’indignation sur jouée.

 

Quoiqu’on dise, il y a à droite, y compris dans celle qu’on a coutume de qualifier de républicaine, une bonne quantité de xénophobes, en particulier quand il s’agit des « arabes » musulmans. Ce racisme là est de bon ton, on l’évoque à mots couverts dans les salons car il est toléré entre amis de la même éducation, où  on partage une certaine connivence arabophobe, surtout  anti-maghrébine. Les gens de ma génération,  issus de l’Algérie Française, de l’OAS et de l’armée ont pendant toutes ces décennies entretenu le mythe du fellagha au couteau entre les dents, paresseux et parasite. Les milieux juifs ordinaires surtout sépharades, spontanément sionistes dans leur défense d’Israël,  déversent également une bonne dose de haine anti-arabe dans notre société. De temps en temps pour preuve, on prend sur le fait des responsables politiques qui ont toutes les difficultés ensuite,  à noyer le poisson en refusant d’assumer publiquement leurs obsessions ethno-raciales.

 

Pour avoir vécu et travaillé vingt cinq ans en Algérie, au sein de la population, par monts et par vaux, souvent seul et en toute sécurité, j’ai appris à connaître la civilisation arabo-musulmane et j’ai reçu d’elle beaucoup de vertus et de philosophie. J’ai appris des gens, pas des bourgeois ni des intellectuels,  mais des paysans et des pères de famille ordinaires,  le respect de l’autre, surtout quand il est différent de moi,  la politesse,  la patience, le sang-froid, la décence, l’endurance qui font mieux toujours que la force et la rage. J’ai toujours donné sans réserve ma  confiance à  ces êtres humains saisis par la main de Dieu, sans avoir moi-même l’ombre de la foi. En retour les gens du Coran m’ont appris le respect du croyant et de toutes les religions du livre, tout en m’acceptant comme  agnostique et laïc, ce que je ne cachais jamais. Tout ceci pour dire que des provocations du style de « notre » ministre de l’Intérieur, m’apparaissent comme des déclarations de guerre, d’une guerre psychologique qui contribue à diviser profondément notre société. Nous n’avons pas besoin de cela aujourd’hui,  alors que nous connaissons les difficultés sociales que l’on sait dans les quartiers pauvres périurbains.

 

Je dis donc à Guéant et au Président Sarkozy son employeur, que leur devoir n’est pas de dresser les citoyens les uns contre les autres mais au contraire de les rassembler et d’œuvrer à la compréhension mutuelle. Nos sociétés démocratiques ne valent que par leur tolérance. Tout manquement est inique et inepte. Toute attaque politique injuste conduit à des rancoeurs, des affrontements, des cristallisations d’antagonismes qui mènent aux luttes larvées et aux guerres souterraines, quand elles ne finissent pas par de la violence, du terrorisme et des guerres ouvertes. Avec ses airs de chanoine retors, Guéant devrait bien réfléchir à la responsabilité des hommes publics. Une provocation en appelle une autre et une injure ne reste jamais sans réponse. J’appelle ça de la politique de cour d’école et Dieu sait combien nos enseignants ont de difficultés pour faire cesser les violences sous les préaux.

 

C’est justement à cela que veut s’attaquer François Hollande dans son programme ambitieux pour l’école. Pour les gens modestes, l’école est la seule voie pour accéder à une vie meilleure, sauf à se constituer en gangs hors-la-loi. Réussir l’école pour tous est bien la première ambition d’une nation qui se veut civilisée. Qu’on l’entende comme on veut, la phrase de Guéant flatte les peurs de la droite la plus rétrograde et va à l’encontre de ce bel objectif. Toutes nos sociétés souffrent de la violence, et l’honneur de l’homme moderne est de lutter contre. N’oublions pas que les premiers à en pâtir sont justement nos enfants, et que c’est par notre exemple qu’ils pourront se faire à l’avenir les avocats de rapports humains pacifiés.

30.07.2011

Ballade au cimetière

 

 

cimetière.jpgLes temps sont durs. Malgré l’été et ses lumières qui jouent sur la douceur paisible de nos rivages, j’ai le sentiment d’engranger des terribles additions qu’il va falloir régler au cœur de la saison froide, sombre et humide. C’est dire si j’ai le moral dans les chaussettes. Pourtant le petit tour que j’ai fait au cimetière de S., pour y accompagner avec toute la famille, les cendres de Jean m’a bien plu. Il est vrai que je suis assez familier des lieux. Les deux ifs centenaires montent toujours la garde à la grille. Ce sont deux beaux arbres d’une belle venue qui donnent toute sa noblesse à ce petit jardin des morts, passé sans relâche au peigne fin du souvenir  par les paroissiens survivants.

 

L’église modeste est admirable de proportions et impose la foi et l’humilité, ce qui est plutôt rare dans les œuvres ecclésiastiques. Je suis entré et je suis resté seul quelques instants dans la grande nef silencieuse. Tout était en ordre : le curé disait la messe en tournant le dos aux fidèles et à la seconde stalle à droite mon grand père veillait au bon ordre des enfants dissipés, dont moi. Marie Rose était à l’harmonium…J’aurais pu m’évader dans la rêverie pendant de longues heures. Les vieux adorent leur petite enfance qui par un effet de symétrie, devient le pendant infantile de leur vieillissement. En matière de cycle vital la courbe en cloche est de règle.

 

L’histoire avance inexorablement. Tous ceux  que j’ai bien connus autrefois sont maintenant allongés au long des allées ratissées de près, père, mère, grands parents, oncles, tantes, voisins et parfois aussi jeunes à la vie injustement raccourcie. J’ai eu quelque difficulté à reconnaître les tombes à cause de ma vue défaillante. On devrait penser à bien écrire les noms, les prénoms et les dates sur les pierres tombales. A ce moment là je me penchai vers ma nièce par alliance, kurde et lumineuse,  jusqu’à présent absolument étrangère à ce vallon du bocage. - Vois-tu Nourselle lui dis-je, quand tu te maries avec un homme, tu dois aussi épouser ses morts ; c’est à dire ici, tout un village.

 

Je repensai alors à un très beau texte, vieux de cinquante ans et écrit par une des rares femmes ibadites ayant réussi à s’échapper de son ksar au coeur du Sahara. De retour au pays, beaucoup plus tard, elle est submergée par l’émotion, non pas à cause des vivants mais des morts. Elle note :  «Bérriane apparaît enfin, mon  pays particulier, là où je me sens libre, là où ce qui m’entoure reflète le meilleur de moi-même. Berriane semble somnoler sous le soleil encore tiède. Elle est assise sur son mamelon avec les terrasses étagées des hauts quartiers antiques. La culminante et caverneuse mosquée affirme l’importance des morts et la domination des principes spirituels. A ses pieds, s’étend l’ interminable cimetière, ombre portée de la cité vivante. Là  se dressent les oratoires et les sanctuaires servant aux solennités publiques, religieuses et judiciaires qui proclament  la fraternité des vivants et des morts… » . Cette coexistence est universelle et beaucoup plus prégnante qu’on ne le croit. Dans nos villes agitées nous avons tendance à l’oublier.

 

C’est dans ces circonstances que l’idée s’est imposée de ma responsabilité nouvelle. Je suis devenu provisoirement l’aîné de la famille, tête de lignée, en liaison directe avec la secte des allongés. Il me faut donc prendre la chose au sérieux. Je recommande à partir d’aujourd’hui que mes cendres à venir soient déposées dans le tertre sous lequel repose mon glorieux père, Aristide,  un gamin mort à trente deux ans « pour la France ». A droite de mon frère, je reposerai comme le morceau enfin restitué  du puzzle généalogique, dessiné au complet.

 

 

27.04.2011

Les aventuriers

 

 

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Il y a peu, ils partaient des confins du Maroc pour atteindre les Canaries, après une traversée périlleuse d’une centaine de milles sur des embarcations improbables. Aujourd’hui,  ils s’entassent sur des sardiniers, dans une telle cohue que pas un ne devrait, en toute logique, franchir indemne  les passes du  port de Zarzis. Mais Allah récompense les audacieux et il y en a quand même plus qui arrivent qu’il n’y en a qui se noient.  Vingt mille, dit-on aujourd’hui, sont agrippés à Lampédusa comme des oiseaux en migration qui se posent sur la première terre venue pour se refaire des forces. Gageons que s’il s’agissait d’un vol d’oies bernaches égarées,  Brigitte Bardot, Greenpeace et WWF auraient déjà débloqué des fonds pour leur venir en aide.

 

Mais il ne s’agit pas de volatiles et ces migrateurs sont des beaux jeunes gens dans la fleur de l’âge, en pleine santé. Ce sont des gens pleins de rêves et de courage qui ont décidé de changer de vie. Ils ont décidé de tourner le dos aux ruelles poussiéreuses de leur village et à l’ordre millénaire de leur société encore toute imprégnée du patriarcat ancestral. Le poids social de la famille, bien souvent élargie aux oncles et aux oncles des oncles et régie par la loi des anciens, ces cheikhs muets qui détiennent le droit et l’ordre, est aujourd’hui insupportable aux âmes libres de la jeunesse. Le code politique des dictateurs repose entièrement là dessus et il va mettre quelque temps encore avant de  s’effondrer.

 

Ces aventuriers de la modernité ne reculent devant aucun sacrifice. Ni le chagrin de la mère, ni le désespoir muet du père, ni l’angoisse des jeunes sœurs livrées à leur malheureux destin, ne peuvent  les faire renoncer à l’El Dorado de la liberté. On fait un contresens en y voyant une simple migration du travail pour fuir la misère. Ces jeunes là ne manquent de rien,  ils ne sont ni affamés, ni malades, ils sont même souvent instruits, lettrés, entreprenants. Quand on veut vraiment gagner des sous on va en Arabie Saoudite ou aux Emirats, dans les chantiers. En se tournant vers l’Europe et au premier chef vers  la France, ces jeunes gens là ne cherchent pas du travail,  ils cherchent la liberté, car ils sont à bout de souffle,  comme des poissons asphyxiés dans les eaux stagnantes de l'immobilisme social.

 

Le pain sec est bien meilleur quand on le mange en liberté. Ce sont donc les plus méritants des hommes qui  sont prêts à risquer leur peau pour devenir des hommes libres. Si j’étais Directeur des Ressources Humaines,  j’irais choisir dans ce troupeau là,  mes collaborateurs et mes associés,  car ces garçons ont l’énergie créatrice des pionniers. Ils méprisent la peur  et ne doutent pas d’atteindre leur but. Ils n’ont que faire de nos allocations ou de nos filles comme le prétend bêtement la femme Le Pen, ils veulent avoir une « belle » vie, celle qu’on vit dans une société démocratique libre et sans préjugés.

 

Je me souviens d’avoir croisé,  au volant d’un confortable véhicule,  à plusieurs centaines de kilomètres de toute habitation en dur,  un petit bonhomme sec,  en gandoura à mi mollet qui marchait seul et d’un pas pressé sur la piste du Tanezrouft. Il portait à la main une théière pas bien grande. Il me fit signe de m’arrêter et me pria gentiment de remplir d’eau sa pauvre gamelle. Je lui demandai où il allait,  «-  Vers le nord » me dit-il dans un rire lumineux. Le rêve l’habitait. Vingt mille jeunes hommes sont habités par le rêve à Lampédusa et nos grands politiciens se demandent comment faire pour leur barrer la route.

21.03.2011

L'homme qui lisait Montesquieu

khadafi,libye,droits de l'homme,dictatures,onu,sarkozyCe que je ne fais pas. Patrick Ollier peut se faire tout petit. Il est l’exemple caricatural du comportement de nos responsables politiques vis à vis du berger de Tripolitaine. Le Guide qui s’est donc inspiré (dixit  P. Ollier) des Lumières de la Civilisation va pouvoir méditer sur la fragilité des despotes. Qu’on puisse passer en quelques mois de la Grande Tente plantée dans les jardins de Paris, au terrier de  chacal dans le désert,  témoigne de l’insignifiance de ces personnages de Guignol. L’homme Khadafi est frustre, mais expert dans le maniement des rapports de force et des tares les plus viles de la nature humaine. Il y a des khaïmas où les femmes n’accouchent que de bâtards. Ce Colonel d’opérette a du rencontrer tant de solliciteurs et de cireurs de pompes, qu’il est depuis longtemps persuadé que l’odeur seule des  dollars suffit pour faire ramper les plus altières des silhouettes.

 

Cet Ubu des Syrtes est brutal et cynique et il n’a fait qu’exagérer les traits de ses commensaux, sans souci de la vulgarité et du qu’en dira-t-on. Vous voulez m’impressionner avec vos costumes bien coupés ? regardez les miens, bien plus chamarrés et qui vous frappent jusqu’à la stupeur !  Vous vous vantez de baiser toutes les femmes que vous voulez ? Regardez les miennes,  en ordre de bataille, mafflues et casquées, toutes à ma botte. Des avions ? j’en ai , des canons, des mitrailleuses, des missiles…J’ai tout ce qu’un homme peut désirer : la puissance et la gloire. Pendant ces dernières années ce rusé chef de tribu avait même réussi à amadouer les Princes des Démocraties avec ses puits débordant de pétrole brut. Sarkozy a accepté ce marché médiocre et sans gloire de manière spectaculaire. Il se rachète aujourd’hui en prenant la tête des bataillons vengeurs et purificateurs.

 

Je fais des vœux pour que cet illuminé sentencieux et vindicatif, soit contraint à la fuite et au silence et condamné à réécrire cent fois son petit livre vert de Guide Suprême des Bédouins. J’entrevois aussi l’espoir que la séquence serve de leçon aux apprentis Bokassa et autres dictateurs sanguinaires, sortant tous de la même école ouverte par la décolonisation. La mondialisation peut aussi servir à ça : interdire les dictatures. A partir d’aujourd’hui le Conseil de Sécurité de l’ONU décide qu’il est interdit aux tyrans petits et grands de mitrailler leurs peuples. A partir d’aujourd’hui, le fait de priver de liberté les citoyens pour délits d’opinion est considéré comme  un crime. A partir d’aujourd’hui tout  journaliste est aussi sacré qu’une vache hindoue. A partir d’aujourd’hui  le droit prime la force. Les contrevenants seront immédiatement liés et enfermés pour être traduits devant la Haute Cour des Droits de l’Homme. Une force volante et blindée internationale est chargée de l’exécution de cette résolution primaire de l’Organisation des Nations Unies.

 

Je me pince pour ne pas rêver !  Nicolas Sarkozy serait-il l’adjudant du premier bataillon d’exécution da la nouvelle loi ?

 

25.02.2011

Camarades algériens, encore un effort !

 

algérie,révolution arabeL’état d’urgence est levé en Algérie. C’est une victoire toute symbolique qui ne va rien changer pour l'instant, à l’exercice restreint des libertés civiques et politiques en Algérie. Bouteflika et son gouvernement  savent depuis quelques semaines que le mouvement « démocratique » qui souffle sur le monde arabo-berbère n’épargnera pas  l’Algérie. Ce matin j’ai écouté avec un grand soulagement les commentaires de Ghassam Salamé,  intellectuel libanais engagé et lucide. Il a raison de distinguer entre les dictateurs des années 70 (Nasser, Bourguiba, Boumedienne) qui ont porté une ambition politique, et les autocrates corrompus, qui ont confondu les biens du pays avec leurs biens propres et que le peuple est en train de chasser (Moubarak, Ben Ali, Khadafi). Le Président algérien actuel est quelque part entre les deux, en tout cas un des derniers héritiers du glorieux FLN, ce qui complique un peu la situation.

 

Ce qui est vrai aussi, c’est que ce qui souffle aujourd’hui est un vent d’exigences morales, libertaires. Ce n’est pas la révolte de la misère, c’est une soif de dignité et de responsabilité. Le pain sec est meilleur quand il est librement consenti. De 1962 à 1986 j’ai passé ma vie active dans les exaltantes hésitations  de la nouvelle Algérie.  Il a fallu passer de sept millions d’Algériens à 33 millions, du Ben Bella idéaliste au  Boumedienne étatiste inflexible. Mes premiers étudiants de 1962 sont maintenant retraités et les derniers de 2000 entrent dans la carrière. Deux ou trois générations de gens formés, cultivés, férus d’informatique et de réseaux sociaux. Ce sont ceux là qui réclament aujourd’hui une vie normale : faute de pouvoir émigrer pour vivre libres ils ont décidé de  faire rentrer la liberté par les fenêtres de leur pays cadenassé.

 

Aujourd’hui  25 février 2011, la donne a changé. Nasser est mort et enterré depuis longtemps et Boumedienne lui même entré dans l'oubli, Sadam Hussein est pendu, les Pharaons sont déchus, Khadafi est devenu fou, rien ne peut plus s’opposer à la vague de modernité qui va soulever le Machrek et le Maghreb. Le tour de l’Algérie est au prochain numéro, on sent des fermentations, on entend des craquements, des appels au courage, on voit la misère mais aussi la volonté d’un peuple jeune qui va prendre ses affaires en main. Aujourd’hui je ressens une immense fierté. Les quelques graines semées là bas vont peut-être trouver un rayon de lumière, germer et s’épanouir. On serait ému pour moins que ça. D’où mes cris du cœur qui sont le contre-chant de l’espoir que j’ai toujours gardé chevillé au corps.

 

Je dis aussi aux gens d’Israël qu’il est urgent pour eux de comprendre la nouvelle situation, je dis aux Glucksman, Lellouche, Marek Halter, BHL et à tous ces intellectuels dévoyés par leur  attachement sioniste, qu’il est urgent d’expliquer qu’il n’y a pas que la charia et les turbans dans les pays arabes. Les arabo-berbères sont des peuples comme les autres qui respirent et qui aiment, qui travaillent et espèrent pour leur famille. Il est urgent d’expliquer encore, s’il devait en être besoin, que les armes appellent les armes et que les meurtres appellent les meurtres. Il faut que les sionistes arrêtent de montrer les dents, les avions, les chars, les raids et les commandos. On peut et on doit se protéger des dictatures par la force s’il le faut,  mais on doit négocier et faire des traités de paix avec les démocraties. L’Union pour la Paix est plus proche que jamais en Méditerranée. L’Etat d’Israël va se trouver au pied du mur, pas celui qu’il a si bien érigé à travers les oliviers de Palestine, mais celui qu’il a impitoyablement construit dans les cœurs.

 

 Illustration : Dilem est un caricaturiste de presse algérien de génie publiant ses dessins dans le journal algérois "Liberté"