27.06.2010
Saint Floxel
On réservait jadis la vie des saints à l'édification de la jeunesse. Dans nos banlieues il n'y a ni Dieu, ni Diable, enfin rien de ce qui pourrait ressembler aux sermons en chaire de mon curé de village. Il ne faut pas croire pour autant que les écclésiastiques ne faisaient pas de politique dans le temps. Je me souviens d'un dimanche midi après la messe où ma mère outrée s'était plainte de l'abbé Blaizot qui avait laissé entendre que l'extermination des juifs par les nazis était en quelque sorte une vengeance légitime de Jésus lui-même. On était en 1946.
Je tiens à la disposition des curieux toute une série de publications de l'abbé Fichet qui n'étaient que de la propagande pour le Front National. C'était en 1981 et les paroissiens de Réville n'ont pas protesté. Comment s'étonner aujourd'hui que Le Pen fasse d'excellents scores dans le Val de Saire ? L'abbé Fichet était un ancien aumonier de la marine. L'alliance du sabre et du goupillon, des bien-pensants, des notables et des paroissiens est une réalité chez nous. Evidemment l'UMP semble un peu plus respectable, mais la frontière est poreuse.
Je m'en voudrais de tout sectarisme. Ce n'est pas parce que je ne crois pas en Dieu et que je me suis persuadé que le malheureux était l'agent involontaire de nombreuses bêtises et injustices et parfois même de guerres et d'atrocités, que je dois faire le monsieur je sais tout. L'humanité avance dans le brouillard. Etre sûr de sa route est la meilleure façon de se perdre. Le doute est une vertu cardinale, l'écoute des autres en est une autre.
Saint Floxel est le saint le plus ancien du Cotentin. Son histoire remonte à la fin du III°siècle, du temps de l'empereur Constance Chlore, qui est quand même un drôle de nom. C'était un jeune homme d'excellente famille gallo-romaine riche et puissante qui serait né à 7 km d'Alauna (Alleaume). Envoyé à la cour de l'Empereur, le jeune homme précha la sédition lors d'une cérémonie à Bélénus-Apollon.
Les curés spécialistes des saints ne s'arrêtent pas là-dessus, et pourtant ! Apollon était le plus beau des Dieux et Bélénus en était la forme gauloise.C'était le Dieu du jour et du Soleil, à la fois poète et musicien. Pourquoi Saint Floxel profita-t-il de cette cérémonie pour se livrer à un dangereux coming-out ? Se refusa-t-il au chef des décurions où bien était-il amoureux d'une jolie chrétienne ? Toujours est-il que le jeune Floxel, dénoncé par le traître Camarinus fut embastillé.
Son bourreau, nommé Valérien s'en donna à coeur joie. On voulut confier la besogne à un lion qui ne lui fit aucun mal, on chercha à le brûler vif et la pluie éteignit le bûcher, on lui perça la langue au fer rouge et il continua de louer Dieu. Il fallut lui trancher la tête pour en venir à bout. Ce n'est que quatre mois après sa mort que des nautoniers ramenèrent son corps dans son pays natal, en partant de Port en Bessin pour se rendre aux Gougins.
Pour ceux qui ne voudraient pas croire cette histoire, je les prie de se rendre dans l'église de Saint-Floxel où ils pourront admirer un magnifique lutrin constitué d'un aigle doré terrassant un dragon, supporté par un lion grimaçant en bois sculpté (voir les photos). Pour preuve d'authenticité cet impressionnant accessoire est classé Monument Historique.
Alors je dis : ressortons nos héros, brandissons nos bannières, exaltons nos sacrifices ! face à nos saints patronymes, les nouveaux dieux du cinéma, du stade ou de la politique sont fades et sans caractère. On les aura heureusement oubliés au prochain été. Quelle tête feraient-ils devant un lion, fût-il en bois ?
11:16 Publié dans Actuelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : saints, floxel, politiciens, dieux du stade, stars
24.06.2010
Les rongeurs
« Ronger est un des rares verbes qui puissent se conjuguer par une complète obscurité » Christian Blanc va rembourser ses cigares, plusieurs ministres vont renoncer à cumuler retraites et salaires, et Madame Woerth vient d’offrir sa démission. Quand on fait la lumière, les souris cessent de grignoter. La principale conclusion c’est que les fromages de la République sont bien habités par des rongeurs qui ne supportent pas le grand jour.
Puisque le ministre du budget prétend que ses rapports avec les « Bettancourt » sont parfaitement normaux, quel est le motif qui pousse son épouse à la démission ? La promiscuité des responsables politiques avec les milliardaires suffit à les faire soupçonner. L’argent corrompt et le pouvoir rend fou. Le résultat est une république bananière. Merci messieurs.
En fêtant son élection au Fouquet’s avec ses copains de la jet-set et en prenant des vacances sur le yacht de Bolloré, le petit Nicolas a donné l’exemple de la droite décomplexée. J’aurais préféré qu’il garde des doutes sur son éclatante réussite et en tire quelques raisons de sacrifier à ses devoirs de modestie et d’exemplarité. L’idiot du village avec sa rolleix a popularisé dans un raccourci saisissant, l’état d’esprit du Chef de l’Etat. Il a même fallu inventer un mot qui ressemble à une onomatopée pour le désigner : bling-bling.
Tous les commentaires que j’entends doivent nous rendre prudents et nous incitent à ne pas tout mélanger. Malgré tout, ce qui arrive à nos jeunes champions de football est bien dans la ligne. La chance qu’ils ont de gagner plein d’argent ne les incite pas à la prudence et à la responsabilité. Ils sont sollicités comme des demi-dieux, à cause du pouvoir qu’ils ont sur la société de consommation. On se les arrache. La télévision les consacre quotidiennement. Ils en perdent la raison.
Je vois bien que face à un tel spectacle, beaucoup de gens se révoltent. Trop c’est trop. Pendant ce temps là on veut faire travailler les vieux et rétrécir les soins sociaux. L’injustice fait mal au ventre. D’accord. Il reste que ce sont les Français qui ont voté pour Sarkozy et qu’ils se passionnent quotidiennement pour la « starac ». On a le gouvernement qu’on mérite. La droite prétend que la gauche n’a pas le monopole de la morale. Alors, qu’elle le prouve. Comment s’étonner que de la cave au grenier des rongeurs soient aux aguets, convoitant les prébendes ou les miettes ? Fini l’esprit de la République de nos anciens hussards de l’école publique. Aujourd’hui c’est « pas vu pas pris », un des principes forts des caïds immatures….
12:43 Publié dans Actuelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : république bananière, politique, école
19.06.2010
Chroniques de l'Ane n.s.5 - Crépuscule
Il y a des jours où certains mots se télescopent et reviennent sur le
clavier comme des casse-têtes. C'est celui de défaite par exemple, celle de quarante, portée par Weygand, Pétain, Reynaud ; celle des bleus portée par Domenech et tous ces joueurs trop riches pour se battre. La défaite s'accorde avec l'humiliation. Mon âne et tous les citoyens ordinaires sont humiliés de voir la question des retraites portée par un argentier aux petits soins avec la malheureuse Liliane Bettancourt, la femme la plus riche de France. Les citoyens ordinaires sont humiliés d'être représentés par des hommes ou des femmes très ordinaires qui ribotent dans les ors de la république.
Le tableau est rendu plus contrasté encore par le souvenir visible aujourd'hui en noir et blanc de ceux qui ont dit non au nazisme et risqué leur vie dans la résistance, dont la porte d'entrée en juin 40 était bien étroite et bien sombre. Il y avait une consolation magnifique pour les gens qui comme moi, ont écouté France inter hier matin : ils ont entendu Stéphane Hessel citer Apollinaire, avec la générosité qui lui est coutumière malgré ses quatre vingt quatorze ans. Le vieil homme au sourire candide, partage sa vie avec le grand poète dit-il. Il y puise sans doute son étonnante fraîcheur d'expression. J'ai envie d'aller y voir et entendre.
Les élites du pays ne sont pas les patrons du Cac 40 et leurs valets politiques, mais ce sont ceux là qui tiennent les manettes. Nos vraies élites sont ceux qui ont transformé la vie en deux phrases, deux livres, deux films ou deux coups de pinceau. On ne peut pas demander à tous les gens d'être des génies, mais on pourrait leur apprendre à leur rendre hommage. A Londres ce matin, pour se camper parmi les anciens de la France Libre, Sarkozy a choisi son porte parole culturel : Sacha Guitry.
Un charlatan crépusculaire
Vante les tours que l'on va faire
Le ciel sans teinte est constellé
D'astres pâles comme du lait
Apollinaire (Crépuscule)
11:11 Publié dans Chroniques de l'Ane N.S., politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humiliation, résistance, élites



