11.11.2011

11 novembre : la bataille de mon grand-père

 

 

 Mon grand-père maternel Octave Postel a fait son service militaire de 1910 à 1912. Le premier août 1914, il apprend la mobilisation, sur les lieux de son travail à la laiterie de Sottevast. Ma mère vient de naître.  Il se rend à Cherbourg en vélo et se place à la disposition des autorités le lendemain.

octave blog.jpgParti de Cherbourg le 7 août, 6 jours après la mobilisation générale,  mon grand père et ses copains du 25° RI arrivent par le train aux environs de Bar le Duc et poursuivent à pied, vers la frontière belge qu’ils atteignent deux semaines plus tard. Le 22 août ils sont en contact avec les troupes allemandes, à proximité d’un village au nom charmant , Rossignol. Il écrit dans son carnet :

 
 

Les compagnies s’engagèrent les unes après les autres et ma compagnie partit une des premières obliquant sur la droite où ma section se déploya, le lieutenant en tête et moi derrière lui. Nous nous engageâmes dans un petit sentier, baïonnette au canon. Non loin de là, en plein dans le bois à trois cents mètres de la route, nous arrivâmes dans un cul de sac,  en terrain couvert. En contre bas nous aperçûmes,  le lieutenant et moi, les casques à pointe couchés en tas et en réserve sans doute. Aussi tôt il se retourna vers nous et nous montra la direction de l’ennemi qui se trouvait à 15 mètres de nous.

 

Aussi tôt nous mîmes à tirer dessus, mais les premières balles ennemies furent pour le lieutenant, touché en pleine tête et il s’en vint tomber sur moi. Je me débarrassai de lui et remontai quelques mètres à quatre pattes.

Déjà les camarades avaient reçu des balles et nous étions foutus, car une mitrailleuse était braquée sur le sentier qui dessinait une  claire-voie sous les arbres. Là fut la mort de presque toute la section et je dus avec courage tenir tête à l’ennemi qui était devant moi.

 

Je me dissimulai au plus vite derrière un arbre mais je ne tardai pas à être la cible de l’ennemi  et je reçus une balle dans le pied, pénétrant par le talon. A ce moment, j’eus un instant d’effroi mais vite je me rétablis et je me mis à tirer de plus belle, car il fallait vaincre ou mourir.

 

Je restai à peu près une heure à cet endroit et je brûlai plus de cent cartouches que mes camarades blessés m’avaient passées et je dus tenir tête surtout à deux casques à pointes qui me visaient avec attention. Mais c’était au meilleur tireur la force. C’est après avoir essuyé plusieurs balles que je déplante le plus à craindre, il était temps car il était à cinq mètres de moi.

 

Mais ce ne fut pas tout, le petit sentier que j’avais remonté leur servait de passage et là j’en démolis sept, tombant l’un sur l’autre, au fur et à mesure qu’ils venaient, mais ce n’est pas sans avoir essuyé des balles ennemies. Heureusement pour moi j’étais derrière un bon abri  et dissimulé par  les camarades morts tout autour de moi. Mais je dois me souvenir que mon meilleur  abri était mon sac. Je le mis devant moi et il fut déchiqueté par les balles.

 

Mais il vint un moment où les balles n’étaient plus dans ma direction et j’en profitai pour faire un bond en arrière sous une grêlée de balles mais pas une ne m’atteignit heureusement, c’était un vrai miracle pour moi. Après le premier bond que je fis,  sans m’apercevoir que j’étais blessé, je marchai d’un pas de fou quand je rencontrai une ligne de tireurs qui venaient à notre secours. Mais ces braves n’avaient plus le sang froid de marcher carrément. Il est vrai que c’était une terreur de voir presque toute la compagnie couchée morte sur le sol, sans avoir pu tirer pour ainsi dire de balles. Je fais remarquer que nous avions avancé trop loin en masse, sans réserve, nous fûmes pris dans un guet-apens.

 

C’est ainsi que je montrai la direction de l’ennemi au chef qui venait à notre secours, mais ne pouvant maîtriser ses hommes ce fut une débandade . Ils se tiraient les uns sur les autres, car ils tiraient sans commandement et sans voir l’ennemi. Au contraire, ils ne faisaient que de cribler les malheureux camarades restés sans pouvoir bouger. C’est ainsi que je traitai le groupe d’imbéciles de tirer sur les camarades. Je fis quelques pas en avant avec le chef et je lui montrai le résultat du sentier. C’est de là que je le vis changer de couleur et ne plus savoir quoi faire. Je lui donnai  courage et moi je me retirai un peu plus loin car ma blessure me faisait mal et je ne pouvais plus mettre le pied à terre. Je me servais de mon fusil comme appui  et il devinait que je ne pouvais rester là.

 

Je me retirai jusque sur la route où je vis tout le monde dans la débandade, plus d’ordres, hommes, chevaux, voitures, tout tombait sur la route sous une grêlée de balles et d’obus. Tout le monde criait sauve qui peut. Je continuai ma route en retardataire comme beaucoup d’autres, quand j’atteignis une compagnie qui se mettait à faire face à l’ennemi pour protéger la retraite du premier et du deuxième Colonial, venus à notre secours mais aussi bien abîmés car c’était une vraie boucherie d’hommes. Partout le sang ruisselait, cela faisait frayeur mais je ne m’arrêtai point. Je pris la direction de la Croix Rouge à un kilomètre de là en arrière. C’est ainsi que je vis les allemands qui entouraient tout le village sur les hauteurs et l’artillerie ennemie donnait dans son plein.

 

Les  paysans avec tout leur sang froid portaient secours du mieux qu’ils pouvaient à tous les blessés. Les uns donnaient du sucre-menthe, les autres du confortant, mais ce fut pour eux une grande misère car les allemands envahissaient le village et brûlaient et pillaient tout, et les obus et les balles pleuvaient partout. Et pour comble nos soldats eurent la retraite coupée par un pont que les allemands firent sauter.

C’était là au dire des compétents le plus tragique moment car chevaux, voitures et hommes venaient s’abattre les uns et sur les autres par un affolement invraisemblable, ce qui empêcha notre artillerie d’effectuer un bon travail de défense. Ils durent prendre position sur la route sans couvert, mais ils tinrent toute la journée jusqu’au dernier obus. Mais à la fin de la journée ils durent se rendre, car ne pouvant se sauver, il fallut être prisonnier. Ce fut pour notre colonne une vraie défaite.

 

Le vaillant fantassin réussit à atteindre le poste de la Croix Rouge qui fut pris le soir par les Allemands. Il fut fait prisonnier, expédié en Prusse et ne revint que quatre ans plus tard après bien des aventures, dont un séjour dans les mines de sel. Au cours de sa captivité, il a raconté "sa guerre" dans un petit carnet , jusqu'au 15 mars 1915. L'extrait que vous venez de lire vient de là. Pour ceux que ça intéresse , je peux leur communiquer la totalité du récit transcrit sur Word.

 

 

08.11.2011

Que sont nos révolutions devenues ?

revolutions.jpgQue nous avons de si près tenues...

 

La crise de la dette tourne au psychodrame planétaire. Je ne sais comment,  par quel miracle, par quel ultime tour de bonneteau (qui faisait autrefois la joie des gogos), une bande restreinte d’avocats ou d’experts, je ne sais trop, s’est mise en position de multiplier les pains comme Jésus-Christ lui-même. Sauf qu’en fait de petits pains, il s’agit de dettes. Un tour de magie facile, une saynète à l’antique qu’on peut ainsi résumer :  « Nous les Agents des Agences considérons que vous aurez le plus grand mal à rembourser vos dettes et Déclarons  en conséquence que  Nous dégradons votre note. L’argent que vous allez emprunter pour rembourser va vous coûter plus cher. Il vous faudra donc emprunter plus pour payer. Votre dette va malheureusement grimper  et votre note va vous ranger parmi les cancres. Vous êtes faits. La bourse ou la vie ?"

 

Le peuple qui n’en peut mais,  n'a plus qu'à répondre  ce qu’on répond aux usuriers habituellement. Prenez ma vie. Je n’ai plus un sou. Ma maison est vide. Je suis au chômage, ma femme fait le tapin, mes enfants sont sans travail, ma mère est Alzheimer, mon frère a le cancer, mon cousin est en prison . Je ne peux rien payer de vos taxes et de vos impôts. Envoyez les huissiers, les hallebardiers, les garde-chiourme. Le savetier vient de comprendre que le financier n’est qu’un bandit armé jusqu’aux dents  et que rien ne sert de résister. Il vaut mieux prendre le maquis. Voilà le tour pendable qu’ont joué ces messieurs aux Grecs et qu’ils s’apprêtent à répéter avec d’autres. Obama devant et les petits bonshommes qui s’abritent derrière, ne font qu’anoner ce qu’énoncent les as du triple A. Les partisans du libéralisme thatchérien sont tous d’accord. Ils laissent au peuple le choix de la couleur de la corde pour se pendre et ils ont un dogme inébranlable : le seul équilibre qui vaille est celui des marchés financiers.

 

Le premier béotien venu comprend pourtant que cette voie est sans issue. A toujours siphonner les richesses dans les mêmes poches on finit par stériliser les capitaux qui disparaissent dans le puits sans fond des dépenses somptuaires et improductives. Le résultat est l’installation du chômage, le véritable cancer de nos sociétés. Les nantis considèrent que tous ces sans-emploi sont des fainéants et des  parasites qui vivent à leurs dépens. Pas question de supporter ces assistés.  Si nous souffrons du chômage disent-ils, c’est qu’on paye trop d’impôts. Supprimons les taxes et les droits et nous allons investir pour vous sortir de là. Et qui va payer l’Armée ? la Justice ? l’Ecole et les Hôpitaux ? La dette ! A la fin du parcours on emprunte sur les marchés spéculatifs. Et le noeud de la corde se resserre.  Toujours le bonneteau.

 

J’ai bien compris que les riches s’inquiètent du remue-ménage que cela provoque. On voit des indignés s’installer un peu partout. Il faut stopper cette gangrène. Les Messieurs  rêvent donc de limiter l’abcès aux rives du Parthénon, pour conserver leurs comptes en banque intacts,  aux Caïman, à Jersey, en Suisse et dans plein de petits endroits à l’abri de la vindicte populaire. Mais voilà que déjà des relents infectieux  s’échappent de la botte italienne et qu’on ne sait pas très bien jusqu’à quel point les Espagnols et les Français vont avaler la pilule censée les sauver. Berlusconi sent le vent du boulet. Il se pourrait que la septicémie  ou le scepticisme comme vous voulez, s’installent pour de bon. Les cochons payeurs risquent de renâcler, de grogner, de dissimuler, de faire du noir, de se détourner de la morale civique.

 

 

Malgré leurs diplômes et leurs prestigieux CV, tous ces champions du triple A sont des ânes. Il y a bien longtemps déjà qu’un ami, qui sortait lui-même de là, me répétait : si tu veux couler une boite donne là à un polytechnicien. Nous y sommes et  les financiers n’y voient pas plus loin que leur nez. Leurs plans sont toujours à courte vue, mono clonaux, mono factoriels, transposés sans nuances aux intérêts immédiats d’une seule catégorie de population, celle des possédants et des rentiers. Ils oublient que pour rembourser les dettes, il faut d’abord du travail et du travail partagé, utile, solvable, bénéfique.

 

Nos dettes sont sociales et seules la société peut les rembourser. Il faut d’abord que les jeux financiers soient revus et corrigés par nos démocraties politiques. Pour avoir trop longtemps laissé la bride sur le cou aux prédateurs de l’économie dérégulée, nous en sommes arrivés à un point d’éclatement, de rupture. Une vraie celle-là. Tôt ou tard les indignés vont finir par comprendre que le remède est entre leurs mains, que c’est à eux d’inventer les solutions, de choisir les voies et les moyens d’y parvenir. Il faut un vrai pouvoir politique indépendant de la Haute Finance et des hordes de prédateurs. Un pouvoir qui fasse peur aux profiteurs de la dérégulation.

 

Il n’y a pas d’hommes ni de partis providentiels. Rien de tout cuit ne peut nous sortir de là. François Hollande lui-même, mon héros, mon préféré, ne pourra rien du tout,  si le peuple ne prend pas lui-même la cause, Notre Cause en main. Je le dis tout net aux adeptes du camping sur les  places publiques qu’ils vont devoir faire autre chose que de la com. A eux de bosser, de réfléchir, de proposer des pistes.

 

Les jeunes d’aujourd’hui, la génération Internet,  ne peuvent se satisfaire  du Faceboock et du Twitter. Ils doivent  d’urgence se lancer dans l’action démocratique pour la justice et l’équité. Les lieux et les moyens existent pour se faire comprendre et entendre, ce sont nos vieux partis politiques, qui sont devenus vieux parce que les jeunes les boudent depuis trop longtemps. Tout décriés qu’ils soient les Partis politiques  sont la seule issue honorable à l’action civique. La nouvelle génération doit en venir aux vrais combats. A moins qu’elle ne préfère en toute naïveté redécouvrir le fil à couper le beurre, refaire mai 68, le Front Populaire, La Commune, 1789 ? Des fois,  je vous jure,  on aimerait voir ça, pour qu’enfin ça change.

30.07.2011

Ballade au cimetière

 

 

cimetière.jpgLes temps sont durs. Malgré l’été et ses lumières qui jouent sur la douceur paisible de nos rivages, j’ai le sentiment d’engranger des terribles additions qu’il va falloir régler au cœur de la saison froide, sombre et humide. C’est dire si j’ai le moral dans les chaussettes. Pourtant le petit tour que j’ai fait au cimetière de S., pour y accompagner avec toute la famille, les cendres de Jean m’a bien plu. Il est vrai que je suis assez familier des lieux. Les deux ifs centenaires montent toujours la garde à la grille. Ce sont deux beaux arbres d’une belle venue qui donnent toute sa noblesse à ce petit jardin des morts, passé sans relâche au peigne fin du souvenir  par les paroissiens survivants.

 

L’église modeste est admirable de proportions et impose la foi et l’humilité, ce qui est plutôt rare dans les œuvres ecclésiastiques. Je suis entré et je suis resté seul quelques instants dans la grande nef silencieuse. Tout était en ordre : le curé disait la messe en tournant le dos aux fidèles et à la seconde stalle à droite mon grand père veillait au bon ordre des enfants dissipés, dont moi. Marie Rose était à l’harmonium…J’aurais pu m’évader dans la rêverie pendant de longues heures. Les vieux adorent leur petite enfance qui par un effet de symétrie, devient le pendant infantile de leur vieillissement. En matière de cycle vital la courbe en cloche est de règle.

 

L’histoire avance inexorablement. Tous ceux  que j’ai bien connus autrefois sont maintenant allongés au long des allées ratissées de près, père, mère, grands parents, oncles, tantes, voisins et parfois aussi jeunes à la vie injustement raccourcie. J’ai eu quelque difficulté à reconnaître les tombes à cause de ma vue défaillante. On devrait penser à bien écrire les noms, les prénoms et les dates sur les pierres tombales. A ce moment là je me penchai vers ma nièce par alliance, kurde et lumineuse,  jusqu’à présent absolument étrangère à ce vallon du bocage. - Vois-tu Nourselle lui dis-je, quand tu te maries avec un homme, tu dois aussi épouser ses morts ; c’est à dire ici, tout un village.

 

Je repensai alors à un très beau texte, vieux de cinquante ans et écrit par une des rares femmes ibadites ayant réussi à s’échapper de son ksar au coeur du Sahara. De retour au pays, beaucoup plus tard, elle est submergée par l’émotion, non pas à cause des vivants mais des morts. Elle note :  «Bérriane apparaît enfin, mon  pays particulier, là où je me sens libre, là où ce qui m’entoure reflète le meilleur de moi-même. Berriane semble somnoler sous le soleil encore tiède. Elle est assise sur son mamelon avec les terrasses étagées des hauts quartiers antiques. La culminante et caverneuse mosquée affirme l’importance des morts et la domination des principes spirituels. A ses pieds, s’étend l’ interminable cimetière, ombre portée de la cité vivante. Là  se dressent les oratoires et les sanctuaires servant aux solennités publiques, religieuses et judiciaires qui proclament  la fraternité des vivants et des morts… » . Cette coexistence est universelle et beaucoup plus prégnante qu’on ne le croit. Dans nos villes agitées nous avons tendance à l’oublier.

 

C’est dans ces circonstances que l’idée s’est imposée de ma responsabilité nouvelle. Je suis devenu provisoirement l’aîné de la famille, tête de lignée, en liaison directe avec la secte des allongés. Il me faut donc prendre la chose au sérieux. Je recommande à partir d’aujourd’hui que mes cendres à venir soient déposées dans le tertre sous lequel repose mon glorieux père, Aristide,  un gamin mort à trente deux ans « pour la France ». A droite de mon frère, je reposerai comme le morceau enfin restitué  du puzzle généalogique, dessiné au complet.

 

 

11.07.2011

Petit lexique du viol à l'ancienne

putain maure.jpgOn sait que la victime de DSK a été entendue par un centre spécialisé dans l'évaluation médicale des agressions sexuelles. Le rapport officiel a été adressé au Procureur. Je doute qu'il puisse présenter la même richesse lexicale que celui dressé par des matrones vers 1575 à propos du forfait perpétré à Paris par Simon Le Braguard sur une jeune fille de quinze ans, Henriette Pelicier :

 

"Elle a les barres froissées, le haleron démis, la dame du milieu retirée, le ponant débiffé, les toutons dévoyés, l'enchenart retourné, la babolle abattue, l'entrepent ridé, l'arrière fosse ouverte, le guilboquet fendu, le lippon recoquillé, le barbidaut tout écorché et tout le lipandis pelé, le guillevard élargi, les balanaux pendants." (Ambroise Paré, par J.P. Poirier, Pygmalion ed., 2005)


On peut douter de l'authenticité du document qui semble plutôt rédigé par un émule de Rabelais que par de simples matrones. Blague ou pas, la richesse du vocabulaire et sa résonnance poétique, donnent à l'affaire une tournure de gaudriole inspirant une certaine humanité. Ce n'est pas le cas de l'affaire new-yorkaise qui met aux prises des enjeux planétaires et des personnages situés au sommet de la pyramide mondiale des pouvoirs. Quel que soit le langage utilisé, on ne peut que frémir devant la hauteur de la chute. Un tsunami dont on n'a pas fini de mesurer les effets sur ceux qui prétendent gouverner le monde.

 

Au coeur du désastre, l'incompréhensible défense de DSK et de ses partisans malgré des turpitudes avérées. Cette défense, commune aux gens importants et aux gangsters endurcis,  est celle du déni. N'avouer jamais. Ne donner aucune prise à l'accusation. La justice est une machine malhabile et sujette à caution et tôt ou tard, on fera  taire les médisances et les calomnies. Que vaut la parole d'une femme émigrée, noire et analphabéte, probablement prostituée (accusation régulièrement avancée dans les cas de viols) ?

 

Nous assistons maintenant à un développement inattendu, politique,  qui apporte sa solidarité à l'ancienne colonisée, face à un des maîtres du monde. La question pourrait devenir une affaire nationale en Guinée. C'est un triste retour d'expérience pour le patron du Fonds Monétaire International. Au jeu du pot de terre contre le pot de fer, ce retournement risque d'entraîner DSK dans des abîmes géostratégiques qui n'étaient pas au programme de cette,  désormais célèbre,  matinée du Sofitel.

 

Au

 

On

25.02.2011

Camarades algériens, encore un effort !

 

algérie,révolution arabeL’état d’urgence est levé en Algérie. C’est une victoire toute symbolique qui ne va rien changer pour l'instant, à l’exercice restreint des libertés civiques et politiques en Algérie. Bouteflika et son gouvernement  savent depuis quelques semaines que le mouvement « démocratique » qui souffle sur le monde arabo-berbère n’épargnera pas  l’Algérie. Ce matin j’ai écouté avec un grand soulagement les commentaires de Ghassam Salamé,  intellectuel libanais engagé et lucide. Il a raison de distinguer entre les dictateurs des années 70 (Nasser, Bourguiba, Boumedienne) qui ont porté une ambition politique, et les autocrates corrompus, qui ont confondu les biens du pays avec leurs biens propres et que le peuple est en train de chasser (Moubarak, Ben Ali, Khadafi). Le Président algérien actuel est quelque part entre les deux, en tout cas un des derniers héritiers du glorieux FLN, ce qui complique un peu la situation.

 

Ce qui est vrai aussi, c’est que ce qui souffle aujourd’hui est un vent d’exigences morales, libertaires. Ce n’est pas la révolte de la misère, c’est une soif de dignité et de responsabilité. Le pain sec est meilleur quand il est librement consenti. De 1962 à 1986 j’ai passé ma vie active dans les exaltantes hésitations  de la nouvelle Algérie.  Il a fallu passer de sept millions d’Algériens à 33 millions, du Ben Bella idéaliste au  Boumedienne étatiste inflexible. Mes premiers étudiants de 1962 sont maintenant retraités et les derniers de 2000 entrent dans la carrière. Deux ou trois générations de gens formés, cultivés, férus d’informatique et de réseaux sociaux. Ce sont ceux là qui réclament aujourd’hui une vie normale : faute de pouvoir émigrer pour vivre libres ils ont décidé de  faire rentrer la liberté par les fenêtres de leur pays cadenassé.

 

Aujourd’hui  25 février 2011, la donne a changé. Nasser est mort et enterré depuis longtemps et Boumedienne lui même entré dans l'oubli, Sadam Hussein est pendu, les Pharaons sont déchus, Khadafi est devenu fou, rien ne peut plus s’opposer à la vague de modernité qui va soulever le Machrek et le Maghreb. Le tour de l’Algérie est au prochain numéro, on sent des fermentations, on entend des craquements, des appels au courage, on voit la misère mais aussi la volonté d’un peuple jeune qui va prendre ses affaires en main. Aujourd’hui je ressens une immense fierté. Les quelques graines semées là bas vont peut-être trouver un rayon de lumière, germer et s’épanouir. On serait ému pour moins que ça. D’où mes cris du cœur qui sont le contre-chant de l’espoir que j’ai toujours gardé chevillé au corps.

 

Je dis aussi aux gens d’Israël qu’il est urgent pour eux de comprendre la nouvelle situation, je dis aux Glucksman, Lellouche, Marek Halter, BHL et à tous ces intellectuels dévoyés par leur  attachement sioniste, qu’il est urgent d’expliquer qu’il n’y a pas que la charia et les turbans dans les pays arabes. Les arabo-berbères sont des peuples comme les autres qui respirent et qui aiment, qui travaillent et espèrent pour leur famille. Il est urgent d’expliquer encore, s’il devait en être besoin, que les armes appellent les armes et que les meurtres appellent les meurtres. Il faut que les sionistes arrêtent de montrer les dents, les avions, les chars, les raids et les commandos. On peut et on doit se protéger des dictatures par la force s’il le faut,  mais on doit négocier et faire des traités de paix avec les démocraties. L’Union pour la Paix est plus proche que jamais en Méditerranée. L’Etat d’Israël va se trouver au pied du mur, pas celui qu’il a si bien érigé à travers les oliviers de Palestine, mais celui qu’il a impitoyablement construit dans les cœurs.

 

 Illustration : Dilem est un caricaturiste de presse algérien de génie publiant ses dessins dans le journal algérois "Liberté"

22.02.2011

DSK, ça suffit...!

 

khadafi,sarkozy,mam,ollier,dictatures,libyeJe ne peux y voir qu’un complot médiatique. Toute cette semaine  on n’a fait que chanter les laudes de DSK, de mâtines à vêpres et le rusé chanoine du FMI a pu finir la semaine en beauté, en majesté, au 20 heures de France 2. Voilà comment un pur produit de la mondialisation, élaboré par la finance internationale et présenté au G20 à Paris, finit un dimanche soir dans nos assiettes, tout cuit, fin prêt  à être consommé dans les urnes présidentielles de 2012.

 

Pour ce coup magistral, j’y vois des grands chefs qui ont l’habitude de mijoter des rois en coulisse. Ils se cachent en outre opportunément, derrière la prêtresse des années 80, Anne Saint Clair, qu’un facho de ma jeunesse dénonçait comme marchande de soutiens-gorge mais qui par ailleurs est une journaliste de talent et  une habile manipulatrice, ayant les moyens de ses ambitions.

 

Ce qu’a fait cette équipe de grande cuisine  est un coup porté à la gauche , progressiste et intelligente. Alors qu’aujourd’hui le gouvernement Sarkozy est au bord de l’implosion à cause de ses liens multiples avec les dictateurs arabes (Fillon-Moubarak, Alliot-Marie-Ben Ali, Ollier- Khadafi) et de ses improvisations malencontreuses (Boillon à Tunis), notre DSK ramène à lui la couverture sans dire un mot de tout cela et tire la droite du coma, en lui donnant du grain à moudre (DSK-Bobo). Pour soigner sa droite DSK, vient au secours de Sarkozy !

 

Excusez  ma colère, je ne suis qu’un lampiste, pas encore assez mûr cependant pour me faire berner, comme le plus couard des analphabètes. Nos élites ont beaucoup de choses à cacher au bon peuple, on en est restés à l’antiquité, du pain et des jeux, voilà qui suffit aux smicards. Non seulement on fait tout pour berner les gens par des plans de communication rocambolesques, mais on voudrait encore les faire voter pour  des hommes providentiels, autoproclamés.

 

Soudainement avec les révoltes arabes, les dictateurs chamarrés ne sont plus, à l’image de l’ignoble Khadafi, que des épouvantails sanguinaires délabrés, mais le plus fort de tout, c’est que nos propres élites, ministres, présidents de la république et autres tenants de la jugulaire et de la respectabilité civiques, sont épouvantablement nus face à leurs responsabilités.   En dépit de la mascarade ambiante, ils restent résolus à porter beau quoiqu’il arrive.

 

Billet modifié le 29/03/2011, pour le rendre plus compréhensible, l'illustration a également été changée.

03.02.2011

Le pays du Nil à son tour....


Sphinx.jpegQuelques prières, plusieurs morts aussi et de grands rassemblements en place publique et voilà que flotte sur la grande métropole aux Pyramides un brouillard de liberté et de démocratie.  Les Cairotes peuvent maintenant s’accouder un instant, au parapet du pont Ramsès, pour contempler les trente siècles d’histoire que charrie de ses eaux grises le plus beau fleuve qui soit. Trois mille ans pour émerger d’un océan de mythes, de dieux et de satrapes qui ont fait des gens du Nil une population ingénieuse et industrieuse, mais soumise. Les enfants de Toutankhamon, de Néfertiti et  de Cléopâtre ont connu un funeste destin jusqu’à nos jours, qui les fit s’échouer sans gloire dans les bras d’un dictateur sans imagination, benêts bernés trente ans durant.

 

Il semble que le vieux général à l’air idiot, teint en bellâtre italien sanglé dans un costume d’opéra, se laisse pousser lentement mais définitivement  vers la sortie, non sans quelques gesticulations comme d’envoyer des dromadaires pour effrayer la révolte. Je note au passage la ressemblance de ces vieillards, le tunisien et l’égyptien, avec l’allure pathétique de  Berlusconi, cheveux teints, ventre plat, tête droite. Ces gérontes refusent de vieillir et se prennent toujours pour des Casanova. Le machisme méditerranéen est profondément enraciné, jusqu’au ridicule parachevé.

 

Mal leur en prend, car le peuple se souvient des années de vaches maigres les unes après les autres endurées. Les galères s’empilent et les misères s’accumulent, sans qu’on puisse se dire qu’aucun des sacrifices acceptés ne prépare des vaches plus grasses pour nourrir  ses enfants…On n’effacera plus jamais le temps de la misère et des souffrances. C’est la raison sans doute qui rend si faibles ces oligarques conscients de leurs égoïsmes,   ils savent qu’ils ont tiré trop fort sur les ficelles du pouvoir et ils connaissent mieux que personne la noirceur de leur ouvrage. Je crois en conséquence que le vieux dictateur va partir après quelques tentatives déraisonnables, comme celles d’envoyer ses milices provoquer des troubles pour démontrer que sans lui le pays est perdu. C’est la répétition en plus grand du scénario Ben Ali.

 

L’avenir n’est pas rose pour autant. Les habitants du Nil vont devoir improviser. Ils vont devoir se rebeller contre trente siècles de docilité et employer des concepts importés d’ailleurs, souvent étrangers au monde arabe.  Impossible il y a vingt ans la liberté individuelle doit s’imposer aujourd’hui. La télévision et le Web sont devenus les grands canaux de circulation pour les images, les mots, et les idées. Plus personne ne peut arrêter ce déferlement idéologique. Mieux encore, la Grande Amérique qui a mis un homme noir au sommet de son Etat montre que la démocratie n’est pas un leurre. On sait maintenant qu’un fils d’esclave peut présider à des millions de gens blancs, riches, chrétiens et puissants. Cette vérité là  n’est pas la propagande d’un parti, ni même la parole mythique du Coran, c’est un fait qu’on voit, ici et maintenant. Les hommes au turban et au khemis ont aujourd’hui l’air de sortir de la nuit des temps, comme des revenants dans un mauvais rêve. La parole libérée sort des portables et des ordinateurs, et elle va s’imposer pour des siècles et des siècles.

 

Toutes ces Révolutions nous annoncent des temps grandioses. Israël  va devoir à son tour abandonner ses mythes pour se mettre au diapason. Il va devoir oublier que son salut repose sur l’injustice et la violence. Il va lui falloir admettre qu’aucun Etat ne peut s’imposer durablement par ses chars et ses bombes.  L’Iran qui  a frôlé un renversement il y a peu, va devoir aussi reconsidérer sa politique moyenâgeuse et barbare. Le désarmement des uns conduira au désarmement des autres. Le Président Obama fera un second mandat. L’ Union pour la Méditerranée va s’organiser avec une Europe ragaillardie .

 

Et si on entrait dans une nouvelle ère pour la Méditerranée ? Un lac de paix qui se mette à oeuvrer miraculeusement pour l’avenir de ses peuples ?  Bon, je me laisse aller,  je rêve, mais nous avons bien besoin de rêver de la paix entre les peuples… au lieu de nous étouffer avec de la dinde aux marrons.

01.02.2011

Saint Michel Archange, Rocard bien entendu !

Rocard, PS, gauche,

J’ai toujours été un admirateur de Michel Rocard et je l’ai toujours tenu comme un homme politique exemplaire, intègre et dévoué à la cause publique. Mon soutien avait faibli depuis quelque temps, terni par l’insistance du vieux lion à demeurer sur la scène politique. Quoiqu’on dise des vieillards (ces bibliothèques vivantes…) et de leurs capacités intellectuelles intactes, j’ai un doute sur la véritable pertinence du quatrième âge à entreprendre ou à concevoir de grandes choses. Je vois plutôt dans leur entêtement un refus de lâcher la main et de laisser le monde se faire sans eux.

 

Le vieux Rocard (84 ans) n’est pas prêt de se convaincre que la France peut faire sans lui, qu’elle soit de droite ou de gauche. Il y a plusieurs raisons à cela, 1) très tôt il a été formé à l’exemple d’un père têtu comme une mule de science, 2) il est passé à  l’adolescence par l’apprentissage boy scout aujourd’hui encore revendiqué, 3) il est sorti de l’ENA avec un attachement viscéral à la gestion des affaires publiques.


Tout ceci ne serait rien, si avec les années, il ne s’était pas forgé la conviction, pas tout à fait fausse, qu’il était le meilleur de tous pour démêler nos affaires d’Etat. Dans son livre (Si ça vous amuse, Flammarion, 2010) il rappelle ses principaux faits d’armes comme Ministre de l’Agriculture (mars 83-avril 85) et comme Premier Ministre(mai 88- mai 91). Il raconte avec jubilation comment il arrive à « ficeler » des dossiers réputés intouchables, crises agricoles et leurs fameux montants compensatoires, Nouvelle Calédonie, Statut d’Air France, CSG…et même,  réforme de l’orthographe !

 

La méthode est toujours la même : choisir les bonnes personnes, les informer, les convaincre, en faire des alliés, ne jamais se laisser aller à des effets d’annonce, garder toujours le registre de la modestie et de la satisfaction du travail bien fait, oublier sa propre promotion. Après autant d’années à s’échiner sur la gouvernance et la gestion publique des grandes affaires de la collectivité, avec autant de passion désintéressée, on mérite un peu plus qu’un sourire amical,  même face à certaines outrances (la proposition à Ségolène de la remplacer au pied levé en 2007 par exemple). C’est ce que j’ai pensé en lisant ce livre très vivant et très documenté qui rappelle les réalités terre-à-terre des rapports de force dans les gouvernements.

 

On est ainsi stupéfait, parfois, que des grands hommes puissants et intelligents, réagissent sur certaines questions avec conformisme et banalité, soucieux de rester dans leur camp plutôt que dans la vérité. On voit bien qu’à l’époque certains beaux esprits étaient contre Rocard pour faire plaisir à Tonton. Non seulement Rocard avait le courage de s’attaquer aux questions difficiles, mais il le faisait sous le regard sourcilleux et parfois narquois de son vieil ennemi intime, François Mitterrand. On imagine que le chef scout eut à souffrir de cette situation, lui dont la vocation était de porter aux nues son patron, le Président de la République. Michel Rocard n’est pas révolutionnaire pour un sou, pour lui le progrès doit s’accomplir dans l’ordre et la puissance hiérarchique et son premier devoir est de respecter la Constitution. Il rappelle à cette occasion, qu’un seul de ses textes de loi a été épinglé par le Conseil Constitutionnel, d’ailleurs saisi en l’espèce à sa demande.

 

C’est avec la même application, la même bonne volonté juvénile que sur  une proposition  de Sarkozy (pour qui c’est tout bénef politique, en tout cas symbolique) il se lance dans l’étude des grands dossiers juridiques concernant les pôles ou bien celui de la taxe carbone. Il fait même équipe avec A. Juppé pour plancher sur le « Grand Emprunt » et faire un énième livre. On voit bien que l’ami Rocard n’est plus dans le combat politique dont il n’a plus rien à attendre. En revanche on ne peut  l’empêcher de mettre le doigt dans le pot de confiture du pouvoir organisationnel, pas pour l’argent ni pour les honneurs, pour le plaisir tout simplement !

 

Si vous voulez mon avis,  on ne trouve pas des petits gars comme ça tous les matins ! Je ne vois qu’un endroit de Paris pour perpétuer sa mémoire, c’est la Place de la Concorde ! Et pourtant je suis persuadé qu’il faudra plusieurs dizaines d’années pour baptiser à son nom la moindre venelle, fût-elle la plus modeste des impasses du Quartier Latin. Il faut dire qu'il aura passé son heureuse vieillesse à empoisonner les militants de gauche et de droite les plus convaincus et les plus dévoués ! Allez donc faire de la politique après ça !

27.01.2011

Céline mon amour...

céline,shoah,imprimatur,antisémitisme,libertéJe n’aime pas qu’on me dise  ce que j’ai à penser. Monsieur Klarsfeld a bien sûr le droit d’exprimer des réserves sur Louis Ferdinand et les motifs ne manquent pas. Il n’est pas le seul à trouver que l’écrivain fut un abominable raciste antisémite et que ses Bagatelles sont une insulte à l’humanité. Il y a consensus là dessus. Le seul petit bémol qui pourrait entrouvrir la porte du pardon réside dans les outrances mêmes du verbe qui finissent par lui donner un air de grand guignol. Mais laissons cela, le procès est largement entendu, la haine est bien présente et la vindicte et la rage bien dirigées contre un malheureux peuple confronté au moment le plus douloureux de son existence. Un moment qui restera comme une tache définitive sur l’odyssée de l’homo sapiens.

 

Malgré cela, je ne peux pas être d’accord avec Monsieur Klarsfeld et ses amis et encore moins avec l’histrion Mitterrand qui s’est soumis à leur réclamation. Qu’un écrivain fasse partie ou non du panthéon des artistes français ne peut pas être de la décision d’un groupe de pression, si légitime soit-il. Un artiste existe dans la conscience des gens tout simplement parce qu’il a su à un moment donné s’adresser à elle et y rencontrer une voie de communication qui a changé leur univers. Nul ne peut nier qu’il y a dans la littérature française un avant et un après Céline, qui pour du coup a inventé une nouvelle façon d’écrire en envoyant les mots comme des balles, dans une sorte de combat inventé lors de sa collaboration avec deux guerres mondiales.

 

Alors je n’aime pas qu’on me dicte ce que je dois penser, qui est de l’ordre de ma propre liberté, de ma très chère liberté. Je n’ai pas besoin qu’on me dise que Céline est un fantassin laborieux du racisme, je le sais. Je ne veux pas qu’on me dise que tel ou tel écrivain ne peut pas faire partie de nos célébrations parce qu’un  ministricule l’a décidé en battant en retraite devant un groupe de pression. On pourrait à cette aune là, multiplier les têtes de turc liées à la vindicte de tel ou tel,  en vertu du droit ou de la morale. Cet attentat à la liberté de penser est un tout petit pas, mais un pas quand même, vers la tentation de diriger les esprits et d’instaurer le politiquement correct dans le domaine des arts en général, et de la littérature en particulier.

 

Autant dire qu’il s’agit de tenter d’enrégimenter les artistes et d’octroyer l’ imprimatur. Je dis aux Klarsfeld et à leurs émules qu’il n’y a pas d’autorité suprême dans la création artistique. C’est à chacun de juger pour lui même en sa responsabilité éclairée. La mémoire ne fonctionne pas à sens unique et l’histoire d’un peuple se partage quoiqu’il arrive, sauf à se désolidariser du tout et y perdre le droit à la parole. Je leur dis aussi que le caniveau regorge de trésors et les prisons aussi. Alors je clame seul et librement, venez tous, Sade, Céline , Bukowski, Genêt,  je vous embrasse,  vous êtes les premiers combattants de notre liberté.

18.01.2011

Tunisie : le moment est venu....

 

Tunis.jpegAprès vingt cinq ans vécus en Algérie, d’ailleurs tout prêt du Sahara tunisien, je suis particulièrement sensible aux évènements qui se déroulent là bas. Depuis 1962 je m’étais habitué aux mauvaises nouvelles politiques venant du Maghreb jusqu’à désespérer de l’avènement  démocratique. J’avais fini par croire que ces pays arabo-berbères, malgré toutes leurs qualités et leurs ressources humaines, étaient condamnés à subir les ombres humiliantes de leurs régimes médiocres et despotiques. Leur marche vers le progrès humain et la liberté paraissait lente et incertaine, entravée par des régimes oscillant  entre la charia d’un autre âge et la hogra d’un pouvoir corrompu et jouisseur. Je n’osais plus espérer.

 

Et voilà qu’un homme oublie les fureurs kamikases  et sanguinaires, pour s’immoler par le feu, geste le plus violent qu’on puisse voir de la part des adeptes de la non-violence. Le signal de la révolte est donné, comme dans un maquis chauffé à blanc par les fournaises de l’injustice et du mépris, l’étincelle de la fierté va en quelques jours mettre l’incendie dans les esprits. Le  peuple soumis depuis d’innombrables générations au bon vouloir des émirs et des barons sans foi ni loi, va tout d’un coup se redresser et proclamer la révolution. Les gens ont appris à lire, à réfléchir, à communiquer et le Web est devenu un incroyable réseau social qui balaie les cendres des siècles obscurs qui pouvaient encore entraver la résurrection populaire.  On n’y croyait plus, et en trois jours le dictateur tout bête et sa coiffeuse,  ont lâché prise.

 

On peut bien sûr reprocher à nos politiciens français d’avoir été pris au dépourvu et à notre Ministre des Affaires Etrangères de n’avoir rien compris sinon que quelques coups de gourdin bien appliqués pouvaient régler le problème. On ne peut reprocher à MAM de s’être crue en charge de l’Intérieur, elle a occupé tellement de ministères. Pour elle, il était hors de question que ces gens de la rue, arabes par surcroît  puissent entendre quoique ce soit à la vraie politique ! On se demande à quoi pourraient bien servir les dictateurs dans ces conditions. Mais, soyons brefs car ce fut une belle et grande surprise pour tout le monde.

 

A voir la tournure des évènements, il semble bien que la révolution tunisienne puisse demeurer sur ses rails démocratiques. A nous à Gauche de l'encourager, de lui faire une place dans notre conception du monde. La Tunisie peut devenir la Suisse du Maghreb et du Moyen Orient, elle peut jouer un rôle central dans l’Union Méditerranéenne au ventre fécond, que nous appelons de nos vœux.  Les Tunisiens sont éduqués, diplômés, et représentent avec une grande dignité la civilisation arabo-musulmane avec laquelle nous devons collaborer et coopérer pour repousser cette guerre des civilisations qui menace. Ils peuvent devenir le centre névralgique d’une nouvelle ère de paix qui se propage aux pays voisins,Algérie et Egypte, puis à l’Afghanistan, à l’Iran, au Liban et surtout à la Palestine. La Tunisie libérée démocratique et non violente peut devenir l’espoir du monde pour le XXI° siècle. En voyant Serge Moati pleurer , je me suis dit que même Israël  pouvait y trouver son salut.

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