29.05.2011
Faire un rêve pour le Val de Saire !

1 - Le constat du géographe
Le géographe que je suis s’émerveille, et l’enfant du pays (que je suis aussi) encore davantage. La Saire qui descend doucement à travers bois et bocages depuis le Mesnil au Val, pousse son eau claire dans les prairies herbeuses du Vast et de Valcanville pour se lover en paresseuse dans les terres grasses du pied de la Pernelle. Le pont de Saire qui est à la limite de Saint-Vaast et Réville marque un des plus beaux estuaires du Cotentin. L’ouverture de la rivière sur la baie de Jonville entre la Pointe de Saire et l’île Tatihou en fait rêver plus d’un, accoudé au parapet, l’appareil photo en bandoulière. Barfleur est une autre perle qui inspire le rêve marin. Ce qui fait la joie du géographe, c’est la diversité et plus encore la complémentarité des paysages…
Je ne connais pas de région qui marie aussi bien la plaine littorale et le bocage, le ruban doré des plages de Quinéville à Fermanville et les profondeurs mystérieuses des bois du Rabey , de Boutron et de Barnavast. Voilà un pays qui a échappé aux guerres modernes de destruction, avec quasiment tout son passé architectural intact, du vieux donjon de l’église de Quettehou, aux tours de Vauban et à la demeure seigneuriale de l’intraitable Jambe de Bois de la Crasvillerie. Le granite de Barfleur règne en maître et ses blocages donne une noblesse inimitable aux églises et aux châteaux ainsi qu’aux magnifiques corps de fermes-manoirs à escaliers en tourelles. Même les plus modestes chaumières des journaliers ou des péqueux conservent une allure qui défie humblement mais avec force, notre temps de pavillons à enduits colorés.
Ce pays fut aussi à plusieurs reprises le lieu de miracles agricoles allant de la sélection de la race bovine normande et du trotteur anglo-normand, à l’invention de la pomme de terre bonotte encore cultivée en l’île de Noirmoutier, et à la sélection du persil de Montfarville. Pour s’en tenir au dernier demi-siècle, les limons souples et profonds de la plaine côtière ont donné année après année, les plus belles récoltes de carottes, de choux et de pommes de terre qui soient. A quelques milles les pêcheurs ont tendu au homard et au bouquet, ligné au maquereau et à la dorade, au bar et à la morue. La douceur du climat pour ne pas dire sa fraîcheur nous a épargné les hordes plagistes et les horribles urbanisations balnéaires de Bretagne ou des Charentes.
Alors notre Val de Saire serait-il un pays de cocagne qui s'ignore ? Hélas non ! Les tracteurs de cent chevaux ont percé les haies, aplati les talus, soulevé la glaise et nivelé les « caches ». Chaque année, mes amis agriculteurs ramènent de Belgique ou de Beauce des instruments gigantesques qui tiennent plus des scrapers et des bulls de Travaux Publics que du matériel agricole. C’est que chaque année il faut cultiver plus grand, plus vite, plus mécanique. A trois lieues au large, nos pêcheurs y vont tout pareil, avec des moteurs toujours plus puissants qui draguent, labourent, et râtèlent sans relâche les moules, les coquilles, les soles et les turbots s’il en reste, traînant derrière eux d’épouvantables perches métalliques qui martyrisent le fond de la mer. Entre deux, les ostréiculteurs agrandissent les parcs, veulent produire plus, plus vite et se retrouvent en butte à la fragilité sanitaire de ces élevages intensifs monovariétaux…Plus haut dans l'intérieur des terres, les éleveurs augmentent le cheptel, défoncent aussi le bocage pour le maïs et deviennent des techniciens victimes de leur propre savoir face à la concurrence des systèmes géants des grandes plaines d'Europe de l'Est ou d'ailleurs.

2 - L'utopie plus forte que le réel
C’est le progrès me direz vous, il faut payer les traites et les études des enfants. Bien évidemment et personne ne songerait à reprocher à ces agriculteurs et à ces pêcheurs de faire ce qu’il faut pour survivre. Oui mais ? le Val de Saire prétend-il rivaliser avec les plaines céréalières et les bateaux usines océaniques ? A ce jeu, on peut dire honnêtement, que c’est perdu d’avance comme on dit chez nous, pour tout le monde. C’est perdant, perdant. Aux tenants de ce « modernisme » je voudrais opposer mon rêve, celui de la diversité, de la proximité, de la qualité et de la complémentarité. Le rêve d’une activité agro-marine destinée au marché de frais, à Caen, à Rouen ou à Paris et à nos touristes. On dit bien volontiers que nos touristes ne viennent pas pour bronzer idiots, mais qu’ils nous aiment pour le bon air, l'authenticité, et la bonne bouffe goûteuse, donc fraîche de récolte, ignorée jusqu’à l’oubli dans les villes pressées, gorgées de snacks insipides et industriels.
D’évidence la commercialisation directe, qu’on voit se développer aujourd’hui avec un certain succès, ne peut suffire à écouler les productions. Il faut nécessairement un accès efficace aux zones de grande consommation urbaine, de France et de Navarre. Alors je conseille à nos maraîchers et nos pêcheurs de regarder Les Maîtres Laitiers du Cotentin, qui payent à leurs coopérateurs 20% de plus que les autres industriels. Les MLC, grâce au coup de génie de leur Président Fortin, sont devenus de puissants opérateurs de distribution des produits frais aux collectivités, chaînes d’hôtellerie, hôpitaux, casernes, entreprises, compagnies d’aviation. Je fais un rêve ! nos forces économiques sont intactes et les chambres consulaires de l’agriculture et du commerce déclarent évidentes les synergies entre nos terroirs. Le Cotentin peut devenir dans les vingt ans qui viennent, un modèle économique de l’agro-alimentaire artisanal de terroir comme on dit, et répondre aux besoins des nouvelles clientèles qui s’annoncent.
Ainsi se dessine un paysage agricole fait d’exploitations variées alliant les jeunes pousses, le bio, la production lourde (patates, poireaux, carottes, choux) les asperges, la mâche, les Florette et bien d’autres possibles plus craquants les uns que les autres, associé aux artisans pêcheurs et à la conchyliculture, et aux producteurs de viande et de lait . Ainsi armé, l’agroalimentaire manchot peut faire prospérer d’importants réseaux de commercialisation visant à satisfaire les centrales d’achat, trouver des partenaires pour la transformation et le transport international pas seulement pour Paris, Berlin, Madrid et Rabat mais par Cherbourg, pour l’Angleterre, l’Amérique et la Russie…
Je rêve, mais j’ai pris l’habitude immodeste de voir à mesure que les années passent, mes rêves se réaliser. Pour mes talents de voyance je demande à mes copains lecteurs d’apprécier par eux mêmes. A bas la guerre, vive la justice sociale et la liberté de chacun, vive l’éducation et la dignité de nos concitoyens. On y va ! Chaque jour un peu mieux et un peu plus, le Cotentin va se couler dans les méandres imprévus du progrès. En prendre conscience aide parfois à accélérer le processus.
21:58 Publié dans Actuelles, écologie, économie, géographie, politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |
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27.04.2011
Les aventuriers
Il y a peu, ils partaient des confins du Maroc pour atteindre les Canaries, après une traversée périlleuse d’une centaine de milles sur des embarcations improbables. Aujourd’hui, ils s’entassent sur des sardiniers, dans une telle cohue que pas un ne devrait, en toute logique, franchir indemne les passes du port de Zarzis. Mais Allah récompense les audacieux et il y en a quand même plus qui arrivent qu’il n’y en a qui se noient. Vingt mille, dit-on aujourd’hui, sont agrippés à Lampédusa comme des oiseaux en migration qui se posent sur la première terre venue pour se refaire des forces. Gageons que s’il s’agissait d’un vol d’oies bernaches égarées, Brigitte Bardot, Greenpeace et WWF auraient déjà débloqué des fonds pour leur venir en aide.
Mais il ne s’agit pas de volatiles et ces migrateurs sont des beaux jeunes gens dans la fleur de l’âge, en pleine santé. Ce sont des gens pleins de rêves et de courage qui ont décidé de changer de vie. Ils ont décidé de tourner le dos aux ruelles poussiéreuses de leur village et à l’ordre millénaire de leur société encore toute imprégnée du patriarcat ancestral. Le poids social de la famille, bien souvent élargie aux oncles et aux oncles des oncles et régie par la loi des anciens, ces cheikhs muets qui détiennent le droit et l’ordre, est aujourd’hui insupportable aux âmes libres de la jeunesse. Le code politique des dictateurs repose entièrement là dessus et il va mettre quelque temps encore avant de s’effondrer.
Ces aventuriers de la modernité ne reculent devant aucun sacrifice. Ni le chagrin de la mère, ni le désespoir muet du père, ni l’angoisse des jeunes sœurs livrées à leur malheureux destin, ne peuvent les faire renoncer à l’El Dorado de la liberté. On fait un contresens en y voyant une simple migration du travail pour fuir la misère. Ces jeunes là ne manquent de rien, ils ne sont ni affamés, ni malades, ils sont même souvent instruits, lettrés, entreprenants. Quand on veut vraiment gagner des sous on va en Arabie Saoudite ou aux Emirats, dans les chantiers. En se tournant vers l’Europe et au premier chef vers la France, ces jeunes gens là ne cherchent pas du travail, ils cherchent la liberté, car ils sont à bout de souffle, comme des poissons asphyxiés dans les eaux stagnantes de l'immobilisme social.
Le pain sec est bien meilleur quand on le mange en liberté. Ce sont donc les plus méritants des hommes qui sont prêts à risquer leur peau pour devenir des hommes libres. Si j’étais Directeur des Ressources Humaines, j’irais choisir dans ce troupeau là, mes collaborateurs et mes associés, car ces garçons ont l’énergie créatrice des pionniers. Ils méprisent la peur et ne doutent pas d’atteindre leur but. Ils n’ont que faire de nos allocations ou de nos filles comme le prétend bêtement la femme Le Pen, ils veulent avoir une « belle » vie, celle qu’on vit dans une société démocratique libre et sans préjugés.
Je me souviens d’avoir croisé, au volant d’un confortable véhicule, à plusieurs centaines de kilomètres de toute habitation en dur, un petit bonhomme sec, en gandoura à mi mollet qui marchait seul et d’un pas pressé sur la piste du Tanezrouft. Il portait à la main une théière pas bien grande. Il me fit signe de m’arrêter et me pria gentiment de remplir d’eau sa pauvre gamelle. Je lui demandai où il allait, «- Vers le nord » me dit-il dans un rire lumineux. Le rêve l’habitait. Vingt mille jeunes hommes sont habités par le rêve à Lampédusa et nos grands politiciens se demandent comment faire pour leur barrer la route.
10:28 Publié dans Actuelles, géographie, monde arabe, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : migrations, lampedusa, fn | |
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16.03.2011
Tsunami
L'origine du mot montre bien que le phénomène n'est pas habituel chez nous. C'est un terme japonais hélas, construit de nami qui veut dire vague et de tsu qui désigne le port ou la grève. On le traduit en français par raz de marée, d'origine bien de chez nous, scandinave. Le raz de marée est bien connu dans nos contrées. C'est plutôt une inondation massive causée par l'élevation du niveau de la mer lors de forts coefficients de marée, avec tempête cyclonique et surcote concomitante. Le tsunami lui, est lié aux séismes et aux éruptions volcaniques. C'est un phénomène qui se produit à grande échelle dans les océans Indien et Pacifique, plusieurs fois par siècle, en particulier au Japon.
Les savants et ingénieurs nippons sont donc les premiers informés de la nature, de la fréquence et des dimensions que peuvent prendre un tsunami. Dans ces conditions on peut se poser des questions sur la légèreté avec laquelle on a pu construire des centrales sur des littoraux exposés. Les images qu'on a vues ces jours derniers nous donnent une idée des dimensions d'ouvrages qu'il faut construire pour se protéger d'une pareille furie océanique. Comment ne pas s'imaginer que les canaux et les pompages soient balayés, que les crépines soient engorgées, que les moteurs soient noyés et tous les moyens de refroidissement soient immergés et détruits. Or, une centrale non refroidie peut devenir une sorte de volcan atomique !
On imagine que toute l'attention des spécialistes a été en priorité sollicitée par les mouvements tectoniques capables de détruire les infrastuctures elles mêmes. On apprend aujourd'hui que Monsieur Ishibashi Katsuhiko (voir notre photo, empruntée à Médiapart) expert sismologue reconnu et bien placé, avait hautement protesté contre les garanties insuffisantes prises pour les centrales nucléaires en cas de séisme exceptionnel. Il n'a pas été écouté, ni pour les tremblements ni pour les submersions. Il faut rendre justice à ce scientifique clairvoyant. On apprendra sûrement que cette catastrophe aurait pu être évitée avec un peu plus de raison et moins d'avidité consommatrice.
Aussi faut-il approuver le premier ministre Fillon quand il réclame un réexamen méthodique et sans faille de la sûreté des installations françaises et européennes. Il y a eu dans un lointain passé des tsunamis en Crète ou à Messine. On a connu des ruptures de barrages hydrauliques et des inondations, des raz de marée et des tempêtes exeptionnelles. On peut réécrire les normes de sécurité et les améliorer. Encore faut-il s'arrêter de gémir en se battant la coulpe et prendre à témoin notre force d'intelligence, plutôt que de se chamailler comme des poules mouillées. Comme on le répète partout, l'accident sera toujours possible, au moins aura-t-on tout fait pour l'éviter.
Le choix aujourd'hui n'est pas entre deux incantations, c'est un choix de civilisation. Veut-on abaisser durablement la manette du progrès technologique ou veut-on persévérer dans notre lancée génétique de conquête des mondes ?. Nous sommes allés sur la Lune... et avons caressé des rêves d'espace infini comme si nous étions nos propres Dieux. Par peur des coups, des désastres et des morts, devons-nous aujourd'hui nous réfugier dans les sous-bois comme des lapins apeurés ?
12:42 Publié dans écologie, géographie, polémique, politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : japon, séisme, tsunami, centrale nucléaire | |
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27.12.2010
Chroniques de l'Ane N.S.6 : Mon âne se réchauffe

J'ai alors tenté de lui tenir un langage conciliateur et humain, pour l'encourager à attendre les beaux jours avec ce qu'il faut de résignation. Mon cher Tonnerre, lui dis-je, la politesse voudrait que je vienne en voisin soucieux de son SDF, avec un seau de thé bouillant propre à te rendre les frimas moins mordants, mais je m'en suis abstenu, pour au moins trois raisons.
La première est culturelle. Tu es un âne du Cotentin et non pas de la Cornouaille british, ce n'est pas donc du thé que je t'aurais fait boire mais du cidre chaud à la vanille comme ma grand mère en abreuvait ses vaillantes vaches laitières quand elles venaient à mettre bas. Comme tu n'es pas non plus une vache, je suis demeuré hésitant et j'ai cherché autre chose.
La deuxième raison est écologique. Depuis sans doute plusieurs siècles, mes ancêtres, les rustres normands, t'ont élevé à la dure. Tu mangeais après que tous les autres fussent repus et tu travaillais encore quand tout le monde était ivre de fatigue. Les vilains ont ainsi sélectionné une superbe race docile et solide et d'une résistance admirable. En t'apportant du thé et des biscottes par grand froid, il me semble que j'irais à l'encontre d'une oeuvre de longue haleine, due à plusieurs générations de paysans entêtés, dont la longue patience mérite le respect.
La troisième raison est scientifique. Contrairement à ce que tu sembles croire, nous sommes en plein réchauffement climatique. Un des Professeurs de la Télé, parmi les plus réputés, a même démontré hier, avec plusieurs autres savants, que la neige et les grands froids en Europe confirmaient la justesse de la chose. Les glaces fondent au Pôle Nord et refroidissent l'Europe et pas seulement l'Europe, car Moscou est prise dans les glaces et New York est saisie par la neige, pour Montréal c'est pareil mais habituel. D'ailleurs, j'ai entendu le même Professeur au mois de septembre dernier, prédire que nous aurions un hiver très doux. Comme le journaliste lui demandait ce qu'il ferait au cas ou sa prévision se trouverait erronnée, il répondit : "Je changerais mes conceptions" !
Visiblement le Professeur n'a rien changé de ses conceptions, c'est donc que la terre continue bel et bien de se réchauffer et que l'air que tu respires n'est pas froid, que l'eau de ton auge n'est pas gelée , qu'il n'y a pas de neige dans ton champ et que par conséquent tu n'as pas besoin de thé bouillant. L'animal fixa sur moi son regard doux et intelligent, submergé par cette sagacité sans faille qui lui annonçait avec légèreté un lourd enchaînement de mauvaises nouvelles. Je compris qu'en retour, il me priait de transmettre au Professeur sa commisération attristée et toutes ses condoléances, pour la malchance provisoire qui frappait ainsi les glorieux travaux d'y celui.
Pour me faire pardonner les paradoxes que les quadrupèdes n'apprécient pas à leur juste valeur, j'offris à mon noble quetton sa ration quotidienne : une brassée de foin rond, qui fleurait bon l'herbe sèche de l'été, et un seau d'eau fraîche.
12:05 Publié dans Chroniques de l'Ane N.S., écologie, géographie, polémique, réchauffement climatique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : réchauffement climatique, âne du cotentin | |
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10.11.2010
VIVRE AU VAL DE SAIRE

Il n’y a pas si longtemps, j’ai battu la campagne pour, à défaut de pouvoir être élu, propager quelques idées qui pouvaient servir à la politique d’aménagement de notre Val de Saire. Je crois toujours à la pertinence des pistes que nous avions évoquées pour la circonstance, avec Dominique Labadie ma suppléante. Elles avaient l’ambition de respecter les lignes de force de notre région, tout en les précisant et en leur donnant un contenu très concret.
Plus de deux ans et demi ont passé sans qu’on voie ici ou là de changements notables ou de projets destinés à améliorer la vie dans notre canton ou dans ceux d’à côté. On assiste en revanche à toujours plus de querelles de clocher et de querelles de personnes, c’est à dire à des travers qui ont toujours été à l’origine de nos impuissances et de notre immobilisme, contre lesquels d’ailleurs nous mettions en garde.
Il faut pourtant bien insister sur l’absolue nécessité d’agir et d’organiser notre territoire si nous ne voulons pas continuer de nous enfoncer dans les nuisances d’une circulation routière non maîtrisée, d’une urbanisation aveugle et d’un appauvrissement des services. Nous souffrons d’une absence cruelle de leadership politique, qu’il soit de droite ou de gauche. Chaque commune joue sa carte, avec ou sans atouts. Le plus vraisemblable est le statu quo, in fine.
Peut-on rompre cette léthargie préjudiciable à tous et ranimer des feux qui paraissent bien recouverts de cendres ? Le musée Vauban, la piscine à Barfleur, le centre d’aide à la pêche, le plan d’aménagement urbain du canton sont toujours des projets qui suscitent l’intérêt. Peut-être faut-il aiguillonner, mobiliser les acteurs politiques et économiques, faire campagne ? C’est tout notre environnement qui est concerné. Nos conditions de vie et celles de nos enfants en dépendent.
PS/ J’ai entendu qu’une association Val de Saire Environnement était sous roche. Je le dis tout de suite si on m’y invite : j’en serai.
12:25 Publié dans Actuelles, écologie, économie, géographie, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : val de saire, barfleur, saint vaast, quettehou, aménagement, environnement | |
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26.05.2010
D'une rive à l'autre
La France est un vieux pays, disait de Villepin et les autres pays membres de l'Union Européenne, tout autant. Je les soupçonne d'être paralysés par leurs héritages, certes fondateurs pour l'humanité toute entière, mais encombrants et très lourds à porter. Ils sont incapables aujourd'hui d'imaginer, de créer, de réinventer. Il suffit d'observer maintenant en comparaison, l'Amérique d'Obama galoper, la Chine folle d'énergie exploser , et le Brésil devenu subitement conscient de sa continentale puissance, s'imposer.
Pendant ce temps là, Angela Merkel se bat avec ses démons boutiquiers du siècle dernier, les Anglais s'entêtent dans leur ridicule isolement et les Français jouent à cache cache politique, droite et gauche affublées de burkas idéologiques, juste bonnes à dissimuler leurs ambitions électorales et carriéristes. Nous avons pourtant sur les bras une jeunesse explosive qui s'agite dans nos quartiers, nous avons des Universités qui débordent d'étudiants et des armées d'ingénieurs hyper doués qui piaffent dans nos usines.
Alors pourquoi on n'avance pas ?
J'ai ma petite idée sur la question. Je vais essayer de la dire. Je sais aussi de quoi on va m'accuser, sans doute aussi vais-je recevoir des insultes. Il faut quand même tenter. Nous n'avançons pas parce que nous sommes sur la défensive. Ceux là mêmes qui ont les poches pleines et vivent fort bien par ces temps de crise, sont rassasiés et n'ont que l'ambition de conserver leurs sous et leurs privilèges.Nous avons pourtant une Nouvelle Frontière qui s'ouvre à nous, comme au temps de la ruée vers l'or aux States. Je veux parler de cette immense Afrique à commencer par celle du Nord, ce magnifique espace méditerranéen, d'ou sont issues nos civilisations gréco-romaines et nos religions du Livre.
Vincent Peillon vient de présenter au Parlement Européen son rapport pour l'Union Méditerranéenne et il ouvre des pistes pour relancer des actions politiques d'entente, fructueuses pour les peuples de tous nos pays.
Il cite des thèmes bien concrets et pas si difficiles à organiser :
- la promotion d’un Erasmus euroméditerranéen,
- une chaîne de télévision euroméditerranéenne
- la facilitation progressive de la libre circulation entre les deux rives,
- la convergence des politiques agricoles euro-méditerranéennes,
- une stratégie euro-méditerranéenne pour l’efficacité énergétique.
J'ajouterais un Institut euro-méditerranéen de développement sis à Tunis, qui soit un lieu de rencontre entre tous les chercheurs, spécialistes et experts de la zone.
Ayant travaillé de longues années en Algérie dont je me considère comme un citoyen, j'approuve sans nuances l'esprit de ce rapport et je suis convaincu de la puissante fécondité de tels projets. On pourrait se demander pourquoi dans ces conditions il ne se passe rien. On comprend qu'en France les pieds-noirs massés sur la Côte, là d'où justement on peut s'envoler pour le Maghreb, gardent une sorte de nostalgie enkystée dans leur traumatisme et mise en mémoire comme un mythique "crime anti-français", qui les paralyse. On les a vus réagir à propos du film "Les Hors la Loi", avec une insoupçonnable virulence. Je suis sûr malgré tout, qu'ils seraient faciles à retourner, amoureux qu'ils sont de la Belle Algérie.
Le vrai motif, c'est la question d'Israêl, à laquelle se sont ralliés tous les Juifs de France ou d'ailleurs. Les tenants du Grand Israël repousseront aussi longtemps qu'ils le pourront toute solution de paix avec les Arabes du Moyen Orient et du Maghreb. Ils en ont les moyens financiers et politiques. La crise palestinienne paralyse et paralysera encore longtemps toute issue positive à la soi-disant guerre des civilisations. Je dis sincèrement aux juifs de bonne volonté, qu'ils enfoncent aujourd'hui l'Europe toute entière dans leurs querelles tribales. Ils perdent chaque jour des faveurs dans l'opinion (Dieu sait pourtant si ils les ont payées au prix fort). Devant la crise ou plutôt les crises à répétition, il faudra bien trouver un jour des boucs émissaires. Il est temps, grand temps, si ils en sont encore capables derrière leur mur, de ranger les bazookas et d'avancer des propositions de Paix . Le mur de béton n'est qu'un symbole bien visible qui pourra un jour être détruit, hélas le mur mental qu'ils ont dressé entre leur nation et le reste du monde est autrement plus dangereux pour eux-mêmes.
Post scriptum
Des personnalités juives européennes engagées pour une paix entre Israéliens et Palestiniens ont lancé un "appel à la raison". Le mouvement, intitulé J Call, pour "European Jewish Call for Reason", a été lancé début mai à Bruxelles lors d'une réunion au Parlement européen. Parmi les signataires figurent notamment Elie Chouraqui, cinéaste, Daniel Cohn-Bendit, député Vert européen, Elisabeth de Fontenay, philosophe, Georges Kiejman, ancien ministre et avocat, Bernard-Henri Lévy, philosophe, Pierre Nora, historien. (Le Monde 27/05/2010)
17:36 Publié dans géographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : israël, algérie, europe, peillon, nouvelle frontière | |
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14.03.2010
Le serpent de mer de la Grande Normandie

La fusion de la Haute et de la Basse Normandie est un leurre dangereux
Si on en croit les historiens, la Normandie n'a jamais constitué une entité politique homogène. Même du temps de nos célèbres ducs de Normandie, sous Guillaume le Conquérant lui même, la région a été le théâtre de forces centrifugesqui l'ont tiraillée vers les Flandres, vers Paris, vers l'Anjou ou la Bretagne. C'est pour rétablir un équilibre précaire que le Conquérant dota la petite ville de Caen des attributs d'une capitale régionale.
La création en 1960 de la Haute et de la Basse Normandie n'a fait que prendre en compte les originalités et les complémentarités des cinq départements normands. A l'est l'Eure et la Seine maritime, foyers d'industrie installés sur une voie d'eau dans laquelle le Grand Paris se déverse jusqu'au Havre. A l'ouest, le Calvados, l'Orne et la Manche, pays de plaines et de bocages riches de leurs productions agricoles céréalières et laitières, baignés par la mer omniprésente et ses activités inféodées, pêche et tourisme.
Ce qui fait la force d'un ensemble régional c'est la vigueur des synergies et le jeu des complémentarités. Dans le cas de la réunion des deux Normandie on peut prévoir qu'on n'agira ni sur l'un ni sur l'autre. Si on en croit le rapport sur la fusion élaboré par la région : que ce soit sur le plan des personnes ou sur celui des marchandises, chacune des deux régions échange beaucoup plus avec les zones frontalières (Bretagne pour la Basse, Ile de France pour la Haute) qu'avec son autre moitié. On a beaucoup de raisons de penser que sur le plan économique le résultat sera nul. Pensons déjà à l'actuel conflit TGV !
Pour se consoler, on pourrait par le changement d'échelle espérer une rationalisation administrative qui soit source d'efficacité et d'économie budgétaires. En réalité, le rapport déjà cité n'y voit qu'un jeu à somme nulle et dans un premier temps de nombreux doublons dont on ne peut prévoir à terme la disparition. En revanche, plusieurs obstacles visibles ou cachés ne manqueront pas de s'opposer à la bonne administration pour des raisons de carrière et d'enjeux de pouvoir en particulier pour choisir une nouvelle capitale. Pour se débarrasser du problème, les partisans de la fusion font mine de l'ignorer ou de le considérer comme négligeable. Oui mais ...qu'en penseront les cadres administratifs et les usagers qui pourraient bien y trouver à redire ?
Le plus important reste à dire. Chacun sait que dans toute région on retrouve un centre et une périphérie. (Voir ici même la note : exercice de géométrie sociale) Les périphéries sont toujours bien moins traitées que les centres : en créant des régions plus grandes on renforce encore la puissance des centres et on affaiblit les périphéries, au détriment des usagers. Notre Cotentin est un petit pays périphérique qui restera orphelin tant que Cherbourg ne saura pas reconnaître ses enfants ruraux. En éloignant les centres de décision on affaiblira tous les pays des marges et la démocratie décentralisatrice, la politique proche des gens y perdra une fois de plus. C'est aller contre la modernité et la liberté émancipatrice des citoyens.
On peut m'opposer que face à l'Europe, les deux Normandies sont trop petites, que l'union fait la force et que nous pèserons plus lourd dans l'ensemble national. Sommes nous en guerre ? La force d'une région ne se mesure pas à ses km2 ni au nombre de ses enfants, mais plus probablement par son PIB. Qui va nous démontrer que la fusion y changera quoique ce soit ? Bien sûr il faut simplifier le mille feuilles de l'organisation territoriale : alors faisons des intercommunes puissantes, supprimons l'échelon départemental et accordons la compétence générale à la région. Raison de plus pour demeurer dans un périmètre géographique homogène, stable et sécurisé par l'histoire.
En conclusion je pense que la réunification ne présente aucun intérêt ni pour les usagers, ni pour les acteurs économiques ou administratifs. La seule politique valable est celle de la coopération entre les deux régions au sein d'opérations communes, telle qu'elle est déjà largement envisagée.
L'objectif est de moderniser la décentralisation, si brillamment mise en œuvre en son temps par Gaston Deferre, pour qu'il en résulte plus d'efficacité et plus de démocratie. Ces questions essentielles pour les citoyens ne doivent pas être expédiées en douce dans les salons feutrés de la capitale !
11:32 Publié dans géographie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : normandie, fusion, rouen, caen, le havre | |
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