07.05.2010

Les goublins du trésor

 

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Dans la Hague on les appelait des drôles, sans doute par une déformation du scandinave troll et dans le Val de Saire goublins, comme les anglais, qui disent goblin . Ce sont des lutins plutôt gentils qui vous font des tours pendables dans votre maison. Ils font tomber les casseroles pendues au mur et claquer les volets la nuit. Parfois ils lancent le rouet à toute vitesse et même se mêlent à la conversation, car certains ont le don de la parole.


Le goublin se manifeste sous la forme d'une bête inoffensive, à l'occasion  comme un cheval blanc tout fou ou bien  comme un veau gras assez nonchalant. Mais la plupart des gens rapportent qu'ils ont eu affaire à un lièvre,  devenu subitement et on ne sait pourquoi , facétieux et familier des lieux. Ces goublins sont sans malice et beaucoup de personnes ne voient que des avantages à la présence de  ces esprits espiègles.


Le goublin le plus recherché est celui du chien noir qui vient un soir se coucher devant le feu entre vos jambes. Il s'installe sans mot dire et dort jusqu'au matin au plus près des cendres fumantes.  Après quoi il vaque à ses affaires tout le jour et revient à la nuit tombée, et ainsi tous les jours de l'année. Si une telle chose vous arrive, gardez vous de chasser l'animal car il est le gardien d'un trésor, qui à coup sûr a été enfoui dans votre maison il y a juste cent ans.


Ce goublin est le surveillant de la cassette cachée quelque part et jamais il ne quittera votre logis avant que vous ne l'ayez trouvée. Il faut chercher sous les pierres de l'âtre ou sous les marches de l'escalier en granite ou dans les épaisses fondarions d'un pignon. Cependant, quand vous l'aurez découvert,  gardez vous bien de vous en saisir directement, votre mort serait certaine dans l'année. Le plus sûr est de requérir un cheval très vieux qui de toute façon ne survivrait pas jusqu'au premier jour de l'an. C'est lui qui doit déplacer le trésor en premier. Dès que vos pièces d'or auront été comptées le chien partira dans une autre demeure.


Ces goublins du trésor sont d'une grande fiabilité et ils prennent grand soin de vos intérêts. Tout bien réfléchi,  plutôt que d'embaucher des polytechniciens qui s'attellent chaque matin à vider notre compte en banque, ne vaudrait il pas mieux confier la souris des ordinateurs à des chiens noirs de la race des goublins ? Les banquiers mettent un tel acharnement à faire passer les picaillons de votre bas de laine  dans leur propre coffre-fort qu'il serait grand temps de leur opposer la magie de lutins avec lesquels nous commerçons depuis si longtemps.


 

 

Les politiciens l'on dit bien souvent : avec moi la confiance va revenir et les affaires vont reprendre. Qu'ils aillent donc raconter ça aux Grecs...

 

23.01.2010

Leçon d'agriculture

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Hier soir, 22 janvier Henri Nallet a prononcé une conférence sur l'avenir de l'agriculture française et plus spécialement de celle de notre Cotentin, qui comme chacun sait, abrite autant de vaches que d'habitants, sans compter les moutons, les porcs,  les chevaux et...les vétérinaires. L'assistance était donc nombreuse dans cette petite salle de l'Hôtel Dieu à Valognes. J'ai assisté à pas mal de  conférences dans ma vie et j'en ai moi même commis, mais je n'ai jamais vécu cette qualité d'échange entre les auditeurs et l'orateur. Il n'y avait point d'effets de tribune cependant de la part de l'ancien ministre, qui se limitait à un effort d'empathie modeste le plaçant au diapason de l'auditoire, pour l'essentiel composé de ruraux , professionnels du secteur et d'élus locaux. Sur la manière, j'ai pris une leçon et ça m'a rempli d'aise car on n'a pas tous les jours l'occasion de s'enrichir.

 

Sur le fond, on ne pouvait qu'admirer la construction synthétique du propos, bâti sur un constat : les interrogations sur la fonction agricole ne datent pas d'aujourd'hui, elles ont toujours accompagné les grandes évolutions de la société française, tant il est vrai que cette activité dépend de nombre de facteurs qui n'ont rien à voir avec l'agriculture proprement dite. Après la dernière guerre la France s'est industrialisée et urbanisée offrant un vaste marché aux paysans qui avaient pu demeurer sur leurs terres. Avec l'aide des américains mais aussi du formidable effort de recherche et d'encadrement, notre agriculture a relevé le défi et nourri au meilleur prix les millions de citadins occupés dans l'industrie et les services.

 

Mais ce bond formidable a forcément trouvé son point d'équilibre avec la fin des trente glorieuses et l'explosion des crises industrielles et pétrolières.  De la pénurie on est passés à la surproduction. On a résolu le problème par l'instauration des quotas et on a de cette manière maîtrisé les variations de l'offre et de la demande. La mondialisation et l'arrivée sur le marché mondial des grands pays émergents comme l'Inde, la Chine et le Brésil viennent une nouvelle fois de remettre en cause les fragiles équilibres. Le défi est de nourrir 9 milliards d'êtres humains en 2050.Exit les quotas et les aides. Les agriculteurs français se trouvent à nouveau dans une zone de turbulence rendant leurs revenus aléatoires.


Une nouvelle agriculture est à inventer, comme toujours par une nouvelle adaptation au marché . Cette agriculture devra être de qualité, très productive et respectueuse de l'environnement. L'adaptation ne se fera pas avec moins de plus value agronomique, mais avec plus de science et plus de pertinence technologique. Il faudra maintenir les aides mais elles devront être couplées au processus d'adaptation. Ce processus c'est aux agriculteurs eux mêmes de l'inventer avec leurs associations professionnelles, leurs instituts techniques et les services de la recherche agronomique. L'élaboration d'un parcours de modernisation demandera beaucoup d'efforts de créativité et de consensus. L'enjeu est de taille :depuis toujours en France le secteur agricole est fournisseur de devises et d'emplois non délocalisables. La production agricole est une formidable ressource pour notre pays et pour notre Cotentin en particulier.

 

Il faut remercier Henri Nallet de ne pas avoir lâché prise devant les sirènes écolo qui prêchent partout le retour à la terre et à une agriculture de paysans  chimérique. On ne dira jamais assez  que le gardien de chèvres moustachu et ses commandos de faucheurs travaillent contre le camp des agriculteurs et hypothèquent gravement la survie du secteur  (ça,


c'est moi qui le dit pas le conférencier). Vraiment hier j'ai assisté à une grande leçon d'agronomie.