04.03.2010
A un vieil ami
Cette note est la centième de ce blog, j'ai voulu fêter l'évènement à ma manière en exhumant un poème que j'avais placé en exergue de ma thèse, comme dédicace à un grand ami, modeste paysan du désert, qui m'a appris la noblesse des hommes simples, respectueux de leurs semblables, de la nature et de la vie.
A Mohamed B., agriculteur de la vallée du M'Zab,
maître en agriculture et en humanité.
Mohamed B. détient beaucoup de secrets simples
et essentiels, mais surtout il sait que
l'homme
modeste, patient et fort,
peut domestiquer les mauvais génies
du désert.
Il peut commander le destin incertain
des graines qui germent,
des boutures qui s'enracinent,
des greffes qui bourgeonnent
et des fleurs qui éclosent.
Il peut rendre obliques les piques verticales
du soleil à midi
et calmer la sarabande des grains de sable
endiablés par un sirocco de juin.
Ne s'arrêtant jamais
il protége le bon grain
et arrache l'ivraie, chasse les moineaux voleurs
et les gerboises gourmandes,
foudroie les chenilles et les pucerons,
les acariens, les noctuelles
et les sauterelles voraces,
tout un petit peuple vil et désobligeant.
Il faut des jours et des jours,
un par un comptés
par la somme des gestes renouvelés
pour que les mauvais génies se lassent
et que le soir offre sa moisson
de légumes et de fruits,
verts ou rouges ou jaunes
comme de l'or.
Alors au plus frais de l'aube
quand commence une nouvelle journée dure
et tranquille
et qu'il fait chanter
l'eau dans les rigoles en n'oubliant
aucune plante, aucun arbre,
rendu allègre par le bonheur de la vie
si simplement présente,
Mohamed B., paysan du M'Zab dit:
"C'est pour le plaisir de Dieu
Grand et Miséricordieux"
10:40 Publié dans Chants de Noroît | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sahara, palmiers, algérie
19.06.2009
La légèreté est de rigueur

Comme le montre cette photo Tonnerre ne dit pas que des âneries, il sait aussi tirer une charette. Personne ne peut se mettre à la place du papie qui conduit ses petites filles à la plage. Fouette cocher. Aujourd'hui j'ai besoin d'insouciance car la semaine a mal commencé. Il nous a fallu accompagner un ami très cher dans son dernier sommeil. A le voir froid comme la pierre et le visage mangé par la barbe, c'est ma propre mort que j'ai vécue. D'autant plus que comme lui c'est par l'incinération que je veux faire place nette.
Avec Jacques nous avons couru la Méditerranée et vécu des moments inoubliables de franche gaieté et de folies douces. Il n'est pas le premier de mes amis affectionnés à se faire la malle, casser sa pipe ou manger les pissenlits par la racine, mais c'est le premier à devenir mon double dans son cercueil trop étroit. Il faut dire aussi que c'est moins triste quand c'est dans l'ordre des choses. Les vieux d'abord et place aux nouvelles générations. Quand mon tour sera venu j'aimerais bien y mettre de la légèreté. Quelque chose comme la projection de Jour de Fête qui a accompagné la même cérémonie pour un camarade.
Evidemment les vivants tirent au flanc, ils enterrent leurs morts à reculons. Ils veulent se souvenir et se recueillir. J'aimerais qu'on chante et qu'on boive.
Jacques était un grand farceur ravagé par l'humour qui faisait sa force. Je m'attendais à ce qu'il se lève et dise, - Attendez les gars c'est pour rigoler. Je suis certain que nous nous reverrons au jour dit et j'aimerais bien qu'il m'accueille avec son sourire inimitable par un - Salut Commodore ! un sobriquet qu'il m'avait attribué. Aujourd'hui le Commodore en tenue de croisière éternelle fait un grand salut affectueux à Brigitte et à ses filles.
10:13 Publié dans Chants de Noroît | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


