05.04.2012
Plaidoyer pour tous les enfants du monde

Chagall- Le cirque
Avertissement
Mercredi 11 avril Bernard Cazeneuve animera un meeting
de soutien à François Hollande,
à la salle des Moulins de Morsalines, à 20h30
Je me plais à rappeler que j’ai choisi François Hollande dès qu’il a indiqué qu’il serait candidat. Tout autant que le Président sortant me révulse par ses rodomontades, ses vantardises et sa passion de la réussite narcissique, tout autant je me trouve en accord avec la discrétion, l’humour et la simplicité du candidat socialiste. Je ne suis pas du genre à éplucher les programmes pour y dénicher les détails porteurs de contradictions ou d’ à-peu-près, voire des omissions qui pourraient mériter la critique . Je sais trop bien que tout cela peut être remis en cause, reporté ou raboté et modifié par la conjoncture, par les rapports de force internes, par les évènements internationaux et même par l’état de confiance ou d’anxiété de l’opinion. Je m’en remets donc à François Hollande et à son équipe pour le corpus de son projet car je sais qu’il est inspiré de notre philosophie socialiste, laquelle installe au centre de tout, la justice sociale et le progrès humain.
Malgré tout je suis particulièrement accroc à ce que notre lider maximo a désigné comme la priorité des priorités : une politique de la jeunesse. Je suis un vieux militant socialiste mais je suis aussi un (presque trop) vieux papie enthousiaste. Rien ne me transporte plus de bonheur que le regard des enfants qui portent sur le monde une lumière d’espoir sans pareille. Ils ont tout à apprendre, tout à expérimenter, tout à découvrir et j’éprouve souvent un vertige passionné à imaginer ce que ces hommes où ces femmes en devenir vont offrir au monde de demain. Je vois bien dans ma petite troupe toute la diversité des talents, toute la panoplie des aptitudes, tout l’éventail des envies qui font qu’aucun enfant n’est semblable à un autre et que dans chacun il y a une réussite, un petit trésor pour l’humanité future. On parle de la pureté des enfants, ce n’est pas cela, ce qu’on voit en réalité, c’est le diamant de la force neuve, qui ne fait aucune place à la résignation, à la compromission, à l’abaissement , à la prudence, qui s’installent souvent avec les années accumulées.
Je parle de mes petits enfants parce que j’ai le bonheur de les voir grandir, progresser, muer, se transformer et sans doute réussir, mais je vous jure que j’éprouve la même émotion avec tous les visages enfantins connus et inconnus que je croise. Je mesure avec émerveillement la profondeur de toutes les chaînes de générations qui nous rattachent aux vieilles origines et qui nous transportent vers le futur. Et je mesure encore mieux les crimes contre nature qui tuent ou qui blessent, qui affament ou qui mettent en esclavage tous ces maillons de la réussite humaine. L’idée de placer la jeunesse au cœur de tout, est le fondement de l’altruisme, c’est à dire de l’espoir de progrès qui est chevillé au cœur de toute femme ou de tout homme.
Je vois partout que la vie est dure, que le chômage est galopant, que la misère rôde et que pour beaucoup, le minimum de confort n’est pas au rendez vous. Certains accusent la mondialisation, cette confrontation de nos états démocratiques et policés avec les pays émergents, devenus les ateliers du monde low-costs, qui mettent en danger nos emplois et notre bien-être. C’est certain, et pourtant il faut bien que les petits brésiliens ou les petits chinois, indiens, bengalis, s’en sortent, et après eux aussi tous les petits affamés du continent africain. Notre seule chance, pour nous sauver et sauver le monde, c’est que nous puissions apporter une plus value d’intelligence, un supplément de créativité et un trop plein d’imagination, que ces pays émergents dans l’urgence, ont moins le temps de concocter. Les vrais bonus sont ceux de l’invention et de la pertinence, pas les accumulations dérisoires de millions de dollars grattés sur le dos des gens qui travaillent.
L’enjeu de la jeunesse va bien au de là d’un enjeu électoral c’est un enjeu de civilisation. Je comprends mieux Vincent Peillon qui répète souvent que nous sommes dans une phase d’abaissement de la France. Un abaissement qui résulte de l’incapacité de mesurer à sa juste valeur l’investissement que nous devons à notre jeunesse, à son éducation, à sa santé, à son instruction, à sa formation. Nos jeunes doivent se saisir de tous les savoirs, de toutes les philosophies, de tous les arts et de toutes les cultures. Dans leurs cerveaux en ébullition, c’est l’addition qui préside avec la confrontation, la comparaison, la mise en perspective, ce n’est pas la sélection, pas la ségrégation, pas la discrimination, issus de jugements de valeur sortis de je ne sais quel ordre social qu’on veut faire domliner et maintenir. Là où la droite se hérisse parce qu’elle a peur des autres, nous gens de gauches devons être au contraire dans la synergie et la symbiose. A l’aune de ce qui se joue ici, les attaques dont sont l’objet les enseignants qu’on essaye de réduire à l’appât du gain, participent d’une vraie déconstruction de l’idéal civique de l’éducation.
Donner à nos enfants la joie de vivre et le bonheur d’apprendre ne sont pas des tâches vulgaires, elles sont au contraire d’une grande exigence et d’une grande noblesse intellectuelles et morales. Toutes les mesures qui rendent la tâche plus difficile à nos professeurs et qui leur dénient la dignité de leur rôle social et civique sont des crimes contre le futur. En accordant la priorité des priorités à l’éducation et la formation de la jeunesse, François Hollande renoue avec les pères fondateurs de la République, avec Jules Ferry, avec Jaurès, avec Mendès France. Je vais voter pour lui des deux mains, pour tous les miens, pour tous les vôtres, et pour tous les enfants de France et de Navarre.
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31.03.2012
Orange mécanique à l'orientale

Salvador Dali , Enfant géopolitique observant la naissance
d'un monde nouveau
Evidemment ce n’est pas du cinéma et je plains les malheureux parents qui ont du vivre la mort brutale et injuste de leurs enfants, petits et grands. Il reste malgré tout que la photo du jeune tueur diffusée sur tous les écrans qui nous le présente avec son rire insouciant et son regard conquérant, m’a fait penser à un remake du film de Kubrick, au début duquel Alex et sa bande se livrent aux pires exactions avec délectation. Malheureusement les djihadistes ont une conception du redressement des consciences bien différente de celle de Burgess. Le salut pour ces « fous de Dieu » est dans l’assassinat des mécréants et des infidèles qui vous ouvre toutes grandes les portes du Paradis. Il n’est pas dans l’interdit du mal, il est au contraire dans le permis de tuer. Le meurtre halal en quelque sorte.
J’ai pu voir les images et les dialogues enregistrés par Mohamed Sifaoui lors d’une infiltration dans un groupe de ces illuminés. Ces types se promènent dans nos rues comme dans un zoo et sont arrivés à se convaincre que leur ignorance de la vraie religion faisait de nos citoyens des impies dégoûtants méritant cent fois le mépris et la mort. On peut sans doute faire la part de la provocation et de l’outrance militantes, mais on reste quand même interloqué devant tant de violence. On se trouve en pleine légende moyenâgeuse, celle du Vieux de la Montagne qui promet le Paradis (à grand renfort de haschich) aux Assassins qu’il envoie à ses ennemis pour leur faire la peau. Des tueurs à gages bénis et rétribués par Allah en quelque sorte. La version moderne est celle de Ben Laden qui a réédité le coup avec El Quaida. Cette organisation sectaire de fanatiques a connu son apothéose, si on peut dire le 11 septembre 2001. Sous son commandement charismatique, Ben Laden a réussi avec El Quaida à se parer d’une modernité emblématique en réalisant l’impensable pour des cerveaux normaux, détruire les Twin Towers avec des avions de ligne !
Ce qui n’était qu’un fantasme de détraqué a causé deux guerres et des centaines de milliers de morts. Le fond de la chose est toujours le même, celui du vieux fou de la montagne qui dicte une loi obscurantiste et mystérieuse à des jeunes désertés par le sens commun. Aujourd’hui le Vieux de la Montagne a connu la fin que l’on sait, peu glorieuse dans une villa miteuse du Pakistan. Mais El Quaida est devenue une marque célèbre, comme les pâtes Lustucru ou les pruneaux d’Agen. Le succès prestigieux de l’ordinateur et du web démultiplie les formes de communication et de propagande et tout un chacun peut accéder à la franchise du djihad sous la marque Al Quaida. C’est ce qu’a fait le tueur de Toulouse dans sa dérive psychotique.
Toute tentative de contrôle ou de défense de la société « normale » ne fait que persuader les exaltés qu’ils ont raison et que nous sommes dans une guerre fondamentale pour leur identité, leur foi, leur vie. Dans un tel conflit construit de toutes pièces dans ces cerveaux « mécaniques », tuer n’est pas un acte contre nature, c’est au contraire un devoir sacré. A ceci près qu’il n’y a aucun courage à exécuter les impies si on ne désire pas soi-même sacrifier sa propre vie pour se rapprocher de Dieu et entrer au Paradis. Le suicide est interdit en Islam, mais il devient licite quand on se sacrifie pour le Djihad. Comprenne qui pourra.
Nous sommes en quelque sorte dans une folie ordinaire qui trouve ses obsessions dans le Coran et la Charia. Nous ne pouvons pas la considérer comme le fondement d’une guerre de civilisations qui n’aurait aucun sens. Nous devons cependant nous défendre de cette psychose sanguinaire, qui plonge ses racines dans une des trois religions du Livre, qui fait marcher une partie du monde d’aujourd’hui. Ces racines sont vénéneuses, insupportables, elles portent tort à tous les croyants de l’Islam. Dans notre pays où vivent plusieurs millions de musulmans, cela devient un devoir pour eux d’extirper les foyers toxiques et dangereux. Ce sont eux qui sont le mieux à même de lutter contre ce fléau. Il est temps qu’ils s’y mettent ouvertement, courageusement, définitivement, sauf à encourir de plus en plus les procès d’amalgame et de détestation généralisée. Les religions doivent servir à élever l’homme, pas à le rabaisser.
PS/ Une fois de plus le Président actuel instrumentalise les questions de sécurité dans ses manipulations électorales de dernière chance. Sarkozy nous aura tout infligé pour rabaisser le débat politique, en appliquant la tactique de la terre brûlée. « Après moi le déluge ! » pourvu que je gagne.
10:34 Publié dans campagne présidentielle, monde arabe, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : terrorisme, islam, djihad, el quaida, toulouse et montauban | |
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19.03.2012
Un anniversaire qui compte
Osmonde royale
Nous commémorons cette année le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie et ça m’impressionne. Avec Benjamin Stora que j’aime bien, on parle beaucoup et sereinement à la télé, du drame des pieds noirs et des ruptures des officiers de l’Armée française à cette époque. On passe en revanche très vite sur la centaine de milliers de braves gens anonymes ou pas, qui comme Stéphane Hessel, chargé à cette époque (1963-69) de la Coopération, sont restés sur place où ont rejoint le pays, à ce moment crucial du passage de la guerre à la paix. L’ayant quittée tout gamin, Stora n’est retourné en Algérie qu’en 1983. Evidemment le drame des exilés fait beaucoup plus sens dans son esprit que l’action délibérée de ceux qui voulaient tirer un trait sur les horreurs de la « pacification », cette guerre qui ne voulait pas dire son nom, et qui avaient décidé de se mobiliser pour la reconstruction, pour la fraternisation et pour la paix. Je vois quand même une petite injustice à ne jamais parler de ces Français là.
Il y a cinquante ans, j’arrivais jeune et beau à Alger, avec mon épouse à mon bras. Le 20 novembre en tirant nos valises en carton, nous débarquions du Ville d’Oran, vieux rafiot fatigué et chargé d’histoire. Les paysans normands que nous étions, découvraient le Sud, et nos étonnements avaient commencé à Marseille. Nous entrions dans un monde surprenant, plutôt dépenaillé et rieur mais souvent sale et insouciant. Mais peu nous importait, nous n’étions pas des touristes et nous ne serions jamais des touristes. Nous venions de quitter notre bonne université avec des études à peine terminées et nous allions rejoindre le pays porteur de tous les espoirs et de tous les rêves de notre adolescence révolutionnaire.
Les gens de notre génération étaient fatigués de la guerre. Le 8 mai 1945 n’avait pas effacé le souvenir des atrocités nazies ni les deuils des morts au combat ou dans les camps. Enfant, j’ai constitué avec mes premiers gribouillis un véritable arsenal, fusils, avions, chars, jeeps, bombes, canons, toute la panoplie y passait, ressemblante, vivante, vécue. Nous avions grandi dans la guerre, et nous ne connaissions le monde que par la guerre. L’Indochine n’existait que par Dien Bien Phu, l’Egypte par l’aventure du Canal de Suez, la Tunisie par l’affaire de Bizerte, l’Algérie par l'affrontement entre les fellagha des djebels et les bidasses des contingents français d’ouvriers et de paysans. Ce conflit fratricide était en réalité une guerre inique, asymétrique, horrible et cruelle, avec ses tortures et ses carnages.
J’avais seize ans en 1954 et je suis venu à la politique par horreur de la guerre, la détestation du fait colonial, et l’amour immodéré de la liberté. A vingt ans je militais pour l’Indépendance de l’Algérie et quatre ans plus tard , il y a exactement cinquante ans , je vivais les accords d’Evian comme une immense guérison . Le jeune homme que j’étais, harassé depuis toujours et sans le savoir par toutes ses contradictions psychologiques et sociales, voyait enfin l’issue de ses tourments intimes. La pensée s’était installée dans mon esprit que l’état de guerre était un état naturel, permanent, inévitable. Mes combats personnels touchaient sans que je le sache, à une sorte de névrose larvée, encombrante et déformante, qui faisaient de moi un révolté permanent.
C’est dire qu’en emménageant à Alger dans ce petit appartement du quartier des Sept Merveilles si bien nommé, à deux pas de l’Université, mon enthousiasme et ma passion me poussaient à croire que nous allions entrer dans une grande aventure d’où il ne pouvait naître qu’un monde meilleur. Ben Bella (96 ans cette année) prononçait au Forum tout proche, des discours vibrants à la gloire du peuple et de la Révolution, que nous écoutions avec ferveur. L’Algérie était un pays où les vieux disparaissaient sous des cohortes de jeunes. Les lycées et l’Université étaient pleins d’étudiantes et d’étudiants aux yeux brillants d’espérance, passionnés d’apprendre, subjugués par leur liberté nouvelle. Il n’y avait pas de place pour les petites querelles, les petits dommages personnels ou les difficultés matérielles. Nous n’avions pas un seul regard pour les ruines encore fumantes de la bibliothèque de l’Université incendiée par l’OAS. Nous ne pensions même pas qu'il fallait venger Mouloud Feraoun et ses amis abattus par les mêmes extrémistes dans un ultime déni de l'intelligence et de l'humanisme.
Nous n’avions d’ailleurs aucun regard sur le passé . Je me suis installé dans le bureau du professeur enfui, en rangeant sans état d’âme ses papiers et ses stylos épars sur la table dans un grand carton, persuadé qu’il allait revenir les chercher le lendemain ou le surlendemain. Nous ne pensions même plus aux meurtres commis quelques mois plus tôt, aux fusillades, aux bombes, aux attentats, aux exécutions sur le trottoir, en pleine rue. On faisait mine de ne pas voir les soldats français encore stationnés, ni les soldats de l’ALN nouvellement venus, buvant un café à la terrasse de l’Automatic. Tout l’attirail de guerre disparaissait dans une vague énorme d’espoir : réussir la paix. Botaniste, j’ herborisais par monts et par vaux, seul ou à deux ou trois, dans la montagne, dans la steppe, dans le désert, sans songer un seul instant à ma sécurité. Je me souviens d’avoir découvert la grande sebkha d’Oran avec un pharmacien pied noir, sur les lieux mêmes où des massacres d’Européens avaient été commis . Nous n’en parlions même pas. Nous avions une immense confiance dans l’avenir et rien que pour cet enthousiasme qui a duré quelques années, j’en remercierai la Providence jusqu’à la fin.
Vous l’avez compris, j’étais un idéaliste, mais un idéaliste actif et je me trouve encore bien heureux de compter parmi mes amis actuels des étudiants de cette époque, devenus cadres et hauts fonctionnaires, aujourd’hui à la retraite. La politique hélas, en tout cas telle que je l’entends, ne pouvait pas faire l’impasse sur la démocratie. Tout ne peut que dérailler quand les chefs petits ou grands mettent à profit leur position dominante pour rafler la mise, truquer les institutions et camoufler les informations. On tombe alors sans s’en rendre compte dans un système ridicule de dictature de Pieds Nickelés dans laquelle ceux qui commandent ne sont que des apprentis sorciers, humainement incultes. Un tel système ne peut aller que de mal en pis. J’en voulais à Cornelius Castoriadis et à ses copains de Socialisme ou Barbarie, de n’avoir rien prévu des avatars des après guerres de libération.
Le glas de mes rêves révolutionnaires a sonné un matin du 19 juin 1965. Nous étions quatre, Algériens et Français à mener un safari à l’Osmonde royale autour du lac des Oiseaux, à quelques dizaines de kilomètres de Bône, la vieille Hippone, patrie de Saint Augustin, l’ Annaba d’aujourd’hui. Nous avions un temps radieux, comme de règle en cette saison, qui nous autorisait à bivouaquer loin de la ville et des rumeurs. Ce matin là, trop passionnés par la quête de cette magnifique fougère, nous avons tout bonnement fait naufrage dans un lac de boue, dissimulé à notre land-rover par une croûte superficielle apparemment solide, mais qui a rompu comme de la glace sous notre véhicule. Le secours nous parvint en fin de journée sous forme d’un attelage de six bœufs blancs qui nous hissa hors. Le bouvier magnifique, impressionnant de calme et de dextérité, composa pour nous un tableau insolite où la vieille époque venait au secours de la modernité. Mais avant de nous quitter il nous informa de la nouvelle du jour : Boumedienne venait de s’emparer du pouvoir par un coup d’état.
Sans que j’en décide, à partir de ce jour, mes idées folles de Révolution se sont fait la malle. Je n’ai plus cru un mot de la logomachie propre à la République Démocratique et Populaire. En revanche j’ai conservé une fidélité déterminée à ce peuple qui avait si durement conquis sa liberté. J’ai gardée intacte ma foi dans le développement et le progrès humain de ses fils. Je me suis imaginé en soldat de la paix et de la marche en avant. Je pense d’ailleurs que je me vois toujours ainsi mais en moins romantique. Les mythes révolutionnaires ont laissé durablement la place à une sorte de volonté têtue et patiente, qui m’a toujours convenu, et que j’essaie de conserver et de cultiver en toute circonstance.
Mais mon histoire ne pouvait se réduire à cette conception linéaire de l’existence. Heureusement pour moi, j’étais ouvert à toutes les surprises et toutes les complexités. Mon aventure était aussi celle des grands espaces qui ont exercé sur moi l’effet d’une drogue puissante, en me poussant à l’exploration et à la découverte. J’ai appris en douceur à jouir de l’ ivresse des horizons lointains. Une ivresse faite des senteurs incandescentes des maquis méditerranéens et peinte aux couleurs brutales de l’Afrique. Une autre vie commençait, poétique, sensuelle et amoureuse, nourrie du bleu de la mer et du ciel, du rouge des terres nues, du violet cru des montagnes, du moutonnement des ergs, et de l’ondulation des nappes d’alfa sous le souffle brûlant du khamsin. A mesure que je découvrais le territoire, sa géographie et son histoire, je m’abreuvais sans cesse à ses réalités humaines, faites de pauvreté et de dignité, toujours à la hauteur de la générosité de ses femmes et de la bravoure de ses hommes. L’Algérie, terre farouche de liberté, avait commencé dès cette époque de tisser à chaque instant de ma vie un réseau de mille fibres, émotionnelles et sentimentales, qui devait m’en rendre tributaire et captif. Aujourd’hui encore, définitivement.

Photo d'époque
10:58 Publié dans histoire, monde arabe, poésie, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : algérie, indépendance, castoriadis, stéphane hessel, stora, coopération, ben bella | |
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08.03.2012
Nos amies les bêtes...

Moutons de la steppe en Algérie
La polémique sur la viande halal ou casher n’a qu’un intérêt, celui de soulever la question de la souffrance animale. Comme petit paysan ayant grandi dans un milieu où, comme beaucoup d’autres familles, nous pratiquions l’autosubsistance avec basse-cour et jardin potager, je peux témoigner que nous exercions l’abattage domestique sans complexe. Nous étions de bons catholiques mais sauf exception, la souffrance animale n’était pas tenue au rang des péchés même véniels de la panoplie ecclésiastique. Ce n’est donc pas chez les cathos que j’ai appris à ne pas faire gueuler d’épouvante le cochon gras exécuté dans l’arrière cour, ni à faire mieux que de cisailler la langue du poulet ou d’arracher l’œil du lapin. Les abattoirs de campagne étaient d’une saleté repoussante et les images de bovins maltraités dans les abattoirs ou pendant leur transport étaient et sont toujours d’une cruauté exaspérante.
Face à ses images qui ont nourri mon imaginaire depuis mon enfance, qu’en est-il des pratiques juives ou islamiques ? En ayant vécu vingt cinq ans dans un pays musulman, je ne me suis jamais posé la question de savoir si la viande était halal ou pas. Elle l’était forcément et je peux témoigner que pendant tout ce temps, où je n’ai pas fréquenté que des palaces loin de là, je n’ai eu à souffrir d’aucune Escherichia coli, comme disent les journalistes aujourd’hui. Voilà pour l’hygiène, qui dépend avant tout de la perspicacité et de l’assiduité du vétérinaire inspecteur des viandes. Mais je voudrais apporter un témoignage précis sur la souffrance animale demeuré bien clair dans ma mémoire, et qui va au delà des impressions folkloriques.
Dans les années 1970 j’ai eu l’occasion d’accompagner un ami qui faisait une thèse portant entre autres, sur les circuits d’alimentation de la ville d’Alger qui devait bien compter déjà plus d’un million d’habitants, surtout consommateurs d’ovins. A cette époque les troupeaux de moutons élevés dans la Steppe et sur les Hauts Plateaux, dont la chair est d’ailleurs délicieuse, remontaient à travers l’Atlas Tellien pour se concentrer à Boufarik à quelques dizaines de kilomètres au sud de la capitale. Les troupeaux arrivaient à pied le plus souvent, pour se présenter à l’abattage à la nuit tombée, dans des grands hangars destinés à cet effet.
Nous faisions un travail d’enquête pour essayer de dénombrer les animaux, abattus chaque jour pour alimenter la grande ville. Il y en avait plusieurs milliers qui arrivaient en grands troupeaux, par monts et par vaux, conduits par leurs bergers. Les agneaux destinés à l’abattage pénétraient dans les hangars guidés par les bergers sans plus de contrainte évidente et s’alignaient à plus de cent, serrés l’un contre l’autre la tête au dessus d’une longue rigole en faïence où l’eau courait. Les chargés d’exécution, les tueurs, probablement titulaires des obligations consacrées, assez patibulaires, habillés d’un lourd tablier de caoutchouc noir et d’un collier de couteaux bien affûtés, remontaient ces files d’un pas bien balancé en tranchant les jugulaires au passage, apparemment sans effort. Sans cris, sans agitation les animaux s’affaissaient sans avoir témoigné d’aucune souffrance. Rappelons nous que les candidats au suicide qui s’ouvrent les veines ne montrent pas davantage de panique ou de douleur.
Chacun sait que les animaux stressés ne font pas de la bonne viande. La même technique était utilisée pour les vaches et les chameaux. L’exécuteur passait à côté d’eux qui stationnaient sur l’aire carrelée, sans entrave ni bousculade et d’un couteau précis, faisait pisser le sang. L’animal ne s’en apercevait pas jusqu’à ce que quelques instants plus tard, il tombe sur les genoux et passe de vie à trépas, j’oserais dire en douceur. Ce qui m’avait frappé à l’époque c’était cette sorte de quiétude affairée, cette facilité décontractée qui faisait passer ad patres des milliers d’animaux sans qu’ils en tétanisent d’angoisse comme je l’ai vu faire dans des abattoirs dits modernes.
Le secret de cette pratique était qu’on prenait son temps et qu’on respectait les animaux dans leurs habitudes et leur instinct. Je témoigne que même dans cet endroit de violence et de cruauté on respectait la nature sans vouloir gagner du temps, des bénéfices et de l’efficacité comme aujourd’hui. Ma conviction c’est que la défense et le respect des animaux ne tiennent pas aux pratiques religieuses fussent-elles désuètes comme le pense F. FILLON, (une religion peut-elle devenir obsolète ?) mais à la part d’humanité qu’on peut projeter sur eux. Quand à ceux qui voudraient faire croire que la religion musulmane est faite d’outrance et de cruauté, en pratiquant l’amalgame avec des islamistes agités et violents dont le péché mortel et historique est d’instrumentaliser la religion à des fins de pouvoir, ils commettent un grave contre sens. L’islam vrai est au contraire une école de douceur, de sang froid et de maîtrise de soi, de laquelle j’ai souvent appris, même si je n’entends rien à la foi, qu’elle soit de cette religion ou d’une autre.
Mais pour revenir à notre propos, je pense malgré tout que l’industrialisation de l’abattage, qui pousse les animaux à la matraque électrique pour les faire entrer dans une sorte de chaîne de mort où ils finissent comme dans « L’aile ou la cuisse » broyés et stérilisés dans des boites de fer-blanc, est bien l’organisation d’une véritable terreur. Celle qui fait vraiment peur. En traitant ainsi des animaux on se prépare à n’avoir pas plus de considération pour nos frères humains. J’ose à peine y penser, mais l’ordre et la discipline germanique n’ont-ils pas déjà commis l’indicible ? C’est quand même un comble que la question soit mise sur le tapis par un Front National dont on a souvent relevé les résurgences nazies. Dans quel sens veut-on faire tourner le monde ?

La mort du cochon, fusain et pastel de François Millet (vers 1867)
17:02 Publié dans campagne présidentielle, monde arabe, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : halal, casher, islam, front national, guéant, sarko | |
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05.03.2012
Est-ce que la droite bouge encore ?

Le doute s'installe...
Dans leur panique électorale, les hussards de l’UMP ont donné un cours très violent à la campagne. On pilonne sans relâche le candidat du PS dans l’espoir de lui faire lâcher prise dans les sondages. Sous la houlette du petit coq usé de l’Elysée, Copé, Fillon, Baroin, Juppé, s’y adonnent à plein temps, avec un tel excès que cela finit par faire sourire les interviewers qui n’arrivent pas à obtenir d’autres réponses que du rabâchage anti-Hollande.
Je voudrais quand même prévenir ces chiens de garde du sarkozysme qu’en insultant FH, ils insultent également les 60% de Français qui se déclarent prêts à voter pour lui . Plus encore ils se font des ennemis déclarés des trois millions de sympathisants qui l’ont choisi aux primaires et ils renforcent la rage et la détermination des 200 000 militants du PS, indignés de voir ainsi traité leur champion. Il faut beaucoup de sagesse et de sang-froid à tout ce petit monde socialiste ou simplement humaniste pour accepter sans broncher ces méthodes de voyous. Des méthodes qui sont tout à fait en contradiction avec notre philosophie politique et morale.
On en a vu un premier résultat à Bayonne où le candidat sortant a du faire face à la vindicte d’une foule qui m’a paru laisser percer quelque chose comme de l’emportement agressif. A défaut d’approuver, car je suis d’évidence un non-violent, il faut bien admettre que les mots guerriers entraînent des gestes excessifs et je ne saurais trop conseiller à Sarko et à Guéant de se calmer si ils veulent poursuivre leur campagne sans histoires. Nos concitoyens ont justement choisi FH pour sa placidité, sa bonhomie et son humour. Je suis persuadé qu’ils n’approuvent pas l’énervement actuel et l’excitation verbale des leaders de l’UMP, qui laissent ainsi percer quelque chose qui ressemble à de la panique. Tout ce qui est excessif est dérisoire.
Sans risquer beaucoup de me tromper, je peux prédire en conséquence que le candidat sortant va encore chuter dans les sondages cette semaine. La femme Le Pen l’a bien compris qui, par contraste et pour la première fois dans notre pays, donne de l’extrême droite une belle image de jeunesse et d’équilibre. Du même coup les vieilles haines recuites de l’étranger, surtout arabe, semblent passer comme par miracle dans le camp de l’UMP. Honte aux soi-disants héritiers du gaullisme, honte à Fillon, honte à Juppé, honte à MAM, la débile de Biarritz. Entre Guéant et Marine, je préfère Marine, clame le bof. On le comprend. Moi même qui n’ai jamais nourri la moindre tolérance au FN, je supporte mieux le discours de la belle blonde à la télé qui a au moins le mérite de la sincérité, que celui des leaders du sarkozysme qui sont devenus exaspérants par leur fausseté et leur duplicité assumées. Voilà visiblement beaucoup d’eau (saumâtre) apportée au moulin de la dédiabolisation frontiste !
Que dire alors de Mme Bismarck et de ses collègues européens conservateurs ? Est-ce qu’ils se rendent compte qu’ils sont en train de nourrir l’hostilité de la majorité des Français à leur endroit ? Sont-ils à ce point aveuglés par leurs visions partisanes qu’ils ne puissent concevoir qu’ils jouent un mauvais coup à l’Europe ? Car enfin, même s’il est de bon ton de nier les sondages, ils devraient savoir que pour le moment François Hollande bénéficie de l’adhésion de la majorité des Français. En lui faisant le coup du mépris ces conservateurs allemands, espagnols ou anglais, voire italiens, insultent tout bonnement vingt millions de Français au moins. Voilà qui augure bien mal des explications politiques à venir à Bruxelles ou à Strasbourg. Ils peuvent rendre grâce à la placidité de FH, qui du même coup semble le seul capable de se hisser au niveau de responsabilité d’un véritable homme d’Etat.
Dans leur rage électorale les gens de la droite sarkozyste refusent l’évidence et préfèrent utiliser l’outrance, l’amalgame, la déformation des propos ou le mensonge pur et simple. Ce faisant, ils manquent du respect le plus élémentaire envers ceux qui ne pensent pas comme eux…Je ne vois pas dans ces conditions qu’ils aient quelque chance d’en convaincre parmi eux de changer de camp. Ils ne peuvent que faire plaisir aux 25% qui constituent leur base électorale. A mesure que l’espoir de vaincre s’évapore, il va devenir de plus en plus difficile d’entretenir leur détermination, même celle des plus convaincus. J’en vois plus d’un qui se prépare à céder aux forces centrifuges. Cette semaine nous allons assister à un début de sauve-qui-peut général.
18:13 Publié dans campagne présidentielle, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |
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