13.04.2012
La confiance

Edgar Degas : Les blanchisseuses
J’entends ici ou là que la campagne électorale n’est pas intéressante et ne répond pas aux attentes de nos compatriotes. Ce qui ne se confirme pas vraiment dans les sondages, mais bon, c’est une critique qui revient à chaque campagne. Dans un débat politique on trouve d’abord ce qu’on y apporte soi-même, en convictions, en volonté d’écouter et de comprendre, en respect des adversaires. Il y a d’évidence un Président sortant qui ne s’embarrasse pas trop de tout cela. Avec des conseillers peut-être brillants mais venus de l’extrême droite, il a décidé de faire de l’enjeu politique une bataille à couteaux tirés.
C’est ce que j’appelle la politique de la terre brûlée.
Tout vaut mieux pour lui en effet, que de parler de son bilan qui reste en travers de la gorge de beaucoup d’électeurs. Avec cette manie de désigner des corporations ou des groupes sociaux, voire ethniques ou religieux à la vindicte, il a atomisé une société aujourd’hui complètement déboussolée. Il n’y avait pas besoin de ça. Rien de tel pour mettre un pays en panne. Chacun se méfie de l’autre, le patron des ouvriers, les gaulois des arabes, les agriculteurs des écolos, les artisans et les commerçants des profiteurs sociaux, les professions libérales des fonctionnaires, les atomistes des antinucléaires, et ainsi de suite, la liste reste ouverte... Pour celui qui n’est pas convaincu, il lui suffit de tendre l’oreille au zinc de son bistrot favori, ou bien d’écouter les bofs au marché local.
C’est un jeu à somme vraiment nulle !
Car enfin, si je comprends quelque chose de commun à tous les candidats, c’est qu’il est urgent de se retrousser les manches. La dette publique a explosé et nous devons la rembourser. On peut dire chez les radicaux de gauche et de droite qu’on en a rien à fiche. Malheureusement, les gens qui décident de notre destin aujourd’hui sont une bande de sales gamins bien payés, les fameux traders, qui peuvent nous précipiter aux enfers financiers d’un simple clic, tout en continuant à faire fortune.
Il n’y a pas de parade à court terme.
On va devoir augmenter les impôts, racler les fonds de tiroirs, réduire les dépenses… mais nous avons la preuve avec la Grèce et l’Espagne, que cela est insuffisant. En asséchant les fonds publics on freine l’investissement et on arrête la croissance. Au lieu de s’en sortir, on s’enfonce. Pour apurer nos déficits, il faut que notre économie fonctionne, que nous produisions des plus values, des excédents commerciaux, il faut que le chômage régresse, que les investissements repartent. Il faut que les taxes rentrent dans les caisses de l’Etat pour qu’on cesse d’emprunter. Tous les acteurs économiques sont concernés : agriculteurs, entrepreneurs, banquiers et investisseurs, employés et cadres, ouvriers et fonctionnaires. Nous devons fournir tous un effort de rigueur, de patience, de volonté têtue. Il n’est pas question de chacun pour soi, il s’agit d’une entreprise collective, justement répartie.
Seul un effort de justice sociale peut redonner la confiance.
Pour qu’il en soit ainsi, il faut que le corps social se réconcilie avec lui même et cesse ses batailles internes de jalousies et de haines. Les hyper riches ont le devoir d’adhérer et de faire un mea-culpa au moins symbolique, sauf à scier la branche du consensus sur laquelle ils sont assis. Les évadés fiscaux qui sont souvent les mêmes, vont devoir reconnaître que la nationalité française se paye d’un sentiment de solidarité avec leurs concitoyens. Il faut que les paradis fiscaux, qui abritent toutes les grivèleries de la haute, perdent leur impunité, comme doivent cesser également les abus sociaux , les fraudes à la sécu, les tricheries aux assédic, le travail au noir .
Tout ceci ne peut-être atteint que par un mouvement d’équité qui place le civisme au cœur de tout.
Nous autres les Français, et Sarkozy est un champion, considérons trop souvent la débrouille et les petits profits illicites, voire les grosses embrouilles, comme une façon d’être plus intelligent que les autres, d'être plus forts et plus malins. Gagner plus d’argent que les autres, sans être trop regardant sur les moyens, c’est la philosophie bling-bling portée au plus haut par l’actuel Président. Malheureusement c’est la philosophie du bof, vulgaire, sans intérêt véritable, dépourvue d'avenir. Il suffit d’en considérer les effets sur la taille des yachts, la puissance des voitures, la dimension des diamants, la rareté des fourrures et la longueur de jambes des gonzesses, toutes sortes de luxes qui n’ont rien à voir avec ce qu’un être humain de notre temps réclame pour vivre heureux.
La civilisation hyper matérielle est une sorte de bêtise humaine qui frappe les gens dont on dit et c’est bien vrai, qu’ils ont des couilles en or. Ce que je ne pourrai jamais considérer comme un avantage absolu.
Les véritables richesses sont intellectuelles, artistiques et morales. Les gens qui ont marqué l’histoire de notre civilisation sont les poètes, les philosophes, les écrivains, les peintres, les musiciens, les inventeurs, les découvreurs et tous ces créateurs des œuvres de l’esprit qui font avancer le monde. Christophe Colomb est mort sans un radis. On ne devrait donc pas avoir trop de scrupules à brimer quelque peu ces déboussolés de la finance et des affaires qui confondent leur niveau de prévalence sociale avec la hauteur des biens qu’ils possèdent. Contrôler les branches gourmandes de notre arbre sociétal ne veut pas dire que nous devons entrer dans la décroissance et la paupérisation, bien au contraire. Il faut seulement tenter de rétablir un équilibre en remettant au goût du jour des valeurs moins matérialistes, plus morales et plus civiques. On peut obtenir cela par les média, par les journaux, par la culture. C’est un nouvel état d’esprit qu’il faut instaurer. Les Tapie, ça suffit, d’ailleurs je trouve à ce gros malin, un air de plus en plus ringard et totalement has been. On réussit assez bien à lutter contre le racisme et la violence, pourquoi ne pas tenter de discréditer l’hyper matérialisme ?
Je ne suis pas curé, je suis seulement un homme comme les autres.
Ce n’est donc pas Sarkozy qui peut faire le bonheur de la conjoncture actuelle. Qu’il aille donc, comme il le proclame tenter de faire de l’argent chez Bouygues ou chez Bolloré, si il en est capable, ce qui n’est pas non plus d’une totale évidence. Les entreprises ont souvent davantage besoin de paix sociale que de pugilats internes. Voyez Gallois chez Airbus. Exactement comme notre pays, qui lui aussi, a besoin d’être rassuré et rassemblé, comme le proclame François Hollande depuis le début. Notre pays a soif de justice, de cohérence et de planification dans l’effort. Ce n'est pas Anne Lauvergeon que j'ai entendue ce matin qui va me contredire. Il ne s’agit pas de faire des coups qui font la une à court terme et qui sont aussi vite oubliés ou démentis. Nos problèmes de dette ne pourront être résolus que par la rigueur budgétaire et la croissance économique. Ces objectifs ne peuvent être atteints qu’en rassemblant les forces vives du pays dans la justice et la solidarité. A ce moment là seulement, nous verrons revenir la confiance dans l’avenir.
François Hollande, c’est une affaire entendue aujourd'hui, est le seul, à ce moment présent de la campagne présidentielle, à être capable de conduire ce mouvement de résurrection économique, intellectuel et moral. Pour ma plus grande joie, les sondages de ce matin sont très prometteurs !
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05.04.2012
Plaidoyer pour tous les enfants du monde

Chagall- Le cirque
Avertissement
Mercredi 11 avril Bernard Cazeneuve animera un meeting
de soutien à François Hollande,
à la salle des Moulins de Morsalines, à 20h30
Je me plais à rappeler que j’ai choisi François Hollande dès qu’il a indiqué qu’il serait candidat. Tout autant que le Président sortant me révulse par ses rodomontades, ses vantardises et sa passion de la réussite narcissique, tout autant je me trouve en accord avec la discrétion, l’humour et la simplicité du candidat socialiste. Je ne suis pas du genre à éplucher les programmes pour y dénicher les détails porteurs de contradictions ou d’ à-peu-près, voire des omissions qui pourraient mériter la critique . Je sais trop bien que tout cela peut être remis en cause, reporté ou raboté et modifié par la conjoncture, par les rapports de force internes, par les évènements internationaux et même par l’état de confiance ou d’anxiété de l’opinion. Je m’en remets donc à François Hollande et à son équipe pour le corpus de son projet car je sais qu’il est inspiré de notre philosophie socialiste, laquelle installe au centre de tout, la justice sociale et le progrès humain.
Malgré tout je suis particulièrement accroc à ce que notre lider maximo a désigné comme la priorité des priorités : une politique de la jeunesse. Je suis un vieux militant socialiste mais je suis aussi un (presque trop) vieux papie enthousiaste. Rien ne me transporte plus de bonheur que le regard des enfants qui portent sur le monde une lumière d’espoir sans pareille. Ils ont tout à apprendre, tout à expérimenter, tout à découvrir et j’éprouve souvent un vertige passionné à imaginer ce que ces hommes où ces femmes en devenir vont offrir au monde de demain. Je vois bien dans ma petite troupe toute la diversité des talents, toute la panoplie des aptitudes, tout l’éventail des envies qui font qu’aucun enfant n’est semblable à un autre et que dans chacun il y a une réussite, un petit trésor pour l’humanité future. On parle de la pureté des enfants, ce n’est pas cela, ce qu’on voit en réalité, c’est le diamant de la force neuve, qui ne fait aucune place à la résignation, à la compromission, à l’abaissement , à la prudence, qui s’installent souvent avec les années accumulées.
Je parle de mes petits enfants parce que j’ai le bonheur de les voir grandir, progresser, muer, se transformer et sans doute réussir, mais je vous jure que j’éprouve la même émotion avec tous les visages enfantins connus et inconnus que je croise. Je mesure avec émerveillement la profondeur de toutes les chaînes de générations qui nous rattachent aux vieilles origines et qui nous transportent vers le futur. Et je mesure encore mieux les crimes contre nature qui tuent ou qui blessent, qui affament ou qui mettent en esclavage tous ces maillons de la réussite humaine. L’idée de placer la jeunesse au cœur de tout, est le fondement de l’altruisme, c’est à dire de l’espoir de progrès qui est chevillé au cœur de toute femme ou de tout homme.
Je vois partout que la vie est dure, que le chômage est galopant, que la misère rôde et que pour beaucoup, le minimum de confort n’est pas au rendez vous. Certains accusent la mondialisation, cette confrontation de nos états démocratiques et policés avec les pays émergents, devenus les ateliers du monde low-costs, qui mettent en danger nos emplois et notre bien-être. C’est certain, et pourtant il faut bien que les petits brésiliens ou les petits chinois, indiens, bengalis, s’en sortent, et après eux aussi tous les petits affamés du continent africain. Notre seule chance, pour nous sauver et sauver le monde, c’est que nous puissions apporter une plus value d’intelligence, un supplément de créativité et un trop plein d’imagination, que ces pays émergents dans l’urgence, ont moins le temps de concocter. Les vrais bonus sont ceux de l’invention et de la pertinence, pas les accumulations dérisoires de millions de dollars grattés sur le dos des gens qui travaillent.
L’enjeu de la jeunesse va bien au de là d’un enjeu électoral c’est un enjeu de civilisation. Je comprends mieux Vincent Peillon qui répète souvent que nous sommes dans une phase d’abaissement de la France. Un abaissement qui résulte de l’incapacité de mesurer à sa juste valeur l’investissement que nous devons à notre jeunesse, à son éducation, à sa santé, à son instruction, à sa formation. Nos jeunes doivent se saisir de tous les savoirs, de toutes les philosophies, de tous les arts et de toutes les cultures. Dans leurs cerveaux en ébullition, c’est l’addition qui préside avec la confrontation, la comparaison, la mise en perspective, ce n’est pas la sélection, pas la ségrégation, pas la discrimination, issus de jugements de valeur sortis de je ne sais quel ordre social qu’on veut faire domliner et maintenir. Là où la droite se hérisse parce qu’elle a peur des autres, nous gens de gauches devons être au contraire dans la synergie et la symbiose. A l’aune de ce qui se joue ici, les attaques dont sont l’objet les enseignants qu’on essaye de réduire à l’appât du gain, participent d’une vraie déconstruction de l’idéal civique de l’éducation.
Donner à nos enfants la joie de vivre et le bonheur d’apprendre ne sont pas des tâches vulgaires, elles sont au contraire d’une grande exigence et d’une grande noblesse intellectuelles et morales. Toutes les mesures qui rendent la tâche plus difficile à nos professeurs et qui leur dénient la dignité de leur rôle social et civique sont des crimes contre le futur. En accordant la priorité des priorités à l’éducation et la formation de la jeunesse, François Hollande renoue avec les pères fondateurs de la République, avec Jules Ferry, avec Jaurès, avec Mendès France. Je vais voter pour lui des deux mains, pour tous les miens, pour tous les vôtres, et pour tous les enfants de France et de Navarre.
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31.03.2012
Orange mécanique à l'orientale

Salvador Dali , Enfant géopolitique observant la naissance
d'un monde nouveau
Evidemment ce n’est pas du cinéma et je plains les malheureux parents qui ont du vivre la mort brutale et injuste de leurs enfants, petits et grands. Il reste malgré tout que la photo du jeune tueur diffusée sur tous les écrans qui nous le présente avec son rire insouciant et son regard conquérant, m’a fait penser à un remake du film de Kubrick, au début duquel Alex et sa bande se livrent aux pires exactions avec délectation. Malheureusement les djihadistes ont une conception du redressement des consciences bien différente de celle de Burgess. Le salut pour ces « fous de Dieu » est dans l’assassinat des mécréants et des infidèles qui vous ouvre toutes grandes les portes du Paradis. Il n’est pas dans l’interdit du mal, il est au contraire dans le permis de tuer. Le meurtre halal en quelque sorte.
J’ai pu voir les images et les dialogues enregistrés par Mohamed Sifaoui lors d’une infiltration dans un groupe de ces illuminés. Ces types se promènent dans nos rues comme dans un zoo et sont arrivés à se convaincre que leur ignorance de la vraie religion faisait de nos citoyens des impies dégoûtants méritant cent fois le mépris et la mort. On peut sans doute faire la part de la provocation et de l’outrance militantes, mais on reste quand même interloqué devant tant de violence. On se trouve en pleine légende moyenâgeuse, celle du Vieux de la Montagne qui promet le Paradis (à grand renfort de haschich) aux Assassins qu’il envoie à ses ennemis pour leur faire la peau. Des tueurs à gages bénis et rétribués par Allah en quelque sorte. La version moderne est celle de Ben Laden qui a réédité le coup avec El Quaida. Cette organisation sectaire de fanatiques a connu son apothéose, si on peut dire le 11 septembre 2001. Sous son commandement charismatique, Ben Laden a réussi avec El Quaida à se parer d’une modernité emblématique en réalisant l’impensable pour des cerveaux normaux, détruire les Twin Towers avec des avions de ligne !
Ce qui n’était qu’un fantasme de détraqué a causé deux guerres et des centaines de milliers de morts. Le fond de la chose est toujours le même, celui du vieux fou de la montagne qui dicte une loi obscurantiste et mystérieuse à des jeunes désertés par le sens commun. Aujourd’hui le Vieux de la Montagne a connu la fin que l’on sait, peu glorieuse dans une villa miteuse du Pakistan. Mais El Quaida est devenue une marque célèbre, comme les pâtes Lustucru ou les pruneaux d’Agen. Le succès prestigieux de l’ordinateur et du web démultiplie les formes de communication et de propagande et tout un chacun peut accéder à la franchise du djihad sous la marque Al Quaida. C’est ce qu’a fait le tueur de Toulouse dans sa dérive psychotique.
Toute tentative de contrôle ou de défense de la société « normale » ne fait que persuader les exaltés qu’ils ont raison et que nous sommes dans une guerre fondamentale pour leur identité, leur foi, leur vie. Dans un tel conflit construit de toutes pièces dans ces cerveaux « mécaniques », tuer n’est pas un acte contre nature, c’est au contraire un devoir sacré. A ceci près qu’il n’y a aucun courage à exécuter les impies si on ne désire pas soi-même sacrifier sa propre vie pour se rapprocher de Dieu et entrer au Paradis. Le suicide est interdit en Islam, mais il devient licite quand on se sacrifie pour le Djihad. Comprenne qui pourra.
Nous sommes en quelque sorte dans une folie ordinaire qui trouve ses obsessions dans le Coran et la Charia. Nous ne pouvons pas la considérer comme le fondement d’une guerre de civilisations qui n’aurait aucun sens. Nous devons cependant nous défendre de cette psychose sanguinaire, qui plonge ses racines dans une des trois religions du Livre, qui fait marcher une partie du monde d’aujourd’hui. Ces racines sont vénéneuses, insupportables, elles portent tort à tous les croyants de l’Islam. Dans notre pays où vivent plusieurs millions de musulmans, cela devient un devoir pour eux d’extirper les foyers toxiques et dangereux. Ce sont eux qui sont le mieux à même de lutter contre ce fléau. Il est temps qu’ils s’y mettent ouvertement, courageusement, définitivement, sauf à encourir de plus en plus les procès d’amalgame et de détestation généralisée. Les religions doivent servir à élever l’homme, pas à le rabaisser.
PS/ Une fois de plus le Président actuel instrumentalise les questions de sécurité dans ses manipulations électorales de dernière chance. Sarkozy nous aura tout infligé pour rabaisser le débat politique, en appliquant la tactique de la terre brûlée. « Après moi le déluge ! » pourvu que je gagne.
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24.03.2012
Battre la campagne

Le semeur , Van Gogh, 1880
J’entends dire que les gens se désintéressent de la campagne des présidentielles, qu’ils n’y trouvent pas de réponses à leurs questions ni de solutions à leurs problèmes. Souvenons nous de 2007 quand on confrontait les candidats avec des électeurs témoins : la plupart d’entre eux abordaient la politique par la lunette étroite de leur cas personnel. L’un était handicapé,l’autre au chômage, le troisième en faillite et chacun venait témoigner à la télé comme devant un étal de supermarché pour faire ses courses. C’est une tendance lourde chez nos concitoyens dépolitisés que de rendre le gouvernement, donc le candidat, responsable de tous leurs avatars particuliers. L’attitude consumériste déployée jusqu’au choix politique consiste à apporter sa voix au plus offrant. Méfions nous de ces gens qui ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, car ils ne cherchent pas l’intérêt général, celui de leur pays , celui de l’avenir. Ils cherchent la satisfaction au plus vite de leurs propres difficultés, pas toujours exemplaires et pas vraiment significatives . La somme des intérêts particuliers ne fait pas une ambition collective.
L’autre brouillage est orchestré par certains candidats. « Je suis le bruit et la fureur » dit Mélanchon. Je trouve la phrase très belle et bien timbrée mais politiquement nulle. La méthode est largement appliquée par la femme Le Pen et par le candidat sortant. On adore à droite tordre le bras à la vérité pour détruire l’adversaire. Il suffit de voir Copé à l’œuvre mentant sans vergogne sur les positions de Hollande concernant le nucléaire ou le quotient familial. Dans le même temps Sarko a le culot d'accuser Hollande de mensonge, de cynisme, d’indécision, …etc. Les insultes pleuvent et comme on dit dans les réunions politiques, plus c’est gros plus ça passe. C’est le carpet bombing , repris en chœur par les journalistes aux narines palpitantes. Ces candidats indélicats raisonnent ( et résonnent) comme des grosses marmites vides qu’ils frappent très fort avec une grande louche, pour faire le plus de bruit possible, non pour être compris, mais pour être bien certains qu’on les entend partout, jusqu’au fond de la France. L’objectif est d’étouffer la voix de son adversaire et si possible de l’énerver pour lui faire perdre ses moyens. Je sais gré à François Hollande de refuser les anathèmes et les insultes et de conserver avec le plus grand calme sa dignité et sa cohérence.
Le plus étrange dans tout cela est le comportement de nos stars des médias dont le principal souci est de frapper un coup à droite et un coup à gauche (enfin pas toujours, ça dépend de la clientèle cf. Le Figaro) pour avoir un maximum d’audience des deux bords. Ils ont besoin de vendre leur copie et d’assurer la bonne fortune de la chaîne ou du journal qui les emploie. Leurs analyses sont à géométrie variable pour ne pas mécontenter leur part de marché. Les candidats peuvent donc se livrer à toutes les outrances, à tous les mensonges, à tous les amalgames sans risquer de vrais retours de flamme. Bayrou répète depuis le début qu’il ne va ni à droite, ni à gauche, à chaque intervention, mille fois, cent mille fois et il ne trouve personne pour lui dire que son programme électoral est manifestement trop court ? Sarkozy et l’UMP manient l’insulte et pilonnent François Hollande sans arrêt, et personne dans les grands media n’ ose dire : « Basta ! ce n’est pas le débat que nous voulons !!! »
Le vrai populisme c’est celui qui fait du marketing politique et du bombing, et comme par hasard ces deux termes nous viennent d’outre Atlantique. Les USA ne nous donnent pas vraiment l’exemple de la finesse dans les bagarres électorales qui se déroulent là bas à coups de millions de dollars. Sarko, dépourvu de vision à long terme, mais doué d’une capacité de réaction sans limites, seraient-elles de simple décence, est véritablement à son aise dans ce pugilat de cours d’école. Le pari de François Hollande c’est que les badauds ébahis ne peuvent se satisfaire d’un pareil spectacle. Il est convaincu comme bien d’autres citoyens attachés à la noblesse de l’action politique que son véritable rôle est avant tout pédagogique et que sa mission est de convaincre, sûrement pas de flatter les instincts les moins nobles des électeurs.
Avez vous remarqué lors d’un accident de la route ou d’une catastrophe naturelle, comment les bof vont s’agglutiner pour jouir du spectacle ? Nous voyons la même attitude en campagne électorale, les analphabètes de la pensée comptent les coups, mesurent les litres de sang répandu, dénombrent les morts et frétillent à la vue des cadavres. Les candidats et les commentateurs qui flattent ces instincts là, feront toujours l’objet de ma désapprobation et de mon hostilité, car ils préfèrent leur victoire personnelle et leur ego au progrès de la France et des Français.
Les enjeux électoraux n’ont rien à voir avec les joutes sportives. Dans une course de vélos c’est le plus tonique qui gagne, il est d’ailleurs souvent dopé. Les débats politiques sont plutôt affaire d’intellectuels ayant l’esprit bien charpenté et s’investissant dans une vision globale du monde. La gestion des affaires du pays sur le moyen et le long terme nécessite une conception approfondie de l’état des nations et des enjeux historiques qui président à leur destin. Sarko à une capacité aigue de réagir aux évènements mais n’a aucune idée globale. Les projets de François Hollande s’inscrivent au contraire dans une vision humaniste de la nation et des citoyens impliquant toujours en arrière plan, une action sur la durée. A nous de choisir entre les satisfactions immédiates et gratifiantes promises aux plus dégourdis et la restauration patiente d’un ordre juste dans une société qui évolue vers le mieux vivre, pour tous les citoyens.
Les assassinats odieux du Sud-Ouest ont inscrit des points sanglants de suspension dans la bataille politique. Je reviendrai sûrement sur la triste odyssée du tueur fou enfermé dans le labyrinthe de son djihadisme dément. A bien des égards le tueur est à ranger avec beaucoup d’autres, comme le fou de Norvège ou le soldat américain de Kandahar. Les faits ont une coloration politique parce qu’ils s’inscrivent dans la mouvance de l’islamisme obscurantiste, mais ils sont également le résultat d’une dérive sectaire d’esprits désertés par la raison, qui autorise à les classer dans les faits divers. Je crois bien que nos compatriotes ont bien compris cela en ne cédant pas à la panique ni à l’amalgame ni à l’hystérie sécuritaire.
En terminant cette chronique je me dis que nos leaders politiques devraient plus que jamais s’astreindre à donner l’exemple du respect des personnes et de la sérénité des esprits. Nos candidats électoraux doivent s’employer à refuser les excès de langage et s’interdire la vulgarité qui envahit nos écrans sous bien des formes. Ils ne devraient jamais se départir du respect d’autrui et au moins savoir s’écouter. Plus que jamais l’exemple doit venir d’en haut . J’en voudrai toujours au misérable Président Sarkozy d’avoir rabaissé sa fonction présidentielle au niveau détestable des pugilats de quartier. Qu’il soit encore soutenu par des personnes éminentes de notre société, voire par des dirigeants de la jet set bon chic bon genre, en dit long sur le degré de civisme de ces gens là. N’est-ce pas Dame Chirac qui habitez les beaux quartiers et qui tenez tant à votre image de respectabilité ? Ces belles personnes habituées à parader dans les défilés de mode, ne voient donc pas qu’elles sèment et légitiment d’aristocratique manière l’imbécile exemple de la loi du plus fort, comme dans une bande, comme dans un gang, comme dans une mafia ?
17:40 Publié dans Actuelles, campagne présidentielle, monde arabe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarko, toulouse, pugilat, abaissement de la république, françois hollande | |
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08.03.2012
Nos amies les bêtes...

Moutons de la steppe en Algérie
La polémique sur la viande halal ou casher n’a qu’un intérêt, celui de soulever la question de la souffrance animale. Comme petit paysan ayant grandi dans un milieu où, comme beaucoup d’autres familles, nous pratiquions l’autosubsistance avec basse-cour et jardin potager, je peux témoigner que nous exercions l’abattage domestique sans complexe. Nous étions de bons catholiques mais sauf exception, la souffrance animale n’était pas tenue au rang des péchés même véniels de la panoplie ecclésiastique. Ce n’est donc pas chez les cathos que j’ai appris à ne pas faire gueuler d’épouvante le cochon gras exécuté dans l’arrière cour, ni à faire mieux que de cisailler la langue du poulet ou d’arracher l’œil du lapin. Les abattoirs de campagne étaient d’une saleté repoussante et les images de bovins maltraités dans les abattoirs ou pendant leur transport étaient et sont toujours d’une cruauté exaspérante.
Face à ses images qui ont nourri mon imaginaire depuis mon enfance, qu’en est-il des pratiques juives ou islamiques ? En ayant vécu vingt cinq ans dans un pays musulman, je ne me suis jamais posé la question de savoir si la viande était halal ou pas. Elle l’était forcément et je peux témoigner que pendant tout ce temps, où je n’ai pas fréquenté que des palaces loin de là, je n’ai eu à souffrir d’aucune Escherichia coli, comme disent les journalistes aujourd’hui. Voilà pour l’hygiène, qui dépend avant tout de la perspicacité et de l’assiduité du vétérinaire inspecteur des viandes. Mais je voudrais apporter un témoignage précis sur la souffrance animale demeuré bien clair dans ma mémoire, et qui va au delà des impressions folkloriques.
Dans les années 1970 j’ai eu l’occasion d’accompagner un ami qui faisait une thèse portant entre autres, sur les circuits d’alimentation de la ville d’Alger qui devait bien compter déjà plus d’un million d’habitants, surtout consommateurs d’ovins. A cette époque les troupeaux de moutons élevés dans la Steppe et sur les Hauts Plateaux, dont la chair est d’ailleurs délicieuse, remontaient à travers l’Atlas Tellien pour se concentrer à Boufarik à quelques dizaines de kilomètres au sud de la capitale. Les troupeaux arrivaient à pied le plus souvent, pour se présenter à l’abattage à la nuit tombée, dans des grands hangars destinés à cet effet.
Nous faisions un travail d’enquête pour essayer de dénombrer les animaux, abattus chaque jour pour alimenter la grande ville. Il y en avait plusieurs milliers qui arrivaient en grands troupeaux, par monts et par vaux, conduits par leurs bergers. Les agneaux destinés à l’abattage pénétraient dans les hangars guidés par les bergers sans plus de contrainte évidente et s’alignaient à plus de cent, serrés l’un contre l’autre la tête au dessus d’une longue rigole en faïence où l’eau courait. Les chargés d’exécution, les tueurs, probablement titulaires des obligations consacrées, assez patibulaires, habillés d’un lourd tablier de caoutchouc noir et d’un collier de couteaux bien affûtés, remontaient ces files d’un pas bien balancé en tranchant les jugulaires au passage, apparemment sans effort. Sans cris, sans agitation les animaux s’affaissaient sans avoir témoigné d’aucune souffrance. Rappelons nous que les candidats au suicide qui s’ouvrent les veines ne montrent pas davantage de panique ou de douleur.
Chacun sait que les animaux stressés ne font pas de la bonne viande. La même technique était utilisée pour les vaches et les chameaux. L’exécuteur passait à côté d’eux qui stationnaient sur l’aire carrelée, sans entrave ni bousculade et d’un couteau précis, faisait pisser le sang. L’animal ne s’en apercevait pas jusqu’à ce que quelques instants plus tard, il tombe sur les genoux et passe de vie à trépas, j’oserais dire en douceur. Ce qui m’avait frappé à l’époque c’était cette sorte de quiétude affairée, cette facilité décontractée qui faisait passer ad patres des milliers d’animaux sans qu’ils en tétanisent d’angoisse comme je l’ai vu faire dans des abattoirs dits modernes.
Le secret de cette pratique était qu’on prenait son temps et qu’on respectait les animaux dans leurs habitudes et leur instinct. Je témoigne que même dans cet endroit de violence et de cruauté on respectait la nature sans vouloir gagner du temps, des bénéfices et de l’efficacité comme aujourd’hui. Ma conviction c’est que la défense et le respect des animaux ne tiennent pas aux pratiques religieuses fussent-elles désuètes comme le pense F. FILLON, (une religion peut-elle devenir obsolète ?) mais à la part d’humanité qu’on peut projeter sur eux. Quand à ceux qui voudraient faire croire que la religion musulmane est faite d’outrance et de cruauté, en pratiquant l’amalgame avec des islamistes agités et violents dont le péché mortel et historique est d’instrumentaliser la religion à des fins de pouvoir, ils commettent un grave contre sens. L’islam vrai est au contraire une école de douceur, de sang froid et de maîtrise de soi, de laquelle j’ai souvent appris, même si je n’entends rien à la foi, qu’elle soit de cette religion ou d’une autre.
Mais pour revenir à notre propos, je pense malgré tout que l’industrialisation de l’abattage, qui pousse les animaux à la matraque électrique pour les faire entrer dans une sorte de chaîne de mort où ils finissent comme dans « L’aile ou la cuisse » broyés et stérilisés dans des boites de fer-blanc, est bien l’organisation d’une véritable terreur. Celle qui fait vraiment peur. En traitant ainsi des animaux on se prépare à n’avoir pas plus de considération pour nos frères humains. J’ose à peine y penser, mais l’ordre et la discipline germanique n’ont-ils pas déjà commis l’indicible ? C’est quand même un comble que la question soit mise sur le tapis par un Front National dont on a souvent relevé les résurgences nazies. Dans quel sens veut-on faire tourner le monde ?

La mort du cochon, fusain et pastel de François Millet (vers 1867)
17:02 Publié dans campagne présidentielle, monde arabe, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : halal, casher, islam, front national, guéant, sarko | |
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