26.02.2012
Du Panthéon au Fouquet's

Le 21 mai 1981 François Mitterrand est allé s’incliner sur les tombes de Victor Schoelcher, de Jean Jaurès et de Jean Moulin. Par cette cérémonie filmée et passée en boucle afin que nul n’en ignore, le Président nouvellement élu reliait clairement son futur septennat aux grands hommes de la nation et aux idées phares qui ont honoré notre République. On peut contester certains aspects de la politique mitterrandienne, en particulier lors de son second mandat, mais on ne peut lui nier sa constante dignité et une forme de grandeur, allant dans le droit fil de l’épopée gaullienne, quoiqu’en aient pensé les gens de gauche de l’époque. Le Président Miterrand était un homme de culture, ce qui le mettait à l'abri des contre sens ridicules qu'on connaît aujourd'hui.
En 2007 Nicolas Sarkozy ne s’est posé aucune question sur son triomphe personnel. Il ne se trouvait redevable à personne de sa victoire, en tout cas pas aux grands hommes de notre histoire. Ceux là sont morts et enterrés et ne pèsent rien dans sa panoplie du pouvoir. Sa victoire, il la devait à ses puissants soutiens et à ses amis proches. Il a choisi de les remercier de la manière la plus vulgaire qui soit en leur offrant le casse-croûte, pas dans un temple de la gastronomie française ou un lieu historique qui aurait pu conférer une dignité particulière à la cérémonie, non, dans la brasserie de son copain Desseigne (groupe Lucien Barrière), le Fouquet’s des Champs Elysées . Le choix d’un vulgaire bistrot élitiste à la mode pour gens friqués en a tout de suite dit long sur le degré de conscience historique du nouvel élu. La liste des invités, triés sur le volet, étalait sans ambiguité l’esprit de la petite sauterie : des milliardaires, industriels ou hommes d’affaires mélangés à des hommes de presse, du showbiz et du sport : Dassault et Hallyday, Bolloré et Clavier . La note dominante était la richesse dans toute sa vulgarité. On n'y trouvait pas d’intellectuels, pas de grands artistes ou de créateurs, uniquement des success stories. Quoiqu’ils en pensent aujourd’hui, Fillon et Raffarin y étaient et ont ouvertement traîné la République dans ce pince fesse mondain .
La couleur du sarkozysme était dès ce soir là clairement affichée pour qui voulait la voir et elle ne fut jamais démentie. L’ère du bling-bling était lancée, pour laquelle il fallut inventer le mot. Pour en rajouter une couche, les photos de vacances sur le yacht de Bolloré firent quelques jours plus tard, le tour des rédactions. Ce qu’on ne savait pas c’est que le nouveau Président fut saisi ce soir là par un vague à l’âme incroyable. Non pas qu’il ait ressenti une émotion particulière devant l’ampleur de la tâche, la gravité de la fonction, ou l’écrasante responsabilité qui lui tombaient sur les épaules, pas du tout, Sarkozy ne pouvait jouir totalement de son triomphe parce qu’il était complètement préoccupé par ses affaires intimes, ses peines de cœur, l’infidélité de Cécilia qui n’avait pas donné de nouvelles de la journée. Il s’était le matin convaincu que sa victoire allait lui rendre sa belle, hélas, il devait se rendre à l’évidence, Cécilia n’assisterait pas à sa parade et ne deviendrait jamais l’épouse bling-bling qu’il souhaitait.
L’aveu de son erreur sur France 2 aujourd’hui, nous a paru contraint et vraiment difficile à déglutir. Comment en serait-il autrement ? La folie politique du Fouquet’s n’est pas anecdotique, elle est consubstantielle de l’esprit Sarkozy. Il est l’homme des beaux quartiers qui n’a jamais douté un seul instant d’être le meilleur dans le meilleur des mondes et qu’il suffisait à son ambition politique de promettre de partager ça avec les autres citoyens. Enrichir les pauvres en les faisant travailler ne peut mener qu’au paradis pour chacun et au progrès pour tous. Il est ainsi le concepteur d’un programme politique sommaire qui a l’avantage de s’ouvrir à toutes les opportunités et toutes les démagogies pour peu qu’elles lui permettent de garder le pouvoir. Ce qui nous explique le spectacle effarant de sa campagne cette semaine.
Dire aujourd’hui qu’il s’est trompé, c’est pour Sarkozy la chute brutale dans le trou du souffleur, l’explosion de la marionnette . Il n’a pas de politique de rechange, il ne connaît qu’un principe, celui des rapports de force, tout autre moteur politique lui est étranger. J’ai déjà dit que ses ressources intellectuelles et morales étaient désespérément nulles et que son agitation multiple ne pouvait plus lui être d’aucun secours. En 2007 les Français ont commis une monstrueuse faute de casting qui a conduit à l'abaissement de la République et de la France. Je ne peux pas croire qu’ils remettent ça en 2012.
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14.12.2011
L'article de la mort

La mort de Socrate de David
C’est un bel article ! non pas de ces articles de boutiquier, funéraires en l’occurrence, du genre bouquin de marbre avec photo du défunt, ou bien couronne en cuivre ornée de fleurs en porcelaine, non pas non plus, comme on pourrait aussi le penser un article de journal façon épitaphe nécrologique pour disparu célèbre, mais bien celui qui désigne ce moment court et délicat qui vous conduit de vie à trépas. Je me souviens d’avoir prévenu un chirurgien, « votre patient est en train de passer… », je m’étais heureusement trompé, mais j’ai gâché sa croisière au praticien.
On dit parfois de notre voisin ou de notre arrière grand mère qu’ils ont passé l’arme à gauche, c’est une façon militaire d’envisager les choses. J’ai relevé aussi dans Gilles de Gouberville, qu’il écrivait de son meunier écrasé par sa meule « qu’il labourait aux dernières extrémités », jouant sur le mode agricole et agité qui convenait bien à cette époque. Ces expressions qui désignent le passage terminal, le temps fugace de l’agonie, ont un charme fou, et réjouissent les poètes.
Je n’éprouve aucune hâte ni empressement pour l‘issue fatale et si je souhaite qu’elle advienne (car je ne saurais m’y opposer) c’est bien le plus tard possible, après avoir épuisé tous les recours raisonnables. Ce n’est pas une raison pour laisser aller les choses à vau-l’eau et pour se laisser embarquer sans préparation. Il s’agit d’ une expérience unique, sans itération possible. Le ressenti est sur l’instant définitif et indiscutable. Il faut donc convenir que si on veut rendre son dernier souffle avec un minimum de confort, il faut y penser avant, comme disent les motards de la police aux chauffards qui refusent de payer leurs contraventions.
Le temps paraît révolu ou l’article de la mort s’accompagnait pour le moribond d’insupportables souffrances. On ne laboure plus aux dernières extrémités. Aujourd’hui il faut compter avec la morphine et diverses substances. Le mourant s’endort. J’essaie d’imaginer cet instant précis où on emprunte un long corridor, que je verrais bien comme un couloir d’hôpital, celui qu’on parcourt dans certains sous-sols pour se rendre au bloc. Il y a des avantages : vous n’avez ni le bruit du chariot ni la face hilare du brancardier qui drague les infirmières au passage. Croyez moi les brancardiers sont des bellâtres musclés qui plaisent aux dames. Il n’y a pas de portes latérales dans ces sombres coulisses, pas d’échappatoires, seulement une porte définitive, qui barre le bout de la coursive et que vous voyez se rapprocher avec une certaine curiosité, peut-être aussi avec un mélange de terreur et de fatalisme.
Je suppose que ce sont dans ces derniers instants que vous lâchez la rampe, engourdi par le silence ouaté à travers lequel vous parviennent quelques notes de musique séraphique et des mots d’amour glamours, arrivant de très loin, murmurés par quelqu’un qui vous aime. Pour le coup, vous n’avez plus rien à faire, le couloir est en pente, vous vous laissez glisser par consentement à la pesanteur et à l’irrémédiable. Il vous est impossible de vous retourner et de remonter au point de départ. Vous vivez vos derniers instants d’homme entier. Car de toute évidence, dès que vous passez la porte du fond, vous rendez l’âme. Par quel déchirement ou quel décollement ? nul ne le sait. Ce qui se passe derrière cette porte blindée est un irritant miracle, aussi funeste soit-il.
Quelques instants plus tôt, on vous a changé de chambre car les personnels de santé ont vu sur vous les griffures de néant. Il n’est pas nécessaire de faire peur à votre voisin de lit. La mort des autres est déprimante, beaucoup plus que votre propre mort qui est la solution, longtemps interrogée, d’une énigme qui dure depuis votre naissance. Rien ne doit devoir entraver le déroulement du mystère, qui est une affaire toute personnelle, à vrai dire. Quelques minutes, quelques heures plus tard, vous aurez rendu votre dernier souffle. Dans cet ultime moment, il y a donc bien deux notions, celle du passage d’un état à l’autre et celle du dernier soupir expiré.
J’imagine que le changement d’état est une sublimation identique au passage de la glace à la vapeur, vous passez de vif à mort, directement, sans phrases. Vous êtes encore chaud et subrepticement vous sentez une sorte d’ankylose, qui annonçe la raideur cadavérique, l’immobilité, la froideur, l’absence de sentiments. Vous vous retrouvez finalement, sans y avoir vraiment consenti, entre les mains d’improbables thanatopracteurs qui vous donnent bonne figure en adoucissant votre sourire et en ajoutant un peu de couleur à vos joues, que le sang a désertées. Vous êtes là sans y être, puisque vous ne comprenez rien à la situation, même si vos proches ou vos voisins viennent jeter un œil et font comme si. Ils parlent bas. On vous respecte infiniment plus mort, que vivant.
Ainsi confortablement installé dans votre alvéole funéraire, sagement enveloppé dans votre linceul et les mains jointes, il faut bien avouer qu’il vous manque quelque chose, puisque vous avez rendu l’âme. Et ça c’est quand même le coeur du problême ! le crash s’est déroulé au moment ou la porte blindée du fond s’est ouverte devant vous et s’est refermée dans votre dos. Bon ! soyons francs, personne n’a vu s’envoler un dernier souffle : si il existe, il est incolore et inodore, absolument silencieux et se déplace comme un esprit. Justement ! Nous y sommes ! ce qui s’est envolé derrière la grande porte c’est votre incoercible esprit, brutalement libéré, envolé, qui a choisi ce moment difficile pour vous abandonner sans retour possible. Vous l'aviez cultivé rebelle et il vous le rend bien en s'éclipsant sans aucun regret.
Vous ne pouvez plus ni sourire, ni pleurer, ni vous poser des questions, ni taquiner vos petits enfants. C’est tout à fait ça, le vrai malheur. François Mitterrand a mystifié son monde en disant qu’il croyait aux forces de l’esprit qui s’éternisaient après le grand saut. Je suis comme lui, je crois très fort à ces forces là. Je suis même convaincu que ce sont les seules qui vaillent et que ce sont elles qui nous mènent au plus loin dans les manufactures de l’humanité. Mais que diable, évitons les conte-sens, il s'agit des forces de la vie, pas de celles de la mort. Les forces de l’esprit sont malheureusement celles qui vous abandonnent quand vous cassez votre pipe. L’esprit des morts lui, n'existe que dans le souvenir des vivants. On le voit planer dans les cimetières silencieux par les beaux matins de décembre, comme ces nappes de brume légère et impalpable qui survivent aux nuits glaciales des longs hivers qui s'annoncent.
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15.11.2011
Les forts en gueule

A défaut d’avoir la cote dans les sondages, les Verts font un tabac dans les médias et ça paye. La stratégie de communication des Verts n’a rien à envier à celle de la femme Le Pen ou à celle du camelot du Front de Gauche . Pour la plus grande joie des éditorialistes, ainsi assurés de trouver du souffle pour les clairons de la polémique et de la controverse, les extrêmistes pallient à leur marginalité par l'outrance. D’ailleurs la droite gouvernementale se laisse aller avec délices aux mêmes absurdités. Rejetée par le pays, la « majorité » essaie de se refaire une santé sur le dos du candidat de la gauche aux Présidentielles.
On a vu avec quel succès populaire François Hollande a été désigné par le suffrage pour défendre nos couleurs et battre Sarkozy. Ses adversaires, jaloux d’une telle aura en profitent pour tenter de tirer quelques marrons médiatiques en pratiquant l’amalgame et la caricature. Que la droite utilise ces méthodes, on pouvait le prévoir et s’y être préparé. Quand ce sont nos futurs alliés de la gauche, on peut s’étonner de les voir s’évertuer à couler l’embarcation qui doit nous mener au pouvoir. Mélanchon pourrait bien construire son propre naufrage avec son pédalo imbécile et Green Peace en sera peut-être réduit à attaquer au Zodiac les pétroliers qu'il aura contribué à réarmer en sabotant bien trop tôt notre industrie nucléaire.
J’ai écouté Eva, le clown triste des Verts, ce matin sur France Inter. Elle manie la casuistique, la litote et le mensonge avec un aplomb incroyable. Dans sa bouche, les centrales à charbon deviennent des sources d’énergie modèles, pourvu qu’elles soient allemandes. Il n’est pas question de comparer les rejets de CO2 allemands à ceux des français ! ni des risques énergétiques que la précipitation des Grunen font courir outre-rhin. Le seul viatique de la critique des Socialistes et de leur candidat, doit suffire à la faire remonter dans les sondages pense-t-elle. Haro sur le Hollande ! Allons-y ! La Duflot en rajoute et Bendix y va de son coup de pied de l’âne. Hollande se Ségolénise ! autant dire que le Rouquin lui prédit la défaite.
Je vois dans cette confluence des critiques, des mots d’oiseau et des insultes un aveu de faiblesse politique et une preuve du mépris envers les citoyens ordinaires, en particulier envers les millions de gens qui soutiennent François Hollande. Si j’enrage et si je m’irrite de ces outrances qui abaissent le niveau de la réflexion, il me suffit de quelques instants pour retrouver mon calme. Les gens ordinaires ne sont pas dupes des tours de passe-passe de ces coupe-jarret politiciens. FH se doit de garder son sang-froid et de respecter son calendrier. Il n’a aucun intérêt à se mêler à la compétition ridicule dans laquelle s'abîment ses adversaires.
Il n’y a aucune urgence à faire un accord avec les écolos qui se déconsidèrent chaque jour un peu plus avec l'EPR, un soi-disant accident industriel qui est en passe de devenir leur tombeau politique. Il n’y a pas non plus à se précipiter pour expliquer à l’UMP les plans économiques qui mûrissent actuellement dans nos cartons. Chaque semaine qui passe change la donne et rend caducs les projets de la veille. La droite ferait bien mieux de réfléchir à ses propres priorités et à ses responsabilités d’aujourd’hui, qui sont immenses. Comment va-t-elle justifier face au pays les 500 milliards de dettes qu’elle a accumulés pendant la législature Sarkozy ?
Notre candidat n’a donc pas à rentrer dans le jeu brouillon de ses adversaires de tous bords. Il doit garder son calme et donner l’impression de la force tranquille dont on a connu le succès avec Miterrand. Il se doit de rassurer et de sécuriser nos concitoyens et surtout nos acteurs économiques, ouvriers et patrons. Le vainqueur de cette histoire sera celui qui rétablira la confiance dans le pays au mlieu de cette tempête économique et financière. Ce ne sera sûrement pas une affaire de bande dessinée ou de petites phrases, mais de travail, d'études et de concertation. François Hollande l'a déclaré dès l'annonce de sa candidature il sera le Président qui redonnera la confiance et l'espoir aux Françaises et aux Français qui ne demandent qu'à travailler et vivre en paix.
11:01 Publié dans Actuelles, écologie, polémique, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |
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08.11.2011
Que sont nos révolutions devenues ?
Que nous avons de si près tenues...
La crise de la dette tourne au psychodrame planétaire. Je ne sais comment, par quel miracle, par quel ultime tour de bonneteau (qui faisait autrefois la joie des gogos), une bande restreinte d’avocats ou d’experts, je ne sais trop, s’est mise en position de multiplier les pains comme Jésus-Christ lui-même. Sauf qu’en fait de petits pains, il s’agit de dettes. Un tour de magie facile, une saynète à l’antique qu’on peut ainsi résumer : « Nous les Agents des Agences considérons que vous aurez le plus grand mal à rembourser vos dettes et Déclarons en conséquence que Nous dégradons votre note. L’argent que vous allez emprunter pour rembourser va vous coûter plus cher. Il vous faudra donc emprunter plus pour payer. Votre dette va malheureusement grimper et votre note va vous ranger parmi les cancres. Vous êtes faits. La bourse ou la vie ?"
Le peuple qui n’en peut mais, n'a plus qu'à répondre ce qu’on répond aux usuriers habituellement. Prenez ma vie. Je n’ai plus un sou. Ma maison est vide. Je suis au chômage, ma femme fait le tapin, mes enfants sont sans travail, ma mère est Alzheimer, mon frère a le cancer, mon cousin est en prison . Je ne peux rien payer de vos taxes et de vos impôts. Envoyez les huissiers, les hallebardiers, les garde-chiourme. Le savetier vient de comprendre que le financier n’est qu’un bandit armé jusqu’aux dents et que rien ne sert de résister. Il vaut mieux prendre le maquis. Voilà le tour pendable qu’ont joué ces messieurs aux Grecs et qu’ils s’apprêtent à répéter avec d’autres. Obama devant et les petits bonshommes qui s’abritent derrière, ne font qu’anoner ce qu’énoncent les as du triple A. Les partisans du libéralisme thatchérien sont tous d’accord. Ils laissent au peuple le choix de la couleur de la corde pour se pendre et ils ont un dogme inébranlable : le seul équilibre qui vaille est celui des marchés financiers.
Le premier béotien venu comprend pourtant que cette voie est sans issue. A toujours siphonner les richesses dans les mêmes poches on finit par stériliser les capitaux qui disparaissent dans le puits sans fond des dépenses somptuaires et improductives. Le résultat est l’installation du chômage, le véritable cancer de nos sociétés. Les nantis considèrent que tous ces sans-emploi sont des fainéants et des parasites qui vivent à leurs dépens. Pas question de supporter ces assistés. Si nous souffrons du chômage disent-ils, c’est qu’on paye trop d’impôts. Supprimons les taxes et les droits et nous allons investir pour vous sortir de là. Et qui va payer l’Armée ? la Justice ? l’Ecole et les Hôpitaux ? La dette ! A la fin du parcours on emprunte sur les marchés spéculatifs. Et le noeud de la corde se resserre. Toujours le bonneteau.
J’ai bien compris que les riches s’inquiètent du remue-ménage que cela provoque. On voit des indignés s’installer un peu partout. Il faut stopper cette gangrène. Les Messieurs rêvent donc de limiter l’abcès aux rives du Parthénon, pour conserver leurs comptes en banque intacts, aux Caïman, à Jersey, en Suisse et dans plein de petits endroits à l’abri de la vindicte populaire. Mais voilà que déjà des relents infectieux s’échappent de la botte italienne et qu’on ne sait pas très bien jusqu’à quel point les Espagnols et les Français vont avaler la pilule censée les sauver. Berlusconi sent le vent du boulet. Il se pourrait que la septicémie ou le scepticisme comme vous voulez, s’installent pour de bon. Les cochons payeurs risquent de renâcler, de grogner, de dissimuler, de faire du noir, de se détourner de la morale civique.
Malgré leurs diplômes et leurs prestigieux CV, tous ces champions du triple A sont des ânes. Il y a bien longtemps déjà qu’un ami, qui sortait lui-même de là, me répétait : si tu veux couler une boite donne là à un polytechnicien. Nous y sommes et les financiers n’y voient pas plus loin que leur nez. Leurs plans sont toujours à courte vue, mono clonaux, mono factoriels, transposés sans nuances aux intérêts immédiats d’une seule catégorie de population, celle des possédants et des rentiers. Ils oublient que pour rembourser les dettes, il faut d’abord du travail et du travail partagé, utile, solvable, bénéfique.
Nos dettes sont sociales et seules la société peut les rembourser. Il faut d’abord que les jeux financiers soient revus et corrigés par nos démocraties politiques. Pour avoir trop longtemps laissé la bride sur le cou aux prédateurs de l’économie dérégulée, nous en sommes arrivés à un point d’éclatement, de rupture. Une vraie celle-là. Tôt ou tard les indignés vont finir par comprendre que le remède est entre leurs mains, que c’est à eux d’inventer les solutions, de choisir les voies et les moyens d’y parvenir. Il faut un vrai pouvoir politique indépendant de la Haute Finance et des hordes de prédateurs. Un pouvoir qui fasse peur aux profiteurs de la dérégulation.
Il n’y a pas d’hommes ni de partis providentiels. Rien de tout cuit ne peut nous sortir de là. François Hollande lui-même, mon héros, mon préféré, ne pourra rien du tout, si le peuple ne prend pas lui-même la cause, Notre Cause en main. Je le dis tout net aux adeptes du camping sur les places publiques qu’ils vont devoir faire autre chose que de la com. A eux de bosser, de réfléchir, de proposer des pistes.
Les jeunes d’aujourd’hui, la génération Internet, ne peuvent se satisfaire du Faceboock et du Twitter. Ils doivent d’urgence se lancer dans l’action démocratique pour la justice et l’équité. Les lieux et les moyens existent pour se faire comprendre et entendre, ce sont nos vieux partis politiques, qui sont devenus vieux parce que les jeunes les boudent depuis trop longtemps. Tout décriés qu’ils soient les Partis politiques sont la seule issue honorable à l’action civique. La nouvelle génération doit en venir aux vrais combats. A moins qu’elle ne préfère en toute naïveté redécouvrir le fil à couper le beurre, refaire mai 68, le Front Populaire, La Commune, 1789 ? Des fois, je vous jure, on aimerait voir ça, pour qu’enfin ça change.
12:30 Publié dans Actuelles, histoire, polémique, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |
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02.11.2011
Au Royaume des Allongés
La douceur du temps, la lumière sur la mer et les ors de la forêt d’automne nous illuminent. On se dit qu’il ne va pas être trop dur de rentrer dans l’hiver. En tout cas la météo nous offre un répit bienvenu. C’est que la Toussaint est chaque année une porte bien froide pour rentrer dans le Royaume des Allongés. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais les étalages de chrysanthèmes et de cyclamens ne font rien pour me remonter le moral. Une impression de déjà vu. L’image d’un rituel. Et moi je suis réticent à toute sorte d’habitude ou de convention. J’ai toujours cherché mon salut dans l’inédit, dans la remise en question de la pensée unique et dans l’examen sans concession des comportements routiniers. C’est sans doute pour ça que je me sens pas à l’aise dans les migrations des multitudes, que ce soient les cérémonies funéraires ou les matchs de football. Quand on est plus de deux… chantait Brassens.
Il n’empêche. Penser aux morts nous procure une sensation vertigineuse. Un impressionnant raccourci du temps. Mon père par exemple, que je n’ai jamais connu, qui ne m’a donc laissé aucun souvenir, ni de sa voix, ni de son regard et qui est mort quand il était encore un gamin, seul ou presque, dans le froid de la guerre, a joué un rôle dans ma vie absolument considérable, juste par son absence. Voilà un mort qui a eu une influence démesurée, en creux. Est-ce que cela veut dire que ma petite enfance était tout juste pleine de trous comme un gruyère mal préparé et que personne ne pouvait les combler ? Aujourd’hui du haut de mon troisième âge, j’en suis convaincu.
Ce qui ne veut pas dire que mon père vivant eût été le baume à tous mes manques. Il serait peut-être devenu la source de désagréments et de mystifications encore plus difficiles à résoudre. Sa simple mort, survenue avec l’auréole du « Mort pour la France » inscrite pour de bon sur le Monument aux Morts, était quoiqu’on dise une sorte d’équation simpliste, banale à souhait, bien que très affligeante pour ses proches et surtout pour lui. Aristide mérite donc bien son chrysanthème annuel.
A part ce mort tout à fait particulier qui m’a considérablement dérangé par le vide qu’il m’a laissé, il y a toute une cohorte d’allongés à qui je suis redevable de mes heurs et malheurs. Ma grand mère, mon grand père, ma mère, mes oncles et mes tantes ont tous ensemble tissé le cocon familial qui m’a offert mes premières galoches et m’ont coiffé de mes premiers chapeaux. Ils sont tous couchés au même endroit à vingt toises de la rivière. Un peu plus tard, mes professeurs, à l’adolescence, m’ont infligé plus de peur que d’admiration, en général. Les plus belles m’ont fait rêver, les plus originaux m’ont fait rigoler, tous ont réussi à me faire apprendre des bribes. Ils sont maintenant alignés, tous ou presque au champ d’honneur de l’éducation.
Par la suite, m’asseoir sur les bancs de l’Université fut le plus grand honneur de ma vie. J’avais un respect sans bornes pour les Maîtres qui officiaient dans les amphis. Leur autorité suffisait à m’obliger à bûcher et à mémoriser. J’avais la vague conscience que je passais d’un monde dans un autre et que les caches (= chemin creux) de mon bocage natal débouchaient sur la pensée, le savoir et donc la liberté. En entrant moi-même dans le sérail fantassin de la science, il m’a bien fallu déchanter, j’étais entouré de Trissotins minuscules, dont bien peu pouvaient me secourir. J’ai trouvé des naïfs, des ambitieux, des m’as-tu-vu, quelques modestes, pas de génies. Paix à leurs âmes.
A ce stade de mes souvenirs tournés vers le Panthéon de mes allongés personnels, je dois faire une place à Bill, venu de l’autre côté des Amériques, de Berkeley pour tout dire. Celui-là, bien qu’alcoolique et âgé m’a tout appris de la sûreté et de la rigueur du raisonnement. Bill était un immense professeur connu du monde entier pour des travaux de biologie. En quelques semaines, sans qu’on se le dise, nous avons développé une amitié durable en travaillant de concert sur nos champs d’observation. Nous ne parlions pas la même langue et pourtant il m’a appris la valeur d’un mot. Nous n’avions pas la même expérience et il m’a appris le poids d’un fait. Avec lui le monde m’est devenu intelligible. Bravo Bill (Prof. W. Snyder), dors en paix, souviens toi des bouteilles de Johny Walker, black label que nous avons vidées ensemble, en si belle intelligence ! Rêves-tu encore de cette indienne nue qui dansait sur le comptoir ?
Et pour finir, je ne peux pas laisser dormir ceux de mes collègues qui ont lâché la rampe mal à propos, avant moi, alors qu’ils étaient plus jeunes. Patrice avec lequel j’ai partagé vingt ans d’aventures sahariennes et de substantielles navigations et le dernier compagnon, il y a tout juste un mois, Gérard le grand barde breton, qui fut le soutien et la consolation de ma réintégration dans l’Université française. Voilà deux disparus qui demeurent présents à chaque instant, vivants, positifs, debout, avec leur rire et leur humour, débordants de sève et de vitalité. Ils sont deux vrais grands arbres de ma forêt personnelle, dans laquelle je me promène sans cesse, le sourire aux lèvres.
La Toussaint et le soleil permettent de penser aux morts avec une sorte de gaieté gourmande. Ceux là au moins ont franchi la grande barrière, ils n’ont plus de souci à se faire. Ils connaissent tout de la vie. Mon frère aussi, il a déjà du oublier le froid du passage à trépas. Mais moi, il me reste tout à apprendre. Tout d’un coup je me sens le petit jeunot de la bande, celui qui ne sait rien. Malgré mes efforts, j’éprouve beaucoup de difficultés à soulever le petit coin du voile noir derrière lequel s’ouvre le four funéraire. J’imagine que dans le meilleur des cas, c’est comme de prendre un coup sur la tête ou bien de s’endormir et d’oublier de se réveiller. En homme d’action je me dis qu’ il faut le voir pour le croire. Attendons.
10:46 Publié dans Actuelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cimetière, famille, les vivants et les morts | |
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