17.02.2012
Portrait d'un nain assis à terre

VELASQUEZ, vers 1645, Portrait d'un nain assis à terre
Je sais que je vais faire de la peine à mes amis de droite qui ont mis tous leurs espoirs entre les mains d’un Président sensé répondre à leurs aspirations. En 2007, ces électeurs demandaient à Sarkozy de leur épargner en priorité un gouvernement de gauche et de les rassurer sur leur avenir , l’intégrité de leurs biens, et le bon déroulement de leurs affaires. Les politiciens de l’UMP qui ont eu l’habileté de se faire passer pour des réformateurs, ont œuvré autant qu’ils le pouvaient à alléger les charges fiscales et à consolider le statut social de leurs mandants. Au nom de la liberté d’entreprendre et de la responsabilité individuelle, ils ont cherché à diminuer les contraintes de la solidarité pour faciliter le jeu des entreprises et des affaires, tout en réduisant le fardeau de l’Etat, considéré comme une dépense excessive. [Aujourd’hui même le Président Clinton qui sait de quoi il parle, leur apporte un démenti : nos sociétés modernes ont besoin d’un Etat fort, écrit-il.]
Quoiqu’il en soit, quand un parti politique obtient la faveur de la majorité des électeurs, il est tout à fait légitime qu’il applique son programme et personne ne saurait lui reprocher. Sarkozy et ses amis en ont-ils trop fait ? Toujours est-il que certains patrons ont d’eux même réclamé plus d’impôts et que la petite Parisot à jugés exorbitants les salaires de PDG du CAC. Elle avait d’ailleurs promis de réguler cela ! j’apprends aujourd’hui, qu’ils ont encore augmenté en 2011 ! et pas d’un peu. Au même moment l’hôpital et l’école crient misère et les chômeurs encore bien davantage. Raffarin ce matin se dit « offusqué » Quel constat d’impuissance pour la majorité actuelle !
Que Sarkozy soit de droite, élu par des gens de droite est dans l’ordre des choses démocratiques. La particularité de Sarkozy est d’avoir proclamé dans la foulée qu’il serait un Président décomplexé. Nous avons pu croire à ce moment là, qu’il se voulait d’une modernité engageante. Nous allions avoir enfin un Président gouvernant à droite sans s’en cacher. C’était plutôt une surprise car la droite traditionnelle nous a plutôt habitués à des manières honteuses et sournoises. A l’image de Thatcher et Reagan, Sarko se réclamait du pur libéralisme capitaliste, rompant ouvertement avec les régulations étatiques et les organisations sociales paralysantes. Nous allions avoir une France forte (déjà) de propriétaires et d’entrepreneurs. C’était indispensable pour remporter la bataille de la mondialisation. Le projet emprunté aux anglo-saxons, était dynamique, cohérent et…à la mode. Il promettait qu’il suffisait de travailler plus pour gagner plus. La confiance allait revenir, cadeaux fiscaux à l’appui.
Hélas les fameuses sub-primes ont tout arrêté, car elles étaient la réplique sismique inattendue de ce genre de politique. La crise financière, c’est à dire la ruine des banques provoquée par leur activité spéculative, ne pouvait que nourrir un peu plus la récession et le chômage. Baptisée crise du siècle, la plus grave depuis 29, que les tenants du système ont essayé de nous décrire comme un châtiment divin, cette crise n’était que la énième, peut-être un plus forte, des bulles spéculatives aux quelles nous a habitués le capitalisme mondial. Pour se dédouaner de sa bévue, que même beaucoup de ses amis « démocrates sociaux » n’avaient pas prévue, Sarkozy a du se désolidariser au plus vite des banquiers désignés comme boucs émissaires, au milieu du scandale financier dont personne ne voulait endosser la paternité.
Opportuniste et rapide, soucieux de sauver sa majorité, Sarko a enfourché illico le cheval de l’anti-finance et de la mise au pas des spéculateurs. Courant au plus pressé, il donne à Toulon , un discours que Mélanchon pouvait signer. Il s’agissait d’un tête à queue pour la frime, pour noyer le poisson, en attendant des jours meilleurs. Mais pendant ce temps là, la dette d’Etat grandit comme un nuage d’orage, à mesure que la croissance s’étiole. Une fois de plus le petit Président va se faire prendre à revers. Il est saisi à la gorge par les dettes publiques. Ses contorsions européennes aux côtés de Madame Bismark, n’y changeront rien. Trop peu, trop lent dit DSK, autre naufragé. Un Chef d’Etat doit savoir que gouverner c’est prévoir or, Sarko n’a jamais su anticiper . C’est difficile ? Personne n’a jamais dit que c’était facile de gouverner un pays moderne, encore y faut-il beaucoup d’humilité et de circonspection, ce dont est totalement dépourvu notre Président .
J’en conclus tout naturellement que Sarkozy est un homme politique plutôt nul, et vraiment nul sur le plan de la pensée et de la philosophie. Il évolue dans un système conceptuel qui n’a rien à voir avec la compréhension des grands enjeux de notre monde et de notre temps. Il a une vision caricaturale et irrespectueuse de notre société, de son histoire, de ses structures sociales et des forces politiques ou économiques réelles qui sont à l’œuvre dans notre pays. Il en est réduit à toujours chercher son inspiration chez nos voisins, américains, britanniques et maintenant allemands ! Comment en serait-il autrement ? Cet homme, tout juste avocat d’affaires n’est qu’un Berlusconi en plus agité et un peu moins vulgaire, Il est fasciné par l’argent, par les femmes et surtout par le pouvoir, mais pas par la Princesse de Clèves comme il l’a confié publiquement. Devant un tableau de maître il est d’abord interloqué par son prix ! Sarkozy n’a donc pour réfléchir que son sens des rapports de force et sa volonté de dominer, de gagner et d’être le chef. Evidemment, il ne peut rameuter dans ces conditions de véritables intellectuels autour de lui. Il exige des militants, des gourous et des communicants, à sa mesure idéologique.
Ainsi quand Sarko nous a parlé d’une droite décomplexée, ce n’était pas dans le sens d’une politique ouvertement expliquée et assumée, mais dans un esprit beaucoup plus banal qui voulait signifier qu’il n’aurait aucun complexe à faire l’étalage de son pouvoir : « Je suis élu, je suis le chef et je vais vous le montrer. Maintenant je fais partie des grands de la terre, j’ai un avion, une belle femme, et des montres hors de prix. Je suis à tu et à toi avec les grands de ce monde et je leur tape sur l’épaule. La meilleure démonstration de ma puissance c’est que je peux être à New York aujourd’hui, et à Pékin demain» En réalité notre Président, se conduit comme une sorte d’enfant gâté, émerveillé par les fastes du pouvoir. D’ailleurs en nommant son ami d’enfance Hortefeux ministre, il lui a conseillé : « Profites en bien, surtout dans les premiers jours, c’est à ce moment là que tu jouis le plus de la sensation de puissance » . Sarkozy n’est qu’un garnement saisi par la débauche, sans l’ombre d’un scrupule et tout à son ivresse. Il y a pléthore autour de lui de courtisans cireurs de godasses pour lui confirmer que ce faisant il est un homme extraordinairement beau et merveilleux.
Avec l’annonce de sa candidature, l’heure de vérité sonne enfin et nous allons assister à la chronique d’une débacle annoncée. Incrédule, notre Président de comédie a du concéder que le petit socialiste souriant et simple lui résistait, sans forfanterie, ni cinéma. FH est pourtant un homme normal, plutôt modeste et besogneux, qui n’a aucune légitimité pour gouverner et qui ne lui arrive pas à la cheville. Sarko s’était persuadé qu’il n’allait faire qu’une bouchée de ce candidat pour lequel il n’avait que mépris. A peine apparu, FH est fusillé, crucifié, vilipendé, ridiculisé. Sarko commande immédiatement un feu nourri d’insultes et d’amalgames. Il organise une cellule de riposte. Il faut écrabouiller ce petit socialiste boule de gomme, insignifiant. Le Général Sarko mitraille et fait mitrailler, sans en avoir l’air, dans le dos, incognito ou même du haut de sa tribune présidentielle. Il envoie en bande ses ministres mués en fusilleurs et perroquets déblatérer, pour mieux diminuer, rabattre, déconsidérer. Il dirige une vraie partie de paint ball aux couleurs vulgaires et criardes. Patatras, rien n’y fait, voilà que les cartouches sont mouillées et que les pétards font long feu, quand ils n’explosent pas à la figure de l’envoyeur. François Hollande est imperturbable et ne rentre dans aucune polémique. Les sondages lui profitent toujours . Il garde son sang froid, ne cille pas et répond magistralement, à son heure, au meeting du Bourget. Après celle des primaires, François Hollande a remporté sa deuxième bataille pour la Présidence.
Le clan Sarko s’énerve. On fait toujours le coq, on se vante, mais le doute s’insinue. On va devoir utiliser de nouvelles munitions. On fait dire que des obus de gros calibre, des skuds surprises, sont en réserve dans les soutes, un par jour, et on va voir ce qu’on va voir. Gare au petit modeste hypocrite et arrogant ! Sarko va bientôt décider de rentrer en campagne ! il ne va pas tarder à se déclarer, il va se déclarer, il se déclare ! retenez le ! sinon il va faire un malheur ! La pantomime prend fin le soir du 15 février. Le Président candidat devient le Candidat président. Mais n’est pas Zorro qui veut dans la vraie vie, et pour le moment, je vois dans les médias que la séquence se teinte de ridicule avec des arguments de bric et de broc. Tout un galimatias mêlant les ouvrières Lejaby sauvées par Bernard Arnault, une augmentation de TVA, , un PDG d’EDF aux ordres qui rachète du photovoltaïque (tant mieux au passage pour les prolos du coin), et pour finir des appels aux croisés et aux référendums orchestrés par un gourou, ex du FN. Tout ça pour finir piteusement dans une obscure fromagerie du Dauphiné !
Cette exceptionnelle tragicomédie sans queue ni tête, se joue devant quarante millions d’électeurs dont chacun d’entre eux peut comprendre les vantardises, les contradictions et les à-peu-près . Je pense également qu’ils se disent que tout cela n’est pas de mise, quand on est au chômage ou qu’on a une maison à payer, des enfants à élever ou des vieux à soigner. Leur seule consolation c’est qu’on sent la fin et qu’on arrive au dénouement. Comme au théâtre, tout va finir par s’expliquer. Chacun va reprendre sa vraie place, le héros va être acclamé et le traître reconduit à la sortie sous les huées. Pour ma part, fidèle à mon intuition, je pressens que la cote de Sarkozy va s’effondrer définitivement et que le petit Président aura du mal à s’en remettre. Le dernier acte d’une pièce ratée se déroule sous nos yeux ébahis, sans génie, ni honneur, ni grandeur. Notre histoire contemporaine aura bien du mal à lui trouver quelque mérite mais elle pourra titrer : Sarkozy une Présidence inutile.
12:11 Publié dans campagne présidentielle, politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |
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Commentaires
Bravo!
Écrit par : dubray joel | 13.04.2012
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