11.11.2011
11 novembre : la bataille de mon grand-père
Mon grand-père maternel Octave Postel a fait son service militaire de 1910 à 1912. Le premier août 1914, il apprend la mobilisation, sur les lieux de son travail à la laiterie de Sottevast. Ma mère vient de naître. Il se rend à Cherbourg en vélo et se place à la disposition des autorités le lendemain.
Parti de Cherbourg le 7 août, 6 jours après la mobilisation générale, mon grand père et ses copains du 25° RI arrivent par le train aux environs de Bar le Duc et poursuivent à pied, vers la frontière belge qu’ils atteignent deux semaines plus tard. Le 22 août ils sont en contact avec les troupes allemandes, à proximité d’un village au nom charmant , Rossignol. Il écrit dans son carnet :
Les compagnies s’engagèrent les unes après les autres et ma compagnie partit une des premières obliquant sur la droite où ma section se déploya, le lieutenant en tête et moi derrière lui. Nous nous engageâmes dans un petit sentier, baïonnette au canon. Non loin de là, en plein dans le bois à trois cents mètres de la route, nous arrivâmes dans un cul de sac, en terrain couvert. En contre bas nous aperçûmes, le lieutenant et moi, les casques à pointe couchés en tas et en réserve sans doute. Aussi tôt il se retourna vers nous et nous montra la direction de l’ennemi qui se trouvait à 15 mètres de nous.
Aussi tôt nous mîmes à tirer dessus, mais les premières balles ennemies furent pour le lieutenant, touché en pleine tête et il s’en vint tomber sur moi. Je me débarrassai de lui et remontai quelques mètres à quatre pattes.
Déjà les camarades avaient reçu des balles et nous étions foutus, car une mitrailleuse était braquée sur le sentier qui dessinait une claire-voie sous les arbres. Là fut la mort de presque toute la section et je dus avec courage tenir tête à l’ennemi qui était devant moi.
Je me dissimulai au plus vite derrière un arbre mais je ne tardai pas à être la cible de l’ennemi et je reçus une balle dans le pied, pénétrant par le talon. A ce moment, j’eus un instant d’effroi mais vite je me rétablis et je me mis à tirer de plus belle, car il fallait vaincre ou mourir.
Je restai à peu près une heure à cet endroit et je brûlai plus de cent cartouches que mes camarades blessés m’avaient passées et je dus tenir tête surtout à deux casques à pointes qui me visaient avec attention. Mais c’était au meilleur tireur la force. C’est après avoir essuyé plusieurs balles que je déplante le plus à craindre, il était temps car il était à cinq mètres de moi.
Mais ce ne fut pas tout, le petit sentier que j’avais remonté leur servait de passage et là j’en démolis sept, tombant l’un sur l’autre, au fur et à mesure qu’ils venaient, mais ce n’est pas sans avoir essuyé des balles ennemies. Heureusement pour moi j’étais derrière un bon abri et dissimulé par les camarades morts tout autour de moi. Mais je dois me souvenir que mon meilleur abri était mon sac. Je le mis devant moi et il fut déchiqueté par les balles.
Mais il vint un moment où les balles n’étaient plus dans ma direction et j’en profitai pour faire un bond en arrière sous une grêlée de balles mais pas une ne m’atteignit heureusement, c’était un vrai miracle pour moi. Après le premier bond que je fis, sans m’apercevoir que j’étais blessé, je marchai d’un pas de fou quand je rencontrai une ligne de tireurs qui venaient à notre secours. Mais ces braves n’avaient plus le sang froid de marcher carrément. Il est vrai que c’était une terreur de voir presque toute la compagnie couchée morte sur le sol, sans avoir pu tirer pour ainsi dire de balles. Je fais remarquer que nous avions avancé trop loin en masse, sans réserve, nous fûmes pris dans un guet-apens.
C’est ainsi que je montrai la direction de l’ennemi au chef qui venait à notre secours, mais ne pouvant maîtriser ses hommes ce fut une débandade . Ils se tiraient les uns sur les autres, car ils tiraient sans commandement et sans voir l’ennemi. Au contraire, ils ne faisaient que de cribler les malheureux camarades restés sans pouvoir bouger. C’est ainsi que je traitai le groupe d’imbéciles de tirer sur les camarades. Je fis quelques pas en avant avec le chef et je lui montrai le résultat du sentier. C’est de là que je le vis changer de couleur et ne plus savoir quoi faire. Je lui donnai courage et moi je me retirai un peu plus loin car ma blessure me faisait mal et je ne pouvais plus mettre le pied à terre. Je me servais de mon fusil comme appui et il devinait que je ne pouvais rester là.
Je me retirai jusque sur la route où je vis tout le monde dans la débandade, plus d’ordres, hommes, chevaux, voitures, tout tombait sur la route sous une grêlée de balles et d’obus. Tout le monde criait sauve qui peut. Je continuai ma route en retardataire comme beaucoup d’autres, quand j’atteignis une compagnie qui se mettait à faire face à l’ennemi pour protéger la retraite du premier et du deuxième Colonial, venus à notre secours mais aussi bien abîmés car c’était une vraie boucherie d’hommes. Partout le sang ruisselait, cela faisait frayeur mais je ne m’arrêtai point. Je pris la direction de la Croix Rouge à un kilomètre de là en arrière. C’est ainsi que je vis les allemands qui entouraient tout le village sur les hauteurs et l’artillerie ennemie donnait dans son plein.
Les paysans avec tout leur sang froid portaient secours du mieux qu’ils pouvaient à tous les blessés. Les uns donnaient du sucre-menthe, les autres du confortant, mais ce fut pour eux une grande misère car les allemands envahissaient le village et brûlaient et pillaient tout, et les obus et les balles pleuvaient partout. Et pour comble nos soldats eurent la retraite coupée par un pont que les allemands firent sauter.
C’était là au dire des compétents le plus tragique moment car chevaux, voitures et hommes venaient s’abattre les uns et sur les autres par un affolement invraisemblable, ce qui empêcha notre artillerie d’effectuer un bon travail de défense. Ils durent prendre position sur la route sans couvert, mais ils tinrent toute la journée jusqu’au dernier obus. Mais à la fin de la journée ils durent se rendre, car ne pouvant se sauver, il fallut être prisonnier. Ce fut pour notre colonne une vraie défaite.
Le vaillant fantassin réussit à atteindre le poste de la Croix Rouge qui fut pris le soir par les Allemands. Il fut fait prisonnier, expédié en Prusse et ne revint que quatre ans plus tard après bien des aventures, dont un séjour dans les mines de sel. Au cours de sa captivité, il a raconté "sa guerre" dans un petit carnet , jusqu'au 15 mars 1915. L'extrait que vous venez de lire vient de là. Pour ceux que ça intéresse , je peux leur communiquer la totalité du récit transcrit sur Word.
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Commentaires
Enfin je sais ou sont les carnets du Grand père!!!Très heureuse que tu les possedes,j'aimerais beaucoup les lire et les faire lire à mes enfants bisous
Écrit par : brigitte Fleury Lecaheux | 03.12.2011
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