26.10.2011
Alerte aux vautours

Il faut garder tout notre sang-froid. On voit bien que nos ténors français et allemands sont en train de nous jouer un joli duo. Merkel et Sarkozy ont à peu près la même base électorale, conservatrice, possédante, patronale et pleine aux as. Depuis tout le temps ces bataillons avertis de la droite redoutent plus que tout des appareils d’Etat démocratiques forts qui pourraient remettre en cause la propriété privée et les privilèges des richesses accumulées. Tout va pour le mieux quand on reste entre soi, dans les beaux quartiers, les grandes écoles, les conseils d’administration et la légitimité du pouvoir. En démocratie l’ordre social ne peut changer qu’avec une alternance des forces de gouvernement et l’instauration de nouvelles lois, en particulier d’une fiscalité nouvelle qui puisse rééquilibrer les retombées de l’activité économique.
Pour la droite, il est tout à fait naturel de tenir en suspicion un Etat qui représente une menace permanente sur les avantages des groupes sociaux dominants. Une bonne technique est de le ruiner et de le déconsidérer. Fillon a commencé son quinquennat par un constat de faillite, qui voulait dire « Tenez vous au large, il n’y a pas un sou. Nous entendons veiller sur l’ordre établi, et ne rien céder au chantage des prolos. » D’ailleurs les maîtres chanteurs sont de leur côté. Au moindre manquement on nous menace d’ une fuite des capitaux et du chômage généralisé. Remarquons quand même que sans travail il n’y a pas de bénéfices non plus…Ce que je veux dire c’est que la ruine de l’Etat sert bien les intérêts de la droite. A condition qu’elle ne soit pas acculée à augmenter les impôts, car, comme dit Sarkozy : « Je n’ai pas été élu pour ça ». On comprend pourquoi on en est à taxer les sodas et les mutuelles !
La Pécresse s’apprête à faire voter un budget de 300 milliards de dépenses pour 200 milliards de recettes. Il va falloir emprunter 100 milliards de plus. Il n’y a pas si longtemps, le Trésor empruntait aux Français. Ils achetaient des bons du Trésor avec une confiance absolue et les bons anonymes étaient une bénédiction pour les petits épargnants : on a même vu Giscard redonner 95 milliards de francs pour 6,5 milliards empruntés sur 15 ans. Une manne ! mais l’argent restait en France, remplissait les bas de laine mais aussi nourrissait la consommation et l’investissement. Aujourd’hui qui est le principal acheteur de nos dettes ? Les Iles Caïman ! et à suivre, le Luxembourg et le Royaume Uni ! C’est à dire des paradis fiscaux qui autorisent la spéculation financière et alimentent le casino mondial.
Le résultat c’est qu’en deux clics on peut arbitrer des échanges financiers massifs jouant à la hausse ou à la baisse de produits dont on ne connaît pas vraiment le contenu économique réel. Dans une telle ambiance de dérégulation, les traders, les banquiers et patrons de fonds de placement se gavent. Ils se payent à la commission, au pourcentage, il n’y a pas de limites. Les actionnaires avertis jouent de même, exerçant leurs stock-options au bon moment. On pourrait dire que ce n’est pas grave. Cet argent si vite gagné pourrait être vite dépensé et s’investir dans l’industrie ou les services et créer de l’emploi. Pas du tout ! on ne change pas une technique qui gagne si bien. Ces gains vont immédiatement nourrir d’autres bulles spéculatives parasitaires : dans l’immobilier, dans les matières premières, le blé, les métaux, le pétrole…
Le chômage augmente, les déficits publics s’installent, la purge comme avec les médecins de Molière est prête à être servie. Tous ces prolos sont des incapables et des fainéants, disent les ministres de droite, des bons à rien, des profiteurs, des assistés, il faut couper les dépenses somptuaires de l’Etat ! Sinon gare ! En réalité ce que notre gouvernement n'ose plus dire, tant son échec est patent sur ce plan, c'est que tous ces déficits accumulés sont liés à la persistance du chômage qui crée une véritable hémorragie dans les dépenses publiques. Et cela fait vingt ans que ça dure. Pendant ce temps là, se jouent à toute pompe les grandes orgues de la financiarisation de l’économie.
Face à toutes ces dettes on nous met en scène des shérifs autoproclamés qui patrouillent dans des officines longtemps discrètes mais aujourd'hui triomphantes qui opèrent sous le nom bizarre d’Agences de Notation. Elles se présentent comme des compagnies de grosses têtes pensantes qui sont des sachants, des avertis, des légitimes, en réalité des défenseurs du libéralisme, de la propriété privée et des bonnes pratiques du capitalisme conservateur. Ils considèrent que la spéculation est le juste avatar des déséquilibres économiques et le seul moyen de les résorber. Aujourd’hui, en ce moment même, la spéculation se tourne vers la dette des Etats. Comme une nuée de vautours, les financiers se sont repus de la dette grecque qui offrait des revenus incroyables à deux chiffres. La Grèce est ruinée, il n'y a plus que les os. Les autres pays d’Europe volent à son secours. Mais les vautours ont faim, ils entrevoient de la chair fraîche, des monceaux de dettes publiques. Attention l’Italie ! attention la France et les autres ! si vous ne faites pas ce qu’on vous dit, on va vous appliquer notre élixir préféré ! des forts taux d’emprunt qui rapportent bien. En deux coups de clavier vous serez ruinés, comme la Grèce que vous voulez sauver.
Dans tous les cas l’issue est fatale. Il n’y a plus de bonnes solutions. Vous augmentez les impôts et vous tuez l’activité ? le déficit s’envole. Vous préférez investir pour relancer l’activité et emprunter à des taux impossibles ? les charges de la dette vous ruinent. Le système financier des Iles Caïman est en train de ravager l’Europe, de mettre sur la paille les vieux et les malades, de condamner nos jeunes aux petits boulots et nos pères de famille à la précarité. Les forces productives, du plombier à l’agriculteur et du métallo à l’informaticien, sont entraînées dans un maelström qui risque de tout submerger. Les forces conservatrices préfèrent sombrer avec le navire plutôt que de remettre en cause un régime qui leur est si favorable.
Dans les naufrages ce sont les soutiers qui se noient, ceux du pont trouvent toujours une embarcation de dernier ressort, surtout quand ils ont des galons. Citoyens il faut nous lever et protester. Il faut rejoindre en masse les indignés, jeunes et vieux. L’avenir de nos petits enfants dépend de nous. Il faut le crier ! halte au chômage ! Le fric ? Il faut le prendre là où il est et investir dans les grands chantiers de développement, la connaissance, les infrastructures, la communication, le stockage des données, la santé… La puissance des Etats est mise au défi. Le monde entier doit se retirer des griffes de capitalisme idiot qui véhicule sa propre agonie pour gaver quelques privilégiés inconscients de l’être et qui décident de notre vie en donnant des ordres à partir des passerelles de yachts somptuaires et improbables. L'alerte aux vautours est déclanchée.
12:27 Publié dans économie, politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |
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Commentaires
Tout a fait d'accord avec toi.
C'est pour cela qu'il faut prendre le contrôle du système bancaire français et avoir un vrai projet politique de ré-industrialisation de la France en s'appuyant sur les PME/PMI qui sont les seules à créer de l'emploi dans notre pays.
Nous avons en France, des forces vives capables de se mobiliser pour cela.
La réputation de nos ingénieurs, le savoir faire ouvrier sont reconnus dans le monde entier.
Encore une fois si les Allemands arrivent à fabriquer chez eux, alors que nous en sommes soit disant incapables, c'est pas une question de coûts salariaux mais une volonté politique qui privilégie l'industrie à la finance.
La finance n'est pas une industrie mais un conglomérat d'intérêts capitalistiques qui se moque bien du taux de chômage et du bonheur du peuple.
Seule compte pour elle la rentabilité qu'elle exige d'années en années plus rapide et plus forte.
François Hollande doit avoir en priorité des priorités l'emploi.
L'emploi industriel est le nerf de la guerre.
Il permet non seulement d'équilibrer les comptes sociaux de la nation mais surtout de redonner du travail à des milliers de personnes qui retrouveront ainsi espoir et dignité.
Limiter le travail temporaire non choisi, limiter et encadrer sévèrement les CDD notamment dans la grande distribution qui en use et en abuse sont aussi des pistes pour sortir de la misère les centaines de travailleurs pauvres dont une immense majorité de femmes seules avec des enfants à charge.
Contre les vautours de la finance il faut une politique de l'emploi volontariste pas seulement envers les administrations même si celles ci en ont besoin.
Il faut une politique volontariste de l'état envers l'emploi industriel, une politique qui impose aux banques de prêter à des taux corrects aux PME/PMI qui innovent et créent de l'emploi.
Il faut enfin une fiscalité coercitive envers la distribution trop importante des profits envers les actionnaires au détriments des salaires et des investissements dans l'outil de travail.
Voilà ce qui pourrait éloigner les vautours de notre pays....
Écrit par : Garnier | 28.10.2011
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