25.02.2011

Camarades algériens, encore un effort !

 

algérie,révolution arabeL’état d’urgence est levé en Algérie. C’est une victoire toute symbolique qui ne va rien changer pour l'instant, à l’exercice restreint des libertés civiques et politiques en Algérie. Bouteflika et son gouvernement  savent depuis quelques semaines que le mouvement « démocratique » qui souffle sur le monde arabo-berbère n’épargnera pas  l’Algérie. Ce matin j’ai écouté avec un grand soulagement les commentaires de Ghassam Salamé,  intellectuel libanais engagé et lucide. Il a raison de distinguer entre les dictateurs des années 70 (Nasser, Bourguiba, Boumedienne) qui ont porté une ambition politique, et les autocrates corrompus, qui ont confondu les biens du pays avec leurs biens propres et que le peuple est en train de chasser (Moubarak, Ben Ali, Khadafi). Le Président algérien actuel est quelque part entre les deux, en tout cas un des derniers héritiers du glorieux FLN, ce qui complique un peu la situation.

 

Ce qui est vrai aussi, c’est que ce qui souffle aujourd’hui est un vent d’exigences morales, libertaires. Ce n’est pas la révolte de la misère, c’est une soif de dignité et de responsabilité. Le pain sec est meilleur quand il est librement consenti. De 1962 à 1986 j’ai passé ma vie active dans les exaltantes hésitations  de la nouvelle Algérie.  Il a fallu passer de sept millions d’Algériens à 33 millions, du Ben Bella idéaliste au  Boumedienne étatiste inflexible. Mes premiers étudiants de 1962 sont maintenant retraités et les derniers de 2000 entrent dans la carrière. Deux ou trois générations de gens formés, cultivés, férus d’informatique et de réseaux sociaux. Ce sont ceux là qui réclament aujourd’hui une vie normale : faute de pouvoir émigrer pour vivre libres ils ont décidé de  faire rentrer la liberté par les fenêtres de leur pays cadenassé.

 

Aujourd’hui  25 février 2011, la donne a changé. Nasser est mort et enterré depuis longtemps et Boumedienne lui même entré dans l'oubli, Sadam Hussein est pendu, les Pharaons sont déchus, Khadafi est devenu fou, rien ne peut plus s’opposer à la vague de modernité qui va soulever le Machrek et le Maghreb. Le tour de l’Algérie est au prochain numéro, on sent des fermentations, on entend des craquements, des appels au courage, on voit la misère mais aussi la volonté d’un peuple jeune qui va prendre ses affaires en main. Aujourd’hui je ressens une immense fierté. Les quelques graines semées là bas vont peut-être trouver un rayon de lumière, germer et s’épanouir. On serait ému pour moins que ça. D’où mes cris du cœur qui sont le contre-chant de l’espoir que j’ai toujours gardé chevillé au corps.

 

Je dis aussi aux gens d’Israël qu’il est urgent pour eux de comprendre la nouvelle situation, je dis aux Glucksman, Lellouche, Marek Halter, BHL et à tous ces intellectuels dévoyés par leur  attachement sioniste, qu’il est urgent d’expliquer qu’il n’y a pas que la charia et les turbans dans les pays arabes. Les arabo-berbères sont des peuples comme les autres qui respirent et qui aiment, qui travaillent et espèrent pour leur famille. Il est urgent d’expliquer encore, s’il devait en être besoin, que les armes appellent les armes et que les meurtres appellent les meurtres. Il faut que les sionistes arrêtent de montrer les dents, les avions, les chars, les raids et les commandos. On peut et on doit se protéger des dictatures par la force s’il le faut,  mais on doit négocier et faire des traités de paix avec les démocraties. L’Union pour la Paix est plus proche que jamais en Méditerranée. L’Etat d’Israël va se trouver au pied du mur, pas celui qu’il a si bien érigé à travers les oliviers de Palestine, mais celui qu’il a impitoyablement construit dans les cœurs.

 

 Illustration : Dilem est un caricaturiste de presse algérien de génie publiant ses dessins dans le journal algérois "Liberté"

22.02.2011

DSK, ça suffit...!

 

khadafi,sarkozy,mam,ollier,dictatures,libyeJe ne peux y voir qu’un complot médiatique. Toute cette semaine  on n’a fait que chanter les laudes de DSK, de mâtines à vêpres et le rusé chanoine du FMI a pu finir la semaine en beauté, en majesté, au 20 heures de France 2. Voilà comment un pur produit de la mondialisation, élaboré par la finance internationale et présenté au G20 à Paris, finit un dimanche soir dans nos assiettes, tout cuit, fin prêt  à être consommé dans les urnes présidentielles de 2012.

 

Pour ce coup magistral, j’y vois des grands chefs qui ont l’habitude de mijoter des rois en coulisse. Ils se cachent en outre opportunément, derrière la prêtresse des années 80, Anne Saint Clair, qu’un facho de ma jeunesse dénonçait comme marchande de soutiens-gorge mais qui par ailleurs est une journaliste de talent et  une habile manipulatrice, ayant les moyens de ses ambitions.

 

Ce qu’a fait cette équipe de grande cuisine  est un coup porté à la gauche , progressiste et intelligente. Alors qu’aujourd’hui le gouvernement Sarkozy est au bord de l’implosion à cause de ses liens multiples avec les dictateurs arabes (Fillon-Moubarak, Alliot-Marie-Ben Ali, Ollier- Khadafi) et de ses improvisations malencontreuses (Boillon à Tunis), notre DSK ramène à lui la couverture sans dire un mot de tout cela et tire la droite du coma, en lui donnant du grain à moudre (DSK-Bobo). Pour soigner sa droite DSK, vient au secours de Sarkozy !

 

Excusez  ma colère, je ne suis qu’un lampiste, pas encore assez mûr cependant pour me faire berner, comme le plus couard des analphabètes. Nos élites ont beaucoup de choses à cacher au bon peuple, on en est restés à l’antiquité, du pain et des jeux, voilà qui suffit aux smicards. Non seulement on fait tout pour berner les gens par des plans de communication rocambolesques, mais on voudrait encore les faire voter pour  des hommes providentiels, autoproclamés.

 

Soudainement avec les révoltes arabes, les dictateurs chamarrés ne sont plus, à l’image de l’ignoble Khadafi, que des épouvantails sanguinaires délabrés, mais le plus fort de tout, c’est que nos propres élites, ministres, présidents de la république et autres tenants de la jugulaire et de la respectabilité civiques, sont épouvantablement nus face à leurs responsabilités.   En dépit de la mascarade ambiante, ils restent résolus à porter beau quoiqu’il arrive.

 

Billet modifié le 29/03/2011, pour le rendre plus compréhensible, l'illustration a également été changée.

21.02.2011

La bass'iau : au nom de la liberté on fait n'importe quoi !

 

 

Copie de IMG_3635 (2).JPG

Il n’y a pas si longtemps, les plages du Val de Saire étaient des dépotoirs. De mes yeux j’ai vu les déchets de carotte, de choux, les vieux sommiers, les déblais de travaux publics. On sait maintenant que c’est un péché. On ramasse les bouteilles vides et les flaques de pétrole lourd ont à peu près disparu. On commence aussi à protéger les oiseaux qu’on voit de plus en plus s’ébattre sur nos rivages. On ne sait pas encore se débarrasser des bicoques, et des cabanes qu’on appelle par euphémisme administratif des habitations légères de loisirs, ou même dans certains endroits  des villas ou des pavillons qu’on demande ensuite à l’Etat de protéger par des digues. On a massacré nos champs de dunes et nos estuaires  pour construire des nullités : au nom de la liberté !

 

 

La pêche à pied est une habitude solidement ancrée. Je l’ai moi-même pratiquée avec mon grand-père, qui empruntait Marquise au voisin pour nous mener en carriole une fois par an,  de Sottevast à Sciotot !  Il y a longtemps qu’on a supprimé le braconnage dans les cours d’eau ou dans les forêts et qu’on a réglementé la chasse.  Pour l’océan et les plages,  on veut toujours croire que l’espace appartient à tous, c’est à dire à personne et qu’on peut y puiser sans contraintes. Ainsi voit-on arriver des hordes déchaînées de râteaux, de fourches, de seaux et de paniers qui se lancent à l’attaque à chaque grande marée, presque au pas de course pour arriver avant les autres. Les espaces qu’on croirait hors de danger  parce que moins accessibles, sont les premiers ravagés par les prédateurs  de la Grande Marée !. Grossière erreur ! deux jours suffisent pour tout piétiner, faire rouler les cailloux et ravager les bancs de couteaux et de palourdes.

 

Au nom de la liberté du populaire on proclame le bord de mer espace vierge et hors la loi, en protestant de la bonne foi des usagers et de leur connaissance du milieu.  Foutaises ! aucun de ces praticiens bottés et caoutchoutés aux idées bien arrêtées, ne laissera un homard dans sa roule, ou une praire dans son lit de sable, ou une huître sur son caillou. Ce qui échappe, c’est ce qui n’a point été vu, et plus le pécheur à pied est averti, plus il en trouve et plus ses cueillettes sont abondantes et destructrices !

 

Pour ceux qui croiraient que ces débonnaires cueilleurs de la pêche à pied ont une activité marginale, il suffit de leur rappeler que les prélèvements en tonnage à l’année sont aussi importants que ceux de la pêche professionnelle. A ceci près que la bande côtière de balancement des marées est autrement plus sensible, biologiquement parlant, que celle des grands fonds. On a massacré nos côtes par toutes sortes de constructions imbéciles et prétentieuses et on continue de le faire. On a évacué dans la mer toutes sortes d’eaux usées et de lessivages de sols pollués, même si on réglemente et  si on tente aujourd’hui d’arrêter. Il serait temps de se convaincre des règles d’un vrai respect de la nature, et de se rendre compte que les populations naturelles doivent être épargnées et sauvegardées. Ce respect des milieux naturels dans nos contrées ne met pas aujourd’hui en jeu la survie des gens. Il nécessite seulement de rompre avec le vieil attachement préhistorique à l’activité de chasse et de cueillette!  Alors si on prétend être un écolo, qu’on commence par s’interdir la pêche à pied une année sur deux, ça ne fera de mal à personne et on verra le résultat !

 

Voir aussi ma note précédente sur "La pêche à la baleine  à Jonville..." (le 5/01/2011)

12.02.2011

Face aux nouvelles démocraties arabes, Israël va jouer sa survie

 

 

pays arabes, Israël, moyen-orientJe suis inconscient ce matin ou alors téméraire, quasi un kamikaze de l’écriture, transbahutant dans sa plume des mots ou des idées qu’une bande d’intellectuels sont prêts à me faire exploser dans la nuque. Ma seule sauvegarde est mon insignifiance. La modestie de ma personne fait que peu de gens me lisent (tout en étant chaque mois un peu plus nombreux pour mon grand plaisir). Et puis l’abdication de Moubarak me donne de l’enthousiasme . La bande d’intellectuels en question me révolte par son aveuglement et ses paradoxes. On la voit tous les jours à la télé emmenée par des vedettes au premier rang desquels je nomme Alexandre Adler, Finkelkraut, et BHL, pour les plus pathétiques, mais il y en a bien d’autres de la même semoule.

 

On attend de ces intellectuels,  manieurs habiles de la pensée, qu’ils fassent preuve de rationalité, avec des raisonnements  étayés par des déductions de cause à effet pertinentes, claires, originales,  et compréhensibles par toute personne moyennement cultivée. C’est bien ce qui se passe en effet la plupart du temps, sinon on serait dans la magie. C’est ce qui se passe… tant qu’on reste hors du champ défendu, celui de toutes les haines mythiques et mystiques, celui des steppes dévastées par la guerre, je parle du camp embrasé par la foi, bonne et mauvaise, celui du sionisme et des arabes.

 

Quand on entre là tout se détraque. Nos trissotins souvent sémites eux mêmes, se mettent illico à dérailler. Ils manient les paradoxes d’un air entendu et pleurnichard. Après avoir critiqué partout les dictatures arabes dont Israël aurait été le rempart de protection pour notre veule Occident, les voilà qui considèrent d’un œil torve et méfiant l’émancipation des citoyens de Tunis et du Caire. « - Certes , certes,  ce pas vers la démocratie ne peut être condamné, disent-ils,  mais considérons qu’elle ouvre la voie aux extrémistes islamiques qui vont bien sûr se retourner contre Israël et réclamer sa destruction. On peut ainsi déboucher sur une période de troubles et de combats armés. » Ils oublient de dire ces penseurs au large front qu’aujourd’hui même, c’est déjà la guerre ! avec les dictatures en prime.

 

« - Vous voyez bien, poursuivent-ils que les frères musulmans sont la seule force organisée en Egypte. » Peu importe que la place Tarhir soit occupée par des jeunes gens qui ne se réclament en rien de l’islam : leur seul signe distinctif c’est le téléphone mobile et le PC portable. Ah qu’elle est rafraîchissante cette image  de la centrale de rechargement des batteries,  improvisée sur le trottoir en pleine manif ! La nouveauté est là, pas dans les fidèles agenouillés tous ensemble comme il est de bon ton depuis des siècles. Les peuples arabes sont en train d’être rattrapés par la modernité et Israël a peur parce qu’il s’est enlisé dans un combat d’un autre âge, celui de la Torah .

 

Le Pharaon vient d’abdiquer, l’équilibre des forces est modifié et d’un coup fait pencher le plateau de la balance vers les démocraties arabes, qui vont venir s’associer au puissant voisin turc et pas à l’Iran, comme on voudrait nous le faire croire. Israël doit comprendre que son avenir est dans la négociation avec ces nouvelles puissances qui vont entraîner, démocratie oblige, le Moyen Orient vers des solutions pacifiques et justes. Il faut que les sionistes extrémistes mettent en sourdine leur rêve millénaire du Grand Israël construit aux dépens de la Palestine. Ils doivent rapidement abattre le mur de  la honte qui sépare et le pays et les esprits. Il faut stopper la politique du pire. Il faut faire une place à l’Etat palestinien, vite, puissamment en montrant de la bonne volonté au lieu de la mauvaise foi habituelle. A mon sens c’est une question de survie.

 

 

09.02.2011

La jet set, la pute et le financier

 

 

 

sarkozy,fillon,mam,jet set,egypte,tunisie,moubarak,ben aliAu début des avions à réaction, dans les années soixante, une certaine classe d’individus riches et désoeuvrés, s’est hissée  au  faîte de l’élite, en abusant des jets, coûteux, donc luxueux, pour aller de capitale en capitale, de palace en palace et de fêtes en fêtes. Ces gens là faisaient rêver le bon peuple en étalant dans Paris Match leur oisiveté richissime, qui leur permettait de vivre en nababs sans jamais travailler, tout en ne se refusant aucun luxe, aucune douceur, aucune call-girl aux allures de femme fatale. On allait du jet au yacht, en hélicoptère,  pendant que de loin, Onassis ou je ne sais quel oligarque russe ou quel prince oriental, signaient les chèques. Ils étaient les Dieux tutélaires et mystérieux pour lesquels les femmes les plus belles du monde étaient  prêtes à se prostituer, y compris la Callas et la femme du Président défunt des Etats Unis.

 

Aujourd’hui Massimo Gargia a pris du ventre et  n’est  plus que la caricature d’un fêtard repenti. Les avions à réaction sont accessibles au populaire et sont du dernier vulgaire. Jusqu’à son dernier crash, le Concorde était l’ultime privilège des gens importants. En explosant au décollage c’est une page de civilisation qu’il a tournée. On peut dire que dans l’esprit du XXI° siècle cette folie des avions tourne un peu au ridicule, empreinte carbone aidant. Cela n’empêche que cette élite de l’élite autoproclamée, a laissé des traces durables dans l’esprit de nos contemporains, surtout chez les plus médiocres. Il ne faut donc pas s’étonner que nos politiciens parvenus, oublieux de leurs origines démocratiques, soient très attachés à leurs transports aériens. Notre petit Président est le premier à être fasciné par les vestiges des attributs de la jet-set, fussent-ils démodés. Il a inauguré sa présidence sur le yacht de Bolloré et il s’est empressé de commander un air-force one, à la manière US.

 

On ne peut pas reprocher à notre petit Président et à nos ministres d’être vaniteux comme des paons. Ce sont péchés véniels. On doit comprendre aussi que  ces stars de la politique ne peuvent pas voyager dans les mêmes avions que tout le monde, même en classe affaires. Il leur faudrait attendre, se laisser fouiller, décliner leur identité et montrer leur passeport et même refuser le champagne de l’hôtesse pour ne pas avoir l’air de poivrots en goguette… Donc, une seule ressource : le jet privé. Les invitations ne manquent pas, il y a beaucoup de gens riches qui rêvent de se payer un président ou un ministre, il s’agit d’investissements de bon sens pour un homme d’affaires. Malgré tout les dépenses doivent être imputées quelque part. Les entreprises ont des règles de comptabilité et des comptes à rendre aux conseils d’administration. Ces invitations ne peuvent marcher qu’avec des autocrates qui confondent les finances de leur Etat ou de leur Entreprise avec leur bien propre.

 

Nous y voilà. Certes les invitations sont courantes, mais vous croyez que Cameron ou Merkel vont inviter MAM à passer Christmas à Londres ou à Berlin au frais de la Princesse ? Eux qui les premiers,  sont obligés de payer leurs hôtels ou leurs avions ? Bien sûr que non, seuls le Roi du Maroc, le Parrain de Tunis et le Pharaon du Caire et encore quelques autres peuvent se livrer à ce genre d’abus politique et social. Ils donnent un ordre, l’obéissance est totale, la presse est muselée, l’affaire est dans le sac, incognito, en silence, avec des salamalecs chaleureux en plus. On est comme ça chez les Arabes, l’hospitalité est sacrée. Manque de chance : Fillon et Mam tout transportés au propre comme au figuré par ces vacances impériales et maffieuses, tombent en pleine révolte du bas peuple. La crotte plébéienne vient lécher les pneus de leurs aéroplanes.

 

Et tous les deux prennent des mines surprises, attristées, contrites, exaspérées par tant de mauvaise foi, meurtries par tant de méchanceté, ils banalisent, ils relativisent, ils mentent à demi par omission, par édulcoration, demandent un peu pardon, disent qu’on ne les y reprendra plus. Ceci ne vaut pas explication, ni pardon. Pour ma part, je n’y vois qu’esprit de lucre,  gourmandise et profit, vanité et égoïsme, foutage de gueule comme on dit maintenant. Ce petit gouvernement là, de ce petit Président là, nous a habitués à la dénégation et à l’impunité, mais tôt ou tard, les Français vont finir par comprendre que la vie de palace n’est pas ce qu’il faut à nos éminents serviteurs de l’exécutif, on leur demande de travailler pas de se pavaner, on leur demande  de résoudre nos affaires d’Etat (qu’ils interrogent Saint Michel Archange !) pas de polémiquer pour leur auto-défense, on leur demande de l’efficacité, de la probité.  Si ils sont fatigués qu’ils se tirent, cela fera plaisir à Mélanchon.

 


 

 

 

07.02.2011

MAM et la face cachée de la lune

 

 

alliot-marie_subventions_departements_dsu.jpgMAM a fait de son image médiatique son véritable viatique politique. Sa silhouette altière et la noblesse sportive de son allure donnent tout de suite l’impression qu’on a affaire à une personne de grand caractère, distinguée et hors d’atteinte des propos familiers. L’élocution et la diction, le choix des mots et le maintien, ne sont pas de ceux qu’on acquiert dans les familles ordinaires, les salles de rédaction ou les amphis d’université. Ils sont la preuve d’une grande dignité naturelle  et  la marque des grandes familles. Sur ce plan là, l’ombre de son père Bernard Marie, député et maire de Biarritz,  plane et veille au grain. Voilà donc une belle personne de la haute qui inspire confiance…

 

Notez bien au passage que le papa de MAM était également arbitre de rugby, international est-il précisé, mais évoluant quand même dans un milieu qui préfère le cassoulet de la troisième mi-temps dans les auberges périgourdines au caviar servi dans l'atmosphère  feutrée des palaces de la jet set.  Tout à fait dans la même veine,  MAM   a fait ses humanités (si on peut dire) en faculté de droit, et même à Assas qui à son époque était plutôt réputée pour être le repaire de l’extrême droite souvent en butte, Le Pen en tête, aux gauchistes soixantehuitards. On y apprend qu’à cette époque la belle MAM s’amourache de son professeur Michel Alliot, directeur de cabinet d’Edgar Faure par surcroît. Elle l’épouse et passe sa thèse d’Etat dans la foulée.

 

MAM est donc bien armée dans la vie pour grimper petit à petit les échelons d’une longue carrière politique, sans éclat, mais sans ombres. Députée, ministre et même Présidente du RPR elle occupe à droite une place de confiance car c’est une fine mouche qui sait éviter les pièges, comme celui de choisir entre Balladur et Chirac quand on n’est  pas sûr du résultat. La ministre, qui vieillissait jusque là en conservant tous ses charmes, gardait son sourire accroché en toute circonstance et paradait volontiers devant les photographes en images glamour, soulignées par de somptueuses écharpes, voletant au gré des courants d’air furtifs de la cour de l’Elysée.

 

Comment se fait-il alors qu’en quelques jours, cette espèce d’icône se retrouve les doigts dans le pot de confiture,  à nous expliquer l’impensable ? MAM la gaulliste, aux mœurs politiques si intègres a des rendez-vous inavouables avec la nomenklatura détestée de Ben Ali. Elle succombe aux charmes orientaux jusqu’à se laisser conduire en jet à Tozeur, l’oasis des mille fantasmes. MAM est fine comme une lame, elle a préparé sa défense, elle court de studio en studio pour expliquer à la télé qu’elle n’est pas celle qu’on croit, qu’elle n’est pas aussi vénale qu’on peut le penser, qu’elle se moque bien vous pensez, de voyager dans les jets de la honte. D’ailleurs au moment même où elle embarque dans ces aéronefs de la corruption elle n’est plus ministre elle redevient la petite Michelle des fêtes de famille, de Noël et du Jour de l’An. Et chacun le sait,  les petites filles sont fascinées par les aéroplanes.

 

Pour de vrai, MAM veut nous faire croire que ces voyages en Tunisie, n’ont rien à voir avec la révolte du peuple et les martyrs qui s’immolent, rien à voir avec Ben Ali Dégage ! ; d'ailleurs elle nourrit une compassion sans bornes pour ces misérables qui se jettent dans le feu. Elle a certes des amis riches, mais aussi des amis pauvres. Les yeux dans les yeux, elle nous ordonne presque : "- Cela suffit, je vous ai tout dit, je suis meurtrie par vos allusions mensongères, tout le reste concerne uniquement la face cachée de la lune, celle que vous n’avez pas à voir ni à connaître et  encore moins à imaginer."

On peut toujours rêver.

03.02.2011

Le pays du Nil à son tour....


Sphinx.jpegQuelques prières, plusieurs morts aussi et de grands rassemblements en place publique et voilà que flotte sur la grande métropole aux Pyramides un brouillard de liberté et de démocratie.  Les Cairotes peuvent maintenant s’accouder un instant, au parapet du pont Ramsès, pour contempler les trente siècles d’histoire que charrie de ses eaux grises le plus beau fleuve qui soit. Trois mille ans pour émerger d’un océan de mythes, de dieux et de satrapes qui ont fait des gens du Nil une population ingénieuse et industrieuse, mais soumise. Les enfants de Toutankhamon, de Néfertiti et  de Cléopâtre ont connu un funeste destin jusqu’à nos jours, qui les fit s’échouer sans gloire dans les bras d’un dictateur sans imagination, benêts bernés trente ans durant.

 

Il semble que le vieux général à l’air idiot, teint en bellâtre italien sanglé dans un costume d’opéra, se laisse pousser lentement mais définitivement  vers la sortie, non sans quelques gesticulations comme d’envoyer des dromadaires pour effrayer la révolte. Je note au passage la ressemblance de ces vieillards, le tunisien et l’égyptien, avec l’allure pathétique de  Berlusconi, cheveux teints, ventre plat, tête droite. Ces gérontes refusent de vieillir et se prennent toujours pour des Casanova. Le machisme méditerranéen est profondément enraciné, jusqu’au ridicule parachevé.

 

Mal leur en prend, car le peuple se souvient des années de vaches maigres les unes après les autres endurées. Les galères s’empilent et les misères s’accumulent, sans qu’on puisse se dire qu’aucun des sacrifices acceptés ne prépare des vaches plus grasses pour nourrir  ses enfants…On n’effacera plus jamais le temps de la misère et des souffrances. C’est la raison sans doute qui rend si faibles ces oligarques conscients de leurs égoïsmes,   ils savent qu’ils ont tiré trop fort sur les ficelles du pouvoir et ils connaissent mieux que personne la noirceur de leur ouvrage. Je crois en conséquence que le vieux dictateur va partir après quelques tentatives déraisonnables, comme celles d’envoyer ses milices provoquer des troubles pour démontrer que sans lui le pays est perdu. C’est la répétition en plus grand du scénario Ben Ali.

 

L’avenir n’est pas rose pour autant. Les habitants du Nil vont devoir improviser. Ils vont devoir se rebeller contre trente siècles de docilité et employer des concepts importés d’ailleurs, souvent étrangers au monde arabe.  Impossible il y a vingt ans la liberté individuelle doit s’imposer aujourd’hui. La télévision et le Web sont devenus les grands canaux de circulation pour les images, les mots, et les idées. Plus personne ne peut arrêter ce déferlement idéologique. Mieux encore, la Grande Amérique qui a mis un homme noir au sommet de son Etat montre que la démocratie n’est pas un leurre. On sait maintenant qu’un fils d’esclave peut présider à des millions de gens blancs, riches, chrétiens et puissants. Cette vérité là  n’est pas la propagande d’un parti, ni même la parole mythique du Coran, c’est un fait qu’on voit, ici et maintenant. Les hommes au turban et au khemis ont aujourd’hui l’air de sortir de la nuit des temps, comme des revenants dans un mauvais rêve. La parole libérée sort des portables et des ordinateurs, et elle va s’imposer pour des siècles et des siècles.

 

Toutes ces Révolutions nous annoncent des temps grandioses. Israël  va devoir à son tour abandonner ses mythes pour se mettre au diapason. Il va devoir oublier que son salut repose sur l’injustice et la violence. Il va lui falloir admettre qu’aucun Etat ne peut s’imposer durablement par ses chars et ses bombes.  L’Iran qui  a frôlé un renversement il y a peu, va devoir aussi reconsidérer sa politique moyenâgeuse et barbare. Le désarmement des uns conduira au désarmement des autres. Le Président Obama fera un second mandat. L’ Union pour la Méditerranée va s’organiser avec une Europe ragaillardie .

 

Et si on entrait dans une nouvelle ère pour la Méditerranée ? Un lac de paix qui se mette à oeuvrer miraculeusement pour l’avenir de ses peuples ?  Bon, je me laisse aller,  je rêve, mais nous avons bien besoin de rêver de la paix entre les peuples… au lieu de nous étouffer avec de la dinde aux marrons.

01.02.2011

Saint Michel Archange, Rocard bien entendu !

Rocard, PS, gauche,

J’ai toujours été un admirateur de Michel Rocard et je l’ai toujours tenu comme un homme politique exemplaire, intègre et dévoué à la cause publique. Mon soutien avait faibli depuis quelque temps, terni par l’insistance du vieux lion à demeurer sur la scène politique. Quoiqu’on dise des vieillards (ces bibliothèques vivantes…) et de leurs capacités intellectuelles intactes, j’ai un doute sur la véritable pertinence du quatrième âge à entreprendre ou à concevoir de grandes choses. Je vois plutôt dans leur entêtement un refus de lâcher la main et de laisser le monde se faire sans eux.

 

Le vieux Rocard (84 ans) n’est pas prêt de se convaincre que la France peut faire sans lui, qu’elle soit de droite ou de gauche. Il y a plusieurs raisons à cela, 1) très tôt il a été formé à l’exemple d’un père têtu comme une mule de science, 2) il est passé à  l’adolescence par l’apprentissage boy scout aujourd’hui encore revendiqué, 3) il est sorti de l’ENA avec un attachement viscéral à la gestion des affaires publiques.


Tout ceci ne serait rien, si avec les années, il ne s’était pas forgé la conviction, pas tout à fait fausse, qu’il était le meilleur de tous pour démêler nos affaires d’Etat. Dans son livre (Si ça vous amuse, Flammarion, 2010) il rappelle ses principaux faits d’armes comme Ministre de l’Agriculture (mars 83-avril 85) et comme Premier Ministre(mai 88- mai 91). Il raconte avec jubilation comment il arrive à « ficeler » des dossiers réputés intouchables, crises agricoles et leurs fameux montants compensatoires, Nouvelle Calédonie, Statut d’Air France, CSG…et même,  réforme de l’orthographe !

 

La méthode est toujours la même : choisir les bonnes personnes, les informer, les convaincre, en faire des alliés, ne jamais se laisser aller à des effets d’annonce, garder toujours le registre de la modestie et de la satisfaction du travail bien fait, oublier sa propre promotion. Après autant d’années à s’échiner sur la gouvernance et la gestion publique des grandes affaires de la collectivité, avec autant de passion désintéressée, on mérite un peu plus qu’un sourire amical,  même face à certaines outrances (la proposition à Ségolène de la remplacer au pied levé en 2007 par exemple). C’est ce que j’ai pensé en lisant ce livre très vivant et très documenté qui rappelle les réalités terre-à-terre des rapports de force dans les gouvernements.

 

On est ainsi stupéfait, parfois, que des grands hommes puissants et intelligents, réagissent sur certaines questions avec conformisme et banalité, soucieux de rester dans leur camp plutôt que dans la vérité. On voit bien qu’à l’époque certains beaux esprits étaient contre Rocard pour faire plaisir à Tonton. Non seulement Rocard avait le courage de s’attaquer aux questions difficiles, mais il le faisait sous le regard sourcilleux et parfois narquois de son vieil ennemi intime, François Mitterrand. On imagine que le chef scout eut à souffrir de cette situation, lui dont la vocation était de porter aux nues son patron, le Président de la République. Michel Rocard n’est pas révolutionnaire pour un sou, pour lui le progrès doit s’accomplir dans l’ordre et la puissance hiérarchique et son premier devoir est de respecter la Constitution. Il rappelle à cette occasion, qu’un seul de ses textes de loi a été épinglé par le Conseil Constitutionnel, d’ailleurs saisi en l’espèce à sa demande.

 

C’est avec la même application, la même bonne volonté juvénile que sur  une proposition  de Sarkozy (pour qui c’est tout bénef politique, en tout cas symbolique) il se lance dans l’étude des grands dossiers juridiques concernant les pôles ou bien celui de la taxe carbone. Il fait même équipe avec A. Juppé pour plancher sur le « Grand Emprunt » et faire un énième livre. On voit bien que l’ami Rocard n’est plus dans le combat politique dont il n’a plus rien à attendre. En revanche on ne peut  l’empêcher de mettre le doigt dans le pot de confiture du pouvoir organisationnel, pas pour l’argent ni pour les honneurs, pour le plaisir tout simplement !

 

Si vous voulez mon avis,  on ne trouve pas des petits gars comme ça tous les matins ! Je ne vois qu’un endroit de Paris pour perpétuer sa mémoire, c’est la Place de la Concorde ! Et pourtant je suis persuadé qu’il faudra plusieurs dizaines d’années pour baptiser à son nom la moindre venelle, fût-elle la plus modeste des impasses du Quartier Latin. Il faut dire qu'il aura passé son heureuse vieillesse à empoisonner les militants de gauche et de droite les plus convaincus et les plus dévoués ! Allez donc faire de la politique après ça !

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