19.06.2010
Chroniques de l'Ane n.s.5 - Crépuscule
Il y a des jours où certains mots se télescopent et reviennent sur le
clavier comme des casse-têtes. C'est celui de défaite par exemple, celle de quarante, portée par Weygand, Pétain, Reynaud ; celle des bleus portée par Domenech et tous ces joueurs trop riches pour se battre. La défaite s'accorde avec l'humiliation. Mon âne et tous les citoyens ordinaires sont humiliés de voir la question des retraites portée par un argentier aux petits soins avec la malheureuse Liliane Bettancourt, la femme la plus riche de France. Les citoyens ordinaires sont humiliés d'être représentés par des hommes ou des femmes très ordinaires qui ribotent dans les ors de la république.
Le tableau est rendu plus contrasté encore par le souvenir visible aujourd'hui en noir et blanc de ceux qui ont dit non au nazisme et risqué leur vie dans la résistance, dont la porte d'entrée en juin 40 était bien étroite et bien sombre. Il y avait une consolation magnifique pour les gens qui comme moi, ont écouté France inter hier matin : ils ont entendu Stéphane Hessel citer Apollinaire, avec la générosité qui lui est coutumière malgré ses quatre vingt quatorze ans. Le vieil homme au sourire candide, partage sa vie avec le grand poète dit-il. Il y puise sans doute son étonnante fraîcheur d'expression. J'ai envie d'aller y voir et entendre.
Les élites du pays ne sont pas les patrons du Cac 40 et leurs valets politiques, mais ce sont ceux là qui tiennent les manettes. Nos vraies élites sont ceux qui ont transformé la vie en deux phrases, deux livres, deux films ou deux coups de pinceau. On ne peut pas demander à tous les gens d'être des génies, mais on pourrait leur apprendre à leur rendre hommage. A Londres ce matin, pour se camper parmi les anciens de la France Libre, Sarkozy a choisi son porte parole culturel : Sacha Guitry.
Un charlatan crépusculaire
Vante les tours que l'on va faire
Le ciel sans teinte est constellé
D'astres pâles comme du lait
Apollinaire (Crépuscule)
11:11 Publié dans Chroniques de l'Ane N.S., politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humiliation, résistance, élites | |
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17.06.2010
Chroniques de l'Ane n.s.4 - L'affaire des cigares

Douze mille euros de cigares, à dix euros pièce, ça en fait 1200. Christian Blanc en fumait au moins dix par jour, et il a du dépenser ça en même pas quatre mois, à condition de ne pas en offrir à son chauffeur et de ne pas se faire voler par le petit personnel, qui comme chacun sait, a tous les vices. J’attends la note de la sécu, pour les stents ou pour le masque à oxygène.
Quarante cinq mille euros, c’est ce qu’a dépensé Rama, la sublime créature de la sarkosie, pour se faire photographier avec les enfants des quartiers pauvres d’Afrique du Sud, alors qu’elle aurait pu s’acheter des cigares pour une année entière ! Avec l’ex PDG d’Air France, elle ferait un admirable couple bling-bling, white and black, mais cela coûterait cher aux contribuables.
Avec près de vingt mille euros par mois, il vaut mieux proposer la botte à Christine Boutin qu’on imagine bonne gestionnaire et économe. Avec elle, l’argent de la République doit être sérieusement entassé et géré, à moins que cette bonne boutiquière entretienne un coquin qui lui coûte les yeux de la tête. On comprend le bonhomme !
Je ne parle pas des autres. J’ai pourtant une pensée attristée pour Liliane Bettencourt, cette malheureuse femme morte vivante, qui se fait dépouiller par une bande de hyènes bien élevées. Des comptes en Suisse, une île aux Seychelles, des bateaux, des fondations, il y a de quoi croquer. Comme le dirait Madame Boutin elle même, il est plus difficile pour un riche d’aller au paradis, que pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille.
Douze mille euros par mois pour un couple avec deux enfants, c’est la limite à partir de laquelle on peut s’estimer riche, à condition de ne pas tout dépenser en cigares. On imagine qu’un certain nombre de nos compatriotes atteignent ce niveau de revenus et qu’ils n’ont pas la vie facile. Outre le fait qu’ils risquent l’ enfer pour l’éternité, ils se trouvent contraints de régler plein de problèmes que les pauvres ignorent. Ils doivent veiller à ne pas payer d’impôts et à hériter du patrimoine familial sans payer de droits, qui comme chacun sait, sont en France exorbitants. Heureusement en Sarkozie Bling-Bling, le petit Nicolas a supprimé, ou presque, les Droits de Succession et il a instauré le Bouclier Fiscal. Tout le monde ne peut pas comme Joyandet négocier un permis de construire bidon à Saint Tropez !
Mon âne est aigri ces temps derniers. Il trouve peu de goût aux croûtons de pain que je lui offre. Comble d’infortune, il a plu partout, sauf dans son enclos, où l’herbe fleurit et sèche prématurément. « C’est toujours les ânes qui trinquent, m’a t-il confié, et parfois je me demande si on ne se moque pas des équidés dans ce bas monde. Je me sens humilié ». Alors il m’est revenu des phrases de René Char, qui valent tout l’or du monde :
« Ronger est un des rares verbes qui puissent se conjuguer par une complète obscurité ».
Percés à jour nos dignes représentants font mine de ne plus avoir faim.
« L’appétit de quelques uns a complètement détraqué l’estomac des hommes. Pourquoi cette perte de noblesse entre la révélation et la communication ? » (A une sérénité crispée)
17:10 Publié dans Chroniques de l'Ane N.S. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cigares, bling-bling, sarkosie, rené char | |
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