06.04.2009
Chronique de l'âne 12- En avoir ou pas
La semaine dernière le jeudi fut une journée noire. Depuis quelque temps déjà mon bourricot prétendait m’imposer sa façon toute personnelle de voir les choses. Chacun sait que je suis très attaché à la résolution des conflits et des contradictions par un dialogue franc et direct. Malheureusement mon âne est peu attentif aux subtilités de la parole et aux nuances du vocabulaire. Il a tendance à ponctuer ses envies avec des coups de tête dans le dos et des bourrades sournoises et pesantes. J’ai attribué ce comportement mesquin à une volonté de puissance agressive liée à un excès de testostérone. Le printemps venant, l’herbe verte, l’air marin et la force de l’âge n’ont fait que renforcer cette tentation animale de dominer ceux qui l'entourent.
Comme pater familias et toujours responsable de tribu, je ne pouvais pas admettre une remise en cause aussi brutale de ma bienveillante autorité. Bien qu’il m’en coûtât, je m’en suis ouvert au docteur vétérinaire pour procéder à l’ignominieuse opération qui consiste à descendre en breloques les jolies roupignolles du pauvre quetton. Ainsi fut dit, décidé et exécuté. Transformé en modeste castrat, mon âne du Cotentin voit du même coup sa lignée génétique stoppée et tous les espoirs de son père Milord de Boudosville anéantis. C’était le prix à payer pour conserver la paix sociale et éviter qu’un des membres de la famille, pas des plus fins, prenne le pouvoir et impose à tous ses caprices saugrenus.
On ne dira jamais assez les inconvénients de l’excès de testostérone sur le fonctionnement social de notre planète. Je serais tenté d’y attribuer la volonté de domination qui vient souvent dénaturer les rapports entre les hommes et les femmes. Quand ils ont du génie, les mâles dominants se jettent dans l’imagination et la création et on obtient des Victor Hugo ou des Pablo Picasso dont on connaît l’extraordinaire puissance génésique. A ce compte là on se félicite d’être humain et on voit l’avenir avec un grand optimisme.
En revanche, lorsqu’ils sont moins doués et que leurs compétences conceptuelles sont plus modestes, certains étalons, malgré tout dévorés par leur volonté de puissance, mettent en avant leurs gros muscles, et tous les attributs qui s’y rattachent, montres en or, belles autos, yachts improbables, villas au soleil, postes de commandement et comptes en banque en rapport. Comme mon bien aimé bourricot, leur souci principal est de se mettre à la tête du troupeau et d’installer partout l’apparence de leur suprématie. Apparaissent alors les Gengis Khan ou les Napoléon grand et petit. C’est à ces moments là que le doute s’insinue sur l’avenir de notre espèce.

Tout bien pesé je ne saurais trop conseiller aux générations futures d’analyser avec la plus grande suspicion les déclarations d’amour des ânes politiques qui se disent décomplexés et qui promettent de mettre fin aux hypocrisies. La plupart du temps c’est une façon de jeter aux orties les oripeaux du respect d’autrui en piétinant les platebandes des autres. Comme Tonnerre de la Fosse, fils d’Oasis de St Jores et de Milord de Boudosville.
16:50 Publié dans polémique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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