06.12.2008
Chronique du Moyne 5- La mort de l'être cher

Hamon savait qu’à l’heure du flot, le père de Mélisse était à ses filets devant Dranguet. Il se dirigea rapidement vers la chaumière et frappa à l’huis de la petite maison pour réveiller son amoureuse. Il dut étouffer de sa main le cri de surprise de la jeune fille. Il était là, en chair et en os, plutôt intimidé par sa belle, assise à demi nue sur le bord de sa couche. La gêne ne dura qu’un court instant , enfouie sous une embrassade passionnée. Mélisse qui n’y croyait plus, passé le moment de surprise, ne put retenir des sanglots de bonheur. Elle fut émue jusqu’aux larmes de retrouver son ami amaigri par sa captivité et épuisé par sa fuite.
Elle le caressait et le cajolait. Tous les deux s’attendrirent et ne purent retenir leur émotion et leur désir. A ce moment le temps s’arrêta pour les deux jeunes gens. Ils oublièrent le ciel et la terre, le Château et l’Archevêque, les supplices et le bûcher. Ils s’enlacèrent et se serrèrent tendrement, plus de vêtements, plus de dangers, rien ne compta que leur désir et leur amour. Ils devinrent amants avec toute la fougue et toute l’ardeur de leur jeunesse. Ravis et comblés ils demeurèrent un long moment à rêver alors qu’apparaissaient les premières lueurs de l’aube.
Mais tout d’un coup, la hantise les prit du danger qui les menaçait de toutes parts.
Juste à ce moment ils entendirent les aboiements de la meute du Château. Giron avait été prévenu de la fuite de son fils et suivait sa trace avec ses hommes et ses chiens. Pour rien au monde Hamon et Mélisse n’accepteraient d’être à nouveau séparés. Ils décidèrent de fuir sans plus réfléchir. lls s’emparèrent de l’embarcation légère d’un voisin et établirent à la hâte une misérable voile. Le vent de suroît les entraîna rapidement vers le large. Mais les gens du Château eurent le temps d’apercevoir la barque qui tanguait maladroitement dans les rafales du vent devenu violent. Giron n’hésita pas un seul instant et embarqua avec ses hommes dans le plus puissant navire du mouillage. Les voiles furent rapidement hissées et la poursuite immédiatement lancée.
Passionnés et bouleversés les jeunes gens forcèrent leur barque, qui faisait des embardées et se remplissait à chaque vague qui les assaillait. Mélisse barrait le canot d’une main ferme et commandait les manœuvres à Hamon, inexpérimenté et effrayé. Ils entendaient derrière eux les clameurs et la voix puissante de Giron qui donnait des ordres à ses gens. Jamais je ne me laisserai prendre par ces brutes cria Mélisse . Je préfère couler à pic plutôt que d’être torturée et brûlée vive par les bourreaux ecclésiastiques. Hardi ! Hâle plus fort sur cette voile, et vide cette eau qui nous envahit. Encore un petit moment et nous allons nous fondre dans la grisaille de l’aube. Ils ne pourront plus nous voir et nous serons sauvés !.
Mais sous la contrainte, le pauvre mât fléchit et la voile se déchira. Un paquet de mer plus fort que les autres remplit la barque qui disparut sous l’écume. Mélisse fut bousculée par le choc et la barre lui échappa pendant qu’elle se cramponnait à la lisse. Hamon voulut venir à son secours et acheva de déséquilibrer la petite embarcation. Dans un dernier creux la coquille de noix fut retournée. Les deux jeunes gens furent précipités dans les flots sombres et froids. Hamon retint la jeune fille en s’agrippant à la coque renversée. Les deux jeunes gens étaient à la merci de leurs cruels poursuivants.
Déjà on entendait la voix terrible du Sire de Giron. Attrapez les , attrapez les ! criait-il à ses gens. Le navire fonçait sur les naufragés et son équipage s’excitait déjà, brandissant des cordes et des crocs. Mélisse était épouvantée par la brutalité de ces hommes. Pour rien au monde elle n’accepterait de tomber dans leurs mains. Prise de panique, elle se dégagea de la prise de son amant et se laissa emporter par le courant. Sous les yeux des hommes de Giron, triomphants et ricanants, la pauvre jeune fille disparut en quelques minutes. Malgré les recherches dans les jours qui suivirent dans la mer et sur les grèves proches du drame , on ne la retrouva jamais.
12:09 Publié dans culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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