19.10.2008

Chronique du Moyne 4- La férocité des frères convers

 

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 Hamon était livré aux exactions cruelles des trois convers....

 

 

Devant une telle rébellion, le Père fut pris d’une bestiale colère. Il était l’homme des décisions brutales et cruelles. Devant l’abbé Cresté servile et larmoyant il fit saisir son fils par le garde-chasse et ses aides. Il l’envoya incontinent dans un prieuré de la forêt de Brix en adjurant les moines tonsurés de remettre ce garçon dans le droit chemin. Ceux-ci devaient utiliser la force et les coups. Tous les moyens, devaient être employés recommanda-t-il y compris les plus inhumains. Aucun châtiment,  aucune torture ne devaient être épargnés pour amener le jeune homme à la résipiscence.

 

 

Les trois convers à demi sauvages qui fabriquaient du charbon de bois pour l’abbaye de Blanche Lande ne dissimulèrent pas leur  satisfaction. Hamon allait devenir leur serviteur,  ou plutôt leur esclave. On le fit dormir sous un arbre, enchaîné à une planche. Il devait partager sa pitance avec deux molosses, dressés contre les loups. Ces bêtes là  nombreuses dans cet endroit du bois, rendaient toute évasion dangereuse. Les religieux étaient en réalité des brutes sans foi ni loi. A la nuit tombée ils buvaient de la bière ou du cidre et se livraient à des orgies. Gare à celui ou à celle qui avait la malchance de s’égarer dans la forêt et de frapper à l’huis pour quérir du secours. Ils en faisaient un captif et le retenaient comme  esclave pendant plusieurs jours. S’il ne venait personne c’est Hamon lui même qui devenait le souffre douleur de leurs jeux impies, ignobles et obscènes.

 

 

Pendant tout l’hiver, Hamon survécut ainsi au plus profond de le forêt de Brix. Personne ne se souciait de son existence pendant qu’il était livré aux exactions cruelles des trois convers. Sa seule consolation fut de domestiquer peu à peu les deux cerbères canins qui partageaient sa hutte de branchages. Il se privait de nourriture pour les amadouer. A force de soins et de cajoleries, les deux énormes chiens devinrent ses amis. Ils en vinrent à le protéger des loups et des autres bêtes sauvages et ils le réchauffaient la nuit en  se couchant docilement  à ses côtés. Malgré tous les mauvais traitements et toutes les souffrances, Hamon gardait au cœur le souvenir de sa belle. Il ne pouvait oublier son amour pour la charmante Mélisse.

 

Quand vint le printemps, n’y tenant plus, le jeune homme  échafauda un stratagème pour s’échapper. Il prit le soin de calmer la méfiance de ses tortionnaires. Il ne les regarda plus jamais en face et  il feignit de devenir idiot. Peut-être  à cause d’un reste d’humanité  ou bien simplement par lassitude,  les frères tonsurés relâchèrent un peu la surveillance. Comme il était le seul à savoir commander aux chiens  et qu’on avait besoin d’eux pour la garde on permit à Hamon de dormir sans être enchaîné. Il décida alors de s’enfuir  pour retrouver sa belle , de l’enlever et d’aller vivre loin de ses bourreaux, chez les Anglais peut-être, ou bien même aux Indes.

 

 

Au cœur de la nuit après avoir attaché les deux molosses qui lui léchaient les mains avec docilité, il s’enfonça dans les fourrés et suivit les ruisseaux jusqu’à retrouver la rivière de Saire. Il courut jusqu’à l’épuisement . Quand vint le jour il se cacha dans un fourré. Le soir il reprit sa marche en suivant le cours d’eau. Il était terrorisé à l’idée de rencontrer la chasse à Hellequin ou d’autres goubelins qui hantaient la vallée. Mais il avait également peur des manants qui pouvaient le dénoncer.

 

 

Il évita les fermes et dénicha des corbeaux pour calmer sa faim avec les œufs amers. Il descendit ainsi le courant jusqu’à Valcanville en contournant l’Hôtel des Templiers. Il finit par atteindre Anneville en évitant les moulins et arriva dans les parages mouvants du Pont de Saire. Hamon suivit la plage,   dissimulé par les fumées épaisses des salines. Il traversa le chantier d’un navire en construction en prenant soin de ne pas réveiller le gardien qui dormait dans la sciure, sans doute en train de cuver la bière ingurgitée la veille.

 

 

Il parvint ainsi  au petit port de Jonville ,  redoutant de voir surgir un marinier affairé entre les filets et les claies à homards qui gisaient là. Mais  personne ne venait. Les bateaux inclinaient leur élégante silhouette sous les rafales du vent de suroît. L’horizon cuivré par la pleine lune jouait à cache-cache avec des nuages sombres et violets.

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