19.10.2008
Chronique du Moyne 3- Le mariage impossible
Cet état de choses ne pouvait durer très longtemps. Par un mauvais jour de pluie, de froid et de vent, Mélisse resta silencieuse auprès de son amoureux. Elle soupirait avec tristesse et semblait soucieuse. Son compagnon qui l’observait avec attention insista pour qu’elle lui explique la raison de son air mélancolique. Tu sais bien lui dit-il que nous nous aimons si fort que nous pouvons tout partager aussi bien les joies que les peines. Dis moi ce qui te chagrine. Si nous voulons résister aux forces mauvaises qui veulent nous séparer, nous devons tout nous dire et nous porter secours mutuellement.
Mélisse consentit à s’expliquer. Mon père a appris notre histoire répondit-elle. Il est entré dans une sourde colère car il a très peur pour moi . Il pense que cette aventure va mal se terminer, et que c’est sur moi que retomberont toutes les souffrances et toutes les pénitences. Il est impossible qu’une pauvre fille épouse un beau et riche Seigneur comme vous, Hamon de Giron. Il m’a demandé de ne plus vous voir car ma vie même est en danger. Il a prédit qu’on m’accusera d’intriguer pour profiter de vos biens, d’être une femme de mauvaise vie, une catin dépravée, peut-être même une sorcière. Il a même ajouté qu’il était convaincu que l’abbé Cresté lui-même appellerait tous les Chanoines et tous les Archevêques rassemblés, pour dresser un bûcher et m’envoyer en enfer.
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Le jeune Giron manifesta un vif courroux. Que sait votre père de tout cela ? Avec tout le respect que je lui dois, dites lui bien que rien, ni personne, ne pourra m’empêcher de vous épouser comme le demande notre sainte Eglise. Mon père lui même ne pourra pas s’opposer à notre mariage car c’est le devoir d’un bon chrétien d’obéir aux commandements de Dieu. C’est bien mal me connaître que de croire que je me laisserai dicter ma conduite. Mon père devra me donner l’autorisation de vous épouser. Il ne pourra me refuser car je suis son seul héritier et j’exigerai devant la justice la part d’héritage de ma pauvre mère. Il en sera ruiné. S’ il s’entête, je quitterai le Château et nous partirons loin d’ici. J’achèterai des parts dans un galion et nous ferons voile pour l’Espagne et le Portugal.
Nous nous installerons dans les nouvelles terres d’Afrique où même dans les Indes orientales....
Tout à ses chimères et inconscient des difficultés, dès son retour au Château, le jeune homme saisit la première occasion, pour exposer ses projets à son père.
Naturellement, le riche et puissant Sire de Giron refusa d’emblée une pareille mésalliance. Il n’était pas question que son unique héritier convole avec une pauvresse en haillons qui vivait presque de mendicité. Qu’il aille la foutre dans un fossé, soit, mais qu’il lui propose le mariage prouvait simplement que la garce lui avait jeté un sort. Son fils était devenu toqué et il avait perdu le sens commun.
Hamon essaya d’expliquer patiemment les beaux sentiments qui étaient les siens, la douceur de la jeune fille, le charme infini de ses yeux, l’éclat de son rire. Mais Giron n’avait cure de ces fadaises. Le fils insista et supplia avec tout le respect qu’il devait à son père. Il fit preuve d’une grande force de caractère. Le vieux Chevalier ne voulut rien entendre et se raidit dans son refus. Il menaça même son unique héritier de sévères mesures de rétorsion qui pouvaient aller jusqu’aux châtiments corporels les plus cruels s’ il persistait dans sa chimérique illusion.
Alors l’amoureux têtu s’endurcit dans sa détermination. Il réclama l’héritage de sa mère, pour partir en Italie ou au Portugal. Il déclara qu’il voulait embarquer pour commercer dans ces pays lointains. Il trafiquerait des épices avec de puissants marchands et il deviendrait riche. Et si son père ne voulait rien entendre, il jura qu’il allait quitter le château, et s’engager comme simple marinier dans la marine royale pour servir sur les bricks de sa Majesté le Roy.
Pendant plusieurs jours Hamon tint tête à son père, insensible aux objurgations de l’Abbé Cresté et aux coups de fouet infliges par le garde-chasse Mal-Oeil. Le vieux Giron maintint son fils enfermé sans manger ni boire et menaça de le tuer. Dans un coup de colère il fit même abattre la chère jument de son fils. Mais Hamon ne céda pas d’un pouce. Il fit au contraire le serment de ne jamais céder à la brutalité et aux tortures. Jamais il n’abandonnerait sa chère Mélisse.
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